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HISTOIRE DE L'AIÏT ROMANTIQUE

luî refusés, voir p. ^^2 et 549), rejoignissent les autres notices Je l'Anthologie. Du troisième, Histoire des Fleurs du Mal, autrement dénommé Biographie des Fleurs du Mal dans la lettre à Sainte- Beuve du 30 mars 1865 , on peut conjecturer qu'il aurait constitué un plaidoyer pro domo, puisque dans une note de Mon cœur mis à nu, on en retrouve le titre suivi de cette brève apposition : «Humiliation parle malentendu et mon procès.» Baudelaire se proposait là vraisemblablement de protester une fois de plus contre l'éternelle confusion du beau et du bien , et peut-être d'étayer sa défense de quelques-unes des lettres de sympathie que lui avaient alors adressées des écrivains notables. Mais sans doute, à la réflexion, estima-t-il préférable de laisser ces témoignages parler seuls, car c'est sur ces entrefaites qu'apparaît dans sa Correspondance l'idée de cet appendice aux Fleurs du Mal où ils seront recueillis bientôt, et dès lors il n'y sera plus jamais question de l'article.

Enfin de la Note pour M, Hippolyte Garnier annexée à la lettre à Ancelle du 6 février 1866, résulte un quatrième et dernier état qui, tout en confirmant le précédent, y apporte trois modifications : changement du titre commun aux deux volumes de critiques, qui devient : QUELQUES- UNS DE MES CONTEMPORAINS, artistes et poètes ; rétablissement de la notice sur Barbier; substitution à l'Histoire des Fleurs du Mal d'un élément nouveau : Sainte-Beuve ou J, Delorme jugé par l'auteur des Fleurs du Mal.

Ce qu'eût été cet article -là, la correspondance de Baudelaire au cours des années 1865-1866 permet de le présumer aisément. Dans son exil de Bruxelles, la solitude, la maladie, ce retour attendri aux affections anciennes dont s'accompagne presque toujours le pressentiment d'une fin prochaine, l'état désespéré de ses affaires et le besoin qu'il avait d'un appui auprès des éditeurs parisiens , tout avait concouru à raviver chez le poète le culte voué dès le collège à «l'oncle Beuve».Le 15 mars 1865, il lui écrivait: u Joseph Delorme, c'est les Fleurs du Mal de la veille» et Sainte- Beuve lui répondait : «Vous dites vrai. La mienne [ma poésie] se rapprochait de la vôtre ; j'avais goûté du même fruit amer, plein de cendre au fond.» Le 15 janvier 1866, dans une nouvelle lettre,

il passait en revue l'œuvre poétique de son correspondant, et concluait :

Puisque vous avouez qu'il ne vous déplaît pas d'entendre parler de vos ouvrages, j'aurais bien la tentation de vous faire, à ce sujet, trente pages de confidences; mais je crois que je ferai mieux de les écrire d'abord en bon français pour moi-même, et puis de les communiquer à un journal, s'il existe encore un journal où l'on puisse causer poésie.

C'est évidemment la matière de ces lettres-là que Baudelaire eût développée dans son article; mais quelques semaines plus tard le mal inexorable qui fe minait depuis longtemps faisait glisser la plume de sa main, de sorte que ce projet, lui non plus, ne devait jamais être suivi même d'un commencement d'exécution.

ail est bien dur d'en finir avant d'avoir publié au moins mes œuvres critiques», gémissait-il à la date du i" avril 1861. Cinq années entières s'étaient écoulées depuis le jour oià ce suprême regret l'arrêtait au bord du suicide, — et elles avaient coulé vainement.

Parlons maintenant du recueil constitué par les éditeurs posthumes sous le titre nouveau L'Art RoaiAN TIQUE , qui semble bien leur appartenir en propre, puisque nous ne l'avons pas encore rencontré.

C'est le 20 février 1869 qu'il fut annoncé dans le Journal de la Librairie (n" 14,6^). En voici d'abord la description :

Bibliothèque contemporaine || CHARLES BAUDELAIRE || Œuvres complètes II III II L'ART ROMANTIQUE \\ édition définitive || précédée d'une notice par Théophile Gautier || et ornée d'un beau portrait gravé sur acier.

Couverture grise, avec cadre au trait double et cartouche aux initiales M. L. En bas : Paris || Michel Lévy frères, éditeurs || rue Vivienne, 2 bis et boulevard des Italiens, i^ || A la Librairie Nouvelle, 1869.

In- 18 Jésus, /^^2 pages numérotées dont 2 pour la table, et 4 pages non numérotées pour le faux titre dont le verso porte la mention : J. Claye, imprimeur, 7, rue Saint-Benoît -668, et pour le titre qui est daté 1868. — Prix de mise en vente porté au dos : 3 fr.

Sans entrer dans le détail de la table, à laquelle le lecteur voudra bien se reporter, voyons maintenant de quels éléments le recueil est fait. Il se compose, pour les trois sixièmes environ, des matières que Baudelaire y voulait; puis, pour deux autres, de matières qui, d'après ses plans, devaient prendre place dans les Curiosités EsTHÉTiqUES (les morceaux de critique picturale, la Morale du joujou, voir notre volume précédent, p. 459 et 460); enfin, pour le sixième restant, de variétés (^Conseils aux jeunes littérateurs, Les Drames et les Romans honnêtes, L'Ecole païenne^, ou d'études sur les romanciers contemporains (^Critiques littéraires^, dont il n'avait prévu aucune dans l'un ni l'autre des deux tomes de ses RÉFLEXIONS.

Evidemment la constatation ne laisse pas d'étonner assez vivement et l'on se sent d'abord porté à prendre de l'humeur contre les éditeurs posthumes. Est-ce ainsi qu'ils ont respecté les intentions de leur auteur?

Nous croyons néanmoins qu'on ne saurait leur faire sérieusement grief de s'en être écartés. C'était en somme inévitable. Il y a, au domaine de la librairie comme dans tous autres, des convenances impérieuses. A la mort de Baudelaire, deux morceaux entiers manquaient, de ceux dont il avait fait état dans ses plans, et qui y étaient destinés au même tome. Ce manque aggravait encore l'inégalité originelle des deux volumes prévus. A passer outre on aurait obtenu un tome I" obèse à côté d'un tome II étique, disparate dont une collection — ni un éditeur — ne peuvent guère s'accommoder.

Un autre motif, non moins puissant, militait pour une nouvelle distribution des matières. Malgré qu'il eût vingt fois annoncé qu'il allait s'occuper de la toilette définitive de ses manuscrits, Baudelaire avait toujours remis au lendemain d'y procéder. (Voir notamment les lettres des 13 octobre 1864, 15 novembre 1865, 12 et 30 janvier 1866.) De là, dans son texte, la présence de plusieurs doubles-emplois. Nous en avons signalé deux plus haut (Gautier et Dupont). Mais il en est un encore bien plus important et plus voyant : il ne mesure guère moins de dix pages, qu'ont en commun le Salon de 18^^ et l'Œuvre el la vie d'Eugène Delacroix

Allait -on imprimer ces dix pages -là deux fois dans le même volume, comme le voulaient les sommaires de l'auteur? Evidemment non. Mais alors que faire? Les supprimer dans l'un des morceaux? Elles ne sont pas moins indispensables à l'équilibre de Tun qu'à celui de l'autre. Un seul moyen s'offrait : faire passer la Vie d'Eugène Delacroix dans le tome où ne figurerait pas le Salon de i8^ç.

D'ailleurs encore , si on ne les recueillait ici , où donc loger ces pages littéraires qui composent ce «sixième restant» dont nous parlions tout à l'heure? Leur objet ne les désignait-il pas bien plutôt pour être jointes aux notices que pour voisiner avec les Paradis et les Poëmes en prose ?

Ces quelques exemples ou arguments suffisent à donner une idée des difficultés que rencontraient les éditeurs posthumes, comme à prouver qu'en somme ils ne pouvaient guère prendre un autre parti que celui où ils s'arrêtèrent. Force leur était de faire brèche au pnncipe de l'unité des matières en renvoyant une partie de celles du tome I" dans le tome II, et de grossir encore ce dernier d'éléments nouveaux.

Cette nécessité admise, il serait très injuste de ne pas reconnaître qu'ils s'ingénièrent à la concilier dans toute la mesure du possible , avec le respect dû aux intentions de l'auteur. Quand on étudie leur travail de près, on trouve des indices nombreux de cette préoccupation. L'invention du titre L'Art Ro M AN TIQUE, dont s'accommodent si bien la plupart des matières du recueil et qui a la vertu d'évoquer une des plus constantes dilections de Baudelaire, en est un. Un autre, le maintien du sous-titre Réflexions sur mes contemporains en tête des notices. Un troisième, le soin qu'ils ont pris d'accompagner de leurs dates respectives de publication les morceaux par eux introduits qui, datant de l'époque où Baudelaire n'avait pas encore secoué l'emprise des idées démocratiques, ne correspondaient peut-être plus en tous points à sa mentalité dernière.

Ces considérations, et beaucoup d'autres qu'il serait trop long d'exposer, nous ont amené, en définitive, à adopter à peu près entièrement la répartition des matières de critique, arrêtée par Th. de Banville et Ch. Asselineau. Nous v hésitions d'abord, mais à

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