Les Seins à V église, lig. Gl
personnifient la Luxure (fîg. 403) ; sur divers pilastres, un g“énie, sans ailes, mais non sans sexe, fait l’office de cariatide (fig. 404) ; une gracieuse centauresse se complaît à cambrer son torse pour en faire saillir les rotondités (fig. 405); et nos premiers parents se tiennent sous Tarbre du bien et du mal, qui est ici figuré par un palmier (fig. 405 his).
10° Santa Maria dei Scalzi. — Ancienne église des Cordeliers qu’Alphonse Karr a dû confondre avec une autre, dans cette note de voyage :
Eglise boudoir, où la Vierge ressemble à Vénus, où les anges sont des Amours, et les saintes, de charmantes divinités païennes. H y a surtout un groupe en marbre, où l’on voit l’ange transverhérant le cœur de la sainte.
11 y a évidemment confusion avec le chef-d’œuvre du Bernin, que nous avons signalé à Rome.
1 V Sainte-Marie-de-la-Santé {Délia Salute). — Cet édifice est situé à l’extrémité Est du Grand-Canal ; son extérieur, avec sa population de statues, a été décrit par la plume spirituelle et sensuelle de Théophile Gautier :
Les coupoles blanches sont d’une courbe très gracieuse et s’arrondissent dans l’azur comme des seins pleins de lait. Une Eve, fort jolie, en costume du temps, nous souriait tous les matins, du haut d’une corniche, sous un rayon de soleil rose, qui teignait son marbre d’une rougeur pudique. La religion n’est pas farouche en Italie et elle accepte volontiers la nudité sanctifiée par l’art.
Le maître-autel est décoré d’un important tableau en marbre qui se rapporte à l’édification de l’église; il représente Venise implorant la Vierge, pour obtenir de son Fils la délivrance de la Peste (1731). Vers la gauche, le fléau fuit devant un ange qui le poursuit, la torche à la main. De nos jours, pour conjurer une épidémie, l’intercession, au lieu d’être divine, est administrative et s’adresse au Conseil d’hygiène L
1. A côté de cette église, Giacarelli a sculpté sa Minerve assise sur un lion qui décore l’attique de l’Académie des Beaux-Arts. « C’est une grosse fille plastronnée, d’appas robustes », et qui n’a rien de la sobre élégance de celle qui sortit tout armée du cerveau de Zeus.
Sainte-Marie-glorieuse-des-Frères (Del Frari Franciscains). — Tombeau du Titien, mort de la peste à 99 ans (fig*. 405 ter). Le
maître vénitien, assis à coté d un Eros de la Mort, soulève le voile de 1 image de Sais ; il est entouré de quatre statues légèrement dévêtues qui personnifient la Xylographie, la Peinture, Y Architecture
et la Sculpture. Cette description empruntée à un auteur ne répond pas à notre figure.
Mausolée de Ganova, principis sculptorum ætatis suæ. Ce monument a été exécuté par ses élèves, d’après le modèle que l’artiste avait composé pour un tombeau du Titien. Un génie ailé qui sym-
l’art profane a l’église
bolise la Fragilité de la vie, s'appuie sur une torche qu'il éteint. Ce « ^rand jeune homme en costume d’Adamite, dit Ad. Lance, qu’un simple mortel ne se permettrait pas devant des dames », est le frère de celui qui pleure sur le tombeau de Clément XIII, à Saint-Pierre
de Rome. Or, ce dernier mausolée est de tous ceux de la basilique le seul que décrive Une Chrétienne à Rome et qu’elle qualifie avec emphase de « chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre ». Cette préférence serait-elle due au prestige de la mâle académie qui décore ce monument maniéré?
La sépulture de Benedetto Pesaro est couronné par la statue du guerrier, en costume d’amiral.
Il est placé entre Hereule (fig.
406) et Mars (fîg. 407), tous deux Fig. 406. en costume olympien h Fig. 407.
Sainte-Marie-Majeure. — Eglise supprimée. Charles Blanc y signale un ex-voto où le Padouan avait représenté un miracle de la Vierge en faveur d’une dame qui accoucha pendant une traversée périlleuse. <( On y remarque, non sans quelque surprise, une figure de femme assise avec grâce sur un cheval blanc et vêtue en satin rayé qui plaisait tant à Giorgione ; le tableau est signé : Opus Varotari ».
14'’ Eglise de l’île Saint-Michel. — Elle fut bâtie avec les deniers de Marguerite Emiliani de Vérone, pécheresse qui renonça à Eros et à ses pompes... après fortune faite. Le nombre des courtisanes était considérable à Venise, ville où l’on se « gondole » sans cesse
1. Le.s réflexions de l’auteur des Guêpes sur cette église lyrique nous fournirout la note pittoresque. « Une des ])lus pauvres au dehors et des plus riches au dedans, le contraire du sexe féminin. J’y tombe bien, ou y chante un opéra. Au milieu, un amphithéâtre d’une dizaine de rangs, de magniliques stalles chargées de sculptures et de mosaïques. Au-dessus des stalles, l’orgue et un orchestre nombreux de musiciens et un nombre suflisant de chanteurs, premiers sujets et chœurs, tandis que, à un autel loin de là, un prêtre susurre des paroles latines. Après l’Evangile, la musique est devenue dansante (1877). »
et dont le carnaval était quasi perpétuel : l'uspente et riispanti suivaient à la lettre le précepte évangélique qui recommande d’aimer son prochain comme soi-même.
15® Saint-Roch [San Rocco). — On y admire de nombreuses peintures murales du Tintoret, le premier peintre vénitien qui paganisa l’art chrétien et interpréta l’histoire sainte d\me façon naturaliste. Au premier étage, se trouve la Piscine Prohatiquc ou Mu'aculeiisc ^ « tableau, écrit une jDlume austère, qui est composé avec toute l'extravagance et l’indécence possible », où le Christ est entouré de femmes nues. L’une d’elles, complètement dépouillée de ses vêtements, prend son bain dans un baquet; une autre lève la chemise de sa compagne pour mieux montrer à Jésus le mal qui lui ronge le haut de la cuisse. C'est ici que « la pudeur de la bedeaudaille se met à braire », pour employer une expression chère à frère Jean Jean Huysmans.
16® Saint- Sauveur (San Salvator). — Le tombeau du sénateur André Delphin et de sa femme est orné des bustes en marbre des deux personnages. Celui de l’épouse est fortement décolleté et exhibe deux grosses mamelles qui débordent du corsage trop étroit.
Le monument du Doge Francesco Veniero est dominé par une Pieta en marbre où le corps du Rédempteur est exposé sans le plus petit voile. Aux deux extrémités du sarcophage se tiennent la Charité^ le corsage hermétiquement clos, et la Foi dont le manteau laisse à découvert toute la région abdominale (fîg. 408).
16® Séminaire patriarcal (Seminario patriarcale). — Une salle sert d’exposition à l’ancienne galerie Manfredini ; elle possède un des princijDaux tableaux du Giorgione, Apollon et Daphné.^ tous deux en costume mythique.
17® Saint-Sébastien. — On peut l’appeler l’église de Paul Véronèse ; les tableaux de cet artiste y sont nombreux, et l’on y voit son tombeau. Dans le Martyre de saint Marc et saint Marcellin encouragés par saint Sébastien, il a donné ses traits à ce dernier et a représenté sa femme à la fleur de l’âge. Sa Piscine Prohatique
l’art profane a l’église
grouille de nudités élégantes; mais^le saint Jérome de l’église Saint-
18® Eglise de Tolentini. — Le mausolée bizarre de François Morosini n’a de maurose que le nom du défunt ; « la figure du Temps^ enchaîné, dit Valéry, le nu de ce squelette, l’ensemble, les détails de la composition tiennent vraiment du délire ».
Ib® Saint-Zacharie. — La sépulture d’Alessandro Vittoria a été exécutée en marbre par l’artiste lui-même, qui vivens vivos duxit e marmorc vultiis. Deux cariatides légèrement drapées tiennent compagnie au buste du sculpteur (fig. 400) L
j. Alplionse Karr parle, dans scs Notes de voyage, d’une éf>lise des Jésuites, à Venise, que nous n’avons pu découvrir. « Une chapelle à gauche en entrant, écrit-il, au-dessns du portrait de saint Ignace, présente une statue, de marbre blanc, de la Vierge-Mère, dont la robe collante révèle et exhibe tontes les formes,
20° Palais ducal. — Dans le Jugement dernier de Palma jeune, on distingue parmi les damnés « une jolie personne dont les blondes et fraîches carnations sont livrées aux griffes des diables ».
Vérone. 1° Sainte-Anastasie.
— Le bénitier est creusé dans un chapiteau provenant d’un temple païen et supporté par un nain bossu, du statuaire Gabriel Galiari, père de Paul Véronèse.
2° Grande délia Scala. — Le
sarcophage de G an Martino II est le premier qui ait été orné d’une Vertu cardinale, la Force.
La tombe de Gan Signorio, qui fut deux fois fratricide, porte limage de cinq Vertus : la Foi^ la Charité,, la Prudence^ la Justice et la Force ! Et voilà comment les monuments funéraires écrivent Lhistoire.
ô° Sainte-Marie-Antique. (Santa Maria Antica). — Au tombeau des Scaliger, une Charité inépuisable prodigue le lait de ses seins à une multitude de petits affamés.
4° Santa Maria in Organe. — En considérant les boiseries sculptées de la sacristie, le regard est particulièrement attiré vers une néréide à double queue ; les bras sont remplacés par des ailes.
5° Saint-Zénon-le- Grand (San Zeno Maggiore). — Un chapiteau antique sert aussi de bénitier.
Les portes en bronze du portail sont décorées de représentations naïves empruntées à la Bible et à LEvangile. Ces grossiers basreliefs intéressent par leur caractère grotesque. Sur les vantaux
tous les details du corps avec plus de précision, de franchise et de nudité (ju’il ne semble convenir à une vierge tant soit peu chaste et honnête. »
l’art profane a l’église
sont sculptées deux femmes au buste nu, dont la sig-nification nous échappe (la Mer qï la Terre?). Elles allaitent, la première, deux poissons (fig-. 410) et, la seconde, deux enfants (fig-. 411).
Au-dessus du portail, les statues des fondatrices de l’ég-lise, la mère, l’épouse et Ermengarde, une des filles de Charlemagne, sont devenues les trois vertus théologales : F ides, Spes, Caritas.
ViTERBE. Saint-Ange in Spata. — Sur la façade, un sarcophage romain orné d’une chasse au sanglier contenait le corps de la belle Galliana, 1 Hélène du xii*^ siècle qui alluma la guerre entre Rome et \iterbe. On rapporte qu‘après leur défaite, les galants Romains demandèrent et obtinrent de voir une dernière fois avant leur départ Galiana; la superbe créature se montra à l’une des fenêtres de rancienne porte Saint- Antoine.
Volterre. Cathédrale b