‹ L'art profane à l'égliseChapitre 82 sur 97 · SICILE · texte numérisé non relu

SICILE

Un terme dénominatif quelque peu singulier vaut la peine d’être consigné : les cathédrales, en Sicile, sont appelées Matrices, le nom de l’organe de la conception.

Presque toutes les églises siciliennes, comme celles de Belgique, exhibent une image terrifiante en relief ou peinturlurée des damnés qui se tordent au milieu des flammes vengeresses.

Catane. Cathédrale Sainte-Agathe. — Du 3 au 5 février, à la fête de la patronne de la ville, à qui Quintianus fit tenailler les seins (fig. 412 Lis), le reliquaire en argent de la vierge martyre est promené à travers les rues principales par des habitants revêtus d’aubes blanches. Les femmes attachent leurs mantes devant le visage, à

1. Saint-Germain Leduc raconte, en 1830, que l’on y guérissait les morsures des chiens enragés par rattouchement d’un clou de la vraie croix. De temps immémorial ce remède était usité en Toscane; mais il faut tout dire pour expliquer ses succès : avant d’appliquer la sainte relique sur la blessure, on la chaulTait au roug-e et, de la sorte, elle agissait comme un vulgaire cautère. Le remède était plus ellîcace que notre sérum antirabique, mais à la condition d'être appliqué immédiatement. Par ailleurs, un simple clou à bateau eût sulli.

la façon des musulmanes; mais sous ce masque improvisé, elles laissent un œil découvert pour intriguer les hommes à loisir.

Gomme Didon, remarque A. Dumas, la sainte compatit aux maux

qu elle a soufferts et tous les seins malades de Tltalie viennent implorer son intervention miraculeuse pour leur guérison. Une profusion d ex-voto mamelliformes en argent, en marbre et en cire

sont autant de témoignages de son pouvoir sanitaire (hg. 411 Lis et ter).

De curieux bas-reliefs en chêne datant du xv® siècle tapissent le sanctuaire. Ils développent toute Thistoire de la sainte, depuis le moment où, refusant d’épouser Quintianus, elle est frappée de barres de 1er, brûlée par des torches ardentes et a les seins coupés que saint Pierre lui réapplique dans sa prison, jusqu’à celui où son

i/art PR O faine a l’église

corps fut rapporté de Constantinople. Suivons toujours les basreliefs dans la description qu’en donne l’auteur du Speronare :

On voit la sainte apparaître à Guilbert et lui ordonner d’aller chercher

son corps à Byzance. Guilbert obéit et trouve son tombeau. Embarrassé alors pour emporter cette précieuse relique, il coupe le cadavre par morceaux et en met un morceau dans le carquois de chacun de ses soldats, et le rapporte ainsi jusqu’à Gatane sans qu’il s’en égare autre chose qu’un sein, qui heureusement est retrouvé et rapporté par une petite hile, de sorte que la bienheureuse Agathe, à la honte des inhdèles,se retrouve au grand complet.

A la porte septentrionale, la base des pilastres est ornée de motifs païens ou s’ébattent dans des poses lascives des néréides, des tritons et autres monstres marins qui constituent le cortège d’Amphitrite (lîg. 411 quarte).

Cet auteur parle encore d’une église de la meme ville, mais sans

autrement la désig'ner, où il vit, couchés au pied des fonts baptismaux, deux lions g-othiques supportant une centauresse, qui représente les armes de la ville.

11 paraît que toutes les statues de ces animaux fabuleux , trouvées dans les fouilles , appartiennent au sexe masculin ; le musée ne possède qu’une seule centauresse.

Cette ligure n’existait que sur les bas-reliefs ou les médailles.

Girgenti. — C’est dans cette ville que s’élevait le temple de Junon-Lucine, où se trouvait le fameux tableau que Zeuxis exécuta, en choisissant pour modèles, les cinq plus belles filles d’Acragas ; d’autres placent ce chef-d’œuvre dans le temple du cap Laciniumh

Cathédrale. — A la porte de la sacristie est déposé un ancien sarcophage en marbre, qui a servi de cuve baptismale; il est orné de bas-reliefs représentant les aventures d’Hippolyte. Sur une des faces, Phèdre en proie aux tourments de l’amour reçoit des consolations de sa nourrice, tandis que des jeunes filles jouent du luth et

Cros décoché ses flèches. Il nous est difïîcile de dégager de cette image païenne le rapport qui existe entre elle et le premier des sacrements de l’Eglise.

Messine. Saint-François-d’Assise. — Derrière le maître-autel de cette cathédrale, est aussi exposé un sarcophage antique, orné de bas-reliefs se rapportant à V Enlèvement de Proserpine. De même à la cathédrale Saint-Mathieu de Salerne, on voit au côté droit de la

Page 1