Bas-relief du temple d’Erment. T. 1, pl
l’art profane a l’église
aux chairs non moins rebondies, dont le buste seul émerg’e surmonté de deux g-lobes charnus de dimensions extravagantes.
Toutes ces singularités justifient la comparaison de la cathédrale
de Saint-Marc par Théophile Gautier à une grande bible d’or, historiée, enluminée, fleuronnée, ou à un missel du moyen âge sur une grande échelle.
Une des bizarreries de ce vaisseau byzantin est la belle porte en bronze, à côté de l’autel, ciselée par Sansovino qui a buriné sa figure, ainsi que les portraits du Titien et de l’Arétin — l’un le peintre, l’autre l’écrivain de la chair — mêlés aux évangélistes et aux prophètes. Quelle antithèse ! Une véritable gasconnade italienne.
A la gauche du sanctuaire, une large toile de Biscaino Bartolomeo présente Jésus devant les pharisiens qui espèrent le mettre dans l’embarras, en lui posant cedilemne, à propos delà Femme adultère'.
Et nous dis lequel debvons faire :
Ou la punir (la lapider), selon la loy Ou luy pardonner, selon toy.
Jésus se baisse et trace du doigt sur le sable ces mots : « Terre, terre, écrivez que ces hommes sont réprouvés ». Au premier plan de ces « sépulcres blanchis », la coupable d’une grande beauté
expose à tous les regards plongeurs, en s’inclinant avec respect devant son protecteur, la rotondité complète de son sein droit. Chapelle Zeno. Le monument funéraire du cardinal de ce nom
est orné de bustes franchement féminins en bas-reliefs (fîg. 394) et de statues dont une nymphe presque nue (fîg. 395) qui, comme la Bettma de Gœthe, semble préférer la danse à la marche.
Campanile. La Loggetta, bijou marmoréen ciselé par Sansovino, s elevait au pied du clocher de Saint-Marc qui vient de s’effondrer ; on y remarquait, non sans surprise, quatre statues de bronze, la Paix^ Apollon, Mercure et Pallas. Ces chefs-d’œuvre de la statuaire du xvi*" siècle, qui occupaient les niches des trumeaux, n’étaient
pas, que nous sachions, des divinités chrétiennes (fîg. 395 bis à 399) .
Ces disparates se retrouvent encore au palais des Doges dans
1 escalier des Géants, où Mars et Neptune, qui lui ont donné leur
nom, ont pour vis-à-vis Adam et Ève chefs-d’œuvre d’Ant. Rizzo
(146ii). Eve tient la pomme de la main droite et voile, de la o-auche
« le jardin du péché », avec une attitude et un geste de coauetterie pudique. ^
i/art profane a i/église
Mais revenons, avec Ad. Lance, aux pierres précieuses de la Loggetta :
Les grands bas-reliefs de l’attique sont les plus charmantes composi-
tions qu’on puisse voir. Je me souviens surtout de celui du milieu : Venise sous les traits de la Justice, assise sur deux lions et accompagnée de deux vieux lleuves à longue barbe étendus à ses pieds, lesquels arrosent la terre de l’eau qui s’écoule à tlots de leurs urnes renversées. Celui de droite représente Vénus à peine formée de l’écume de la mer et déjcà courtisée par l’Amour (lig. 398). Une magnifique petite grille à deux vantaux, fondue en bronze vers le miiieu du xviii® siècle par Antonio Gai, ferme la balustrade d’enceinte de la Logette (fig. 396, 397).
2° Csrrn.6S. MonsstèrB. — Micliel Sobleo ou Uesubleo, né en Flandre, décora plusieurs églises de Venise; sa composition la plus estimée est la Suzanne siu^prisc au bain (fig. 400), qu il peignit pour le couvent des carmes. Suzanne vient de sortir du bassin.
3® Saint-Etienne [San Stephano). — Ornementation curieuse a
1 entablement du sarcophag’e de Jacopo Suriano : deux robustes
i^'aillards de génies, en bas-reliefs, tiennent d’une main l’épitaphe
/V du défunt, et, de l autre, le
flambeau de la vie que, contrairement aux règles de la statuaire funéraire, ils ne cherchent pas à éteindre.
Saint-Georges-Majeur.
— Cinquième autel. Deux candélal)res en bronze sont
Motü principal du vantail gauche de la grille.
Lig. 397. — Motif qui surmontait
le vantail droit.
ornés, par Niccolelto Roccatagliata, d'enfants nus, amours, génies OU anges sans ades ad lihitum.
Dans le couvent auquel appartenait l’église et qui a été transiorme depuis en caserne d'artillerie, le marquis de Seignelav a vu un tableau qui représentait « La Femme prise en adultère ,, de Roche-Marcou : thème émoustillant et favori des moniaux.
C est au fond du réfectoire de ce couvent que se trouvait la giganesque composition des Noces de Cana, par Paul Véronèse. D’après une tradition écrite, conservée dans le susdit couvent, raconte
■li
l’art prof'anê a l’église
M. Villot, cité par M. Bourrand, auteur de VHistoire de l'Art chrétien^ un g'rand nombre des personnages de ce tableau sont les
Fig. 398. — Bas-relief du soubassement (Campanile).
portraits de célèbres contemporains du maître vénitien : l’époux, assis k gauche^ représenterait don Alphonse d Avalos et la jeune épouse, placée près de lui, Eléonore d Autriche, reine de France. /
François coiffé d’une façon bizarre, est assis à ses côtés ; vient ensuite Marie, reine d’Ang’leterre, vetue d une robe jaune. Soliman empereur des Turcs, est près d’un prince nègre qui parle à un de ses serviteurs ; plus loin, Victoire Colonna, marquise de Pescaire, tient un cure-dents. A l’angle de la table, l'empereur Charles V, vu de profil, porte la décoration de la Toison d Or.
Paul Véronèse, nous le savons, s'est représenté avec les plus célèbres peintres de l’époque dans le groupe des musiciens . il est en blanc et joue de la viole comme Tintoret, placé derrière lui; Titien racle de la basse qui, par synonymie, eût dû échoir à Bassan, muni d'une flûte; enfin, Benedetto Galiari tient une coupe de vin et boit k la santé de ses bruyants compagnonsh
Grands- Augustins. — tombeau antique surmonté
De Lalande y signale la présence d un d’un groupe des Trois Grâces^ « dont
1 Sur un des pilastres de Saint-Georges-Majeur, une inscription, rapportée par Valéry accorde « le pardon absolu de tous les crimes à celui qui visitera cet e église c’est un encouragement au crime, comme la suppression de la peine de
mort.
deux, vues par-devant, montrent distinctement et fort en grand le
caractère de leur sexe ». Nous n avons pu découvrir cette église qui doit être détruite.
6® Ssint-Joan-ChrysostoniB. — Au maître-autel, est accroché l’un des premiers et des meilleurs tableaux de Sébastien del Piombo, où figurent trois saintes, Catherine, Agnès et Madeleine, à côté de quatre saints. « Un fait bien caractéristique pour ce peintre, dit un critique d art, c’est qu’on reconnaît immédiatement qu’il a voulu représenter la beauté sensuelle, surtout dans les saintes. Elles ont conscience de leurs charmes et elles se présentent de façon à rendre encore plus attrayantes leurs formes arrondies. »
7^^ Saint-Jean et Saint-Paul (NanZam/îo/o). — Cette église est la plus
importante de Venise, après Saint-Marc; l’œil est surpris et fatigué de la multiplicité et de la richesse de ses décorations. C’est le Saint- Denis des doges. Voici d’abord le tombeau de Marc-Antoine Braga-
1. statue placée à gauche de la porte d’entrée du Campanile. l’art profane. — II.
l’art PROFAiA'E A l’église
din, mort en 1571, qui fut écorché vif sur l’ordre de Mustafa, comme
Fig. 401.
l'indique une statue d’un naturalisme excessif au-dessus du monument.
Sur le bas-relief du mausolée du doge Giovanni Mocenigo sont sculptés une femme et un homme nus.
Dans le chœur, le tombeau monumental du doge Andrea Vendra-
min, banni de Venise pour faux, a été exécuté par Alessandro Léopard!. Il est terminé par un motif bizarre : deux néréides ailées et à queue double tiennent un médaillon où figure un Gupidon déplumé (fig. 401). A travers le fouillis d'ornements qui l’enrichissent, on distingue des enfants enfourchant des dauphins et d’autres sujets profanes « n’ayant pour tout attrait », dit 1 auteur des Pierres de Venise, « que la grossièreté de leur expression et l’absurdité de leurs costumes, souvent d’une obscénité de détails repoussants. » Audessous du sarcophage, des figurines vêtues comme « des déesses païennes » personnifient les Vertus; l'une d’elles porte une draperie qui découvre la plus grande partie de son torse.
Le mausolée du doge Valiero et de son épouse qui, contre 1 usage.
ITALlË
fut couronnée de la corne ducale, comprend une trentaine de sta-
tues. Lune déliés, la Charité de P. Baralta, « d’une suavité ravissante », allaite un orphelin et offre des fruits à d'autres enfants.
A la porte de cette ég'lise s élève la fameuse statue de Bartolomeo Coglioni ou Goleoni avec ses armes parlantes et dont le nom a quelque analogie avec celui de Mgr Gouillé, archevêque de Lyon.
Fig-. 405 his.
8° Saint-Job. [San Giohhc). — Au tympan de la porte de la Schola Lonihardcsca^ Job, agenouillé, est sculpté en bas-relief. Il
paraît complètement nu en dépit d’une mince draperie qui entoure son bassin (fîg. 402).
•P Sainte-Marie -des-Miracles [Del Miracolï). — A noter plusieurs motifs d ornementation : deux néréides tentatrices entre deux hommes