À SAINT-SULPICE
Article inséré dans la Revue Fantaisiste, i ^' livraison, 15 septembre 1861.
Le texte de 1868 offre deux variantes avec celui de 1861.
Page 43. H... ces versets de la Genèse. . . » — xxxil, 23-32.
Page 44. «... que beaucoup de gens interprètent catégoriquement , ...» — 1861 : allégoriquement. II semble bien, d'après le contexte, que la correction de 1868 soit fondée.
Page 45. «... au nom de Lucifer...» — 1861 : au nom Lucifer.
Page 4.7. [Suivre p. 14....] — - Voir notre note sur cette page.
Cet article valut à Baudelaire la lettre de remerciements suivante :
Clianiprosay, le 8 octobre 1861.
Mon cher Monsieur ,
Je ne vois qu'au retour d'un voyage qui m'a éloigné quelque temps de- Paris votre article toujours si bienveillant et d'une tournure si originale, comme tout ce que vous faites, sur mes peintures de Saint-Sulpice. Je vous lemercie bien sincèrement et de vos éloges et des réflexions qui les accompagnent et les confirment sur ces effets mystérieux de la ligne et de la couleur, que ne sentent, hélas! que peu d'adeptes. Cette partie musicale et arabesque n'est rien pour bien des gens qui regardent un tableau comme les Anglais regardent une contrée quand ils vovagent; c'est-à-dire qu'ils ont le nez dans le Guide du Voyageur, afin de s'instruire consciencieusement de ce que le pays rapporte en blé et autres denrées. De même, les critiques bons sujets veulent comprendre afin de pouvoir démontrer. Ce qui ne tombe pas absolument sous le compas ne peut les satisfaire : ils se trouvent volés devant un tableau qui nt démontre rien et qui ne donne que du plaisir.
Vous m'avez écrit, il y a deux mois, relativement au procédé que j'emploie pour peindre sur mur; mais je ne savais où adresser ma réponse. Je
prends le parti aujourd'hui de vous adresser mes actions de grâces au bureau de la revue.
Mille sincères amitiés et remercîments.
E. Delacroix.
[Extrait de CHARLES BAUDELAIRE : Souvenirs, Correspoiidance , Bibliographie (René Pincebourde , 1872).]
Etude parue dans le Figaro, numéros des 26, 28 novembre et 3 décembre 1863.
Elle y avait été annoncée dans le numéro du 26 novembre par la note suivante (2° page) :
Notre feuilleton.
La collaboration du Figaro s'enrichit d'un écrivain très distmgué , M. Charles Baudelaire; c'est un poète et un critique que nous avons, à diverses reprises, combattu sous ses deux espèces; — mais nous l'avons souvent dit, et nous ne nous lasserons pas de le répéter, nous ouvrons la porte à tous ceux qui ont du talent, sans engager nos opinions personnelles, ni enchaîner l'indépendance de nos rédacteurs anciens ou nouveaux.
Le Peintre de la vie moderne, étude de haute critique, très curieuse, très fouillée et très originale, fera trois feuilletons; le rez-de-chaussée de notre journal est ordinairement consacré à des romans ou à des nouvelles, et si nous dérogeons pour cette fois à nos habitudes, c'est avec la persuasion que nos lecteurs ne s'en plaindront pas. — G. B.
Ces initiales sont celles de Gustave Bourdm,Ie même dont l'article du 5 juillet 1857 avait amorcé les poursuites dirigées contre Les Fleurs nu Mal (voir notre édition de ce livre, p. 316).
Baudelaire, en l'envoyant à sa mère, déclarait «attacher une certaine importance» à ce travail, mais se disait mécontent de l'annonce (lettre du 2^ novembre 1863).
Il résulte de la correspondance de l'auteur que c'est entre le i^ novembre i8 59 et le 4. février 1860 que ces pages furent écrites. Elles furent promises ou livrées successivement â l'Illustration, à la Presse (février 1860), au Constitutionnel (août 1860) et au Pays, où elles attendirent plus de deux ans dans les tiroirs dcGrandguillot, qui
s'indigna quand elles parurent au Figaro (voir la lettre de Baudelaire en date du 2 décembre i863('').
Il semble que les rapports du critique et de son modèle aient été engagés à l'occasion de cette étude et n'aient guère survécu à son élaboration , car les rares billets qui constituent leur correspondance en sont tous contemporams (voir E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 371-372). Mais ils devaient se connaître tout au moins de réputation dès longtemps, ayant beaucoup de relations communes, Delacroix et Paul de Saint-Victor par exemple, et même de grands amis entre lesquels il faut citer particulièrement : Nadar si lié avec Guys que c'est à lui que l'artiste, reconnaissant du soutien donné à ses vieux ans, léguera ses cartons; Théophile Gautier qui, dans la notice placée en tête de l'édition Lévy, a fort bien marqué la parenté intellectuelle du dessinateur et du poète et conté le plaisir qu'il avait fait un jour au premier en lui offrant quelques esquisses du second; puis encore Manct, dont on connaît le beau portrait de Guys, et Charles Bataille, jadis collaborateur de Guys quand celui-ci dirigeait la partie artistique de V Illustrated London News, et qui a plusieurs fois tracé de son ancien patron des portraits enthousiastes, — par exemple celui-ci :
Seul esprit cosmopolite qui nous reste, ...cause comme Chamfort, dans toutes les langues vivantes ... , écrit avec le laissez-aller des humoristes anglais et l'esprit précis de nos pliiiosophes du xviii' siècle . . . , dessine comme Gavarni combiné d'Hogarth. . . (^DiogènCj 16 novembre 1856. — Voir aussi le Boulevard, 15 juillet 1862.)
Nul doute que Baudelaire, dans les premiers temps de leurs rapports tout au moins, n'ait partagé l'admiration fervente que montre ici Bataille. II écrivait à Poulet-Malassis le 8 janvier 1860 :
Guvs et moi nous sommes pleinement réconciliés. C'est un homme charmant, plein d'esprit, et il n'est pas ignorant, comme tous les littérateurs.
Et encore, huit jours plus tard :
J'ai présenté à Guys Champfleury et Duranty, mais ils ont déclaré que c'était un vieillard insupportable. Décidément les réalistes ne sont pas des observateurs. Ils ne savent pas s'amuser. Ils n'ont pas la patience philosophique
nécessaire >
''1 On la trouvera dans notre édition de la correspondance. Elle a été donnée par le Supplément du Figaro, numéro du 2 juin 1906.
'"* Dans la même lettre, Baudelaire mentionne que Guys a entrepris un travail sur la Vénus de Milu et lui demande «une notice de tous les travaux et hypothèses faits sur la statue».
A la même époque on le voit encore se féliciter de pouvoir envoyer à sa mère, en étrennes, un «morceau oriental» qu'il a pu arracher au grand artiste qu'd va célébrer (28 décembre 18^9) et dédier à ce dernier sen Rêve parisien.
Dans une lettre à Eugène Crépet où il consignait ses souvenirs personnels sur Baudelaire , Jules Troubat mentionnait notamment :
Une fois devenu secrétaire de Sainte-Beuve, et fréquentant le soir de mauvais lieux où l'on s'amusait beaucoup, tels que le casino de la rue Cadet où Cliampfleurj m'avait fait avoir mes entrées, j'y rencontrais de temps en temps Baudelaire qui' errait avec une mine sinistre au milieu des filles qu'il effrayait. Un soir il avait autour du cou une sorte de queue de rat jaune ou verte, d'une couleur excentrique dans tous les cas, qui lui servait de caclie-nez. A ce casino, on trouvait un homme tout à fait dans ses goûts, le peintre anglais Guys, qui a dessiné des intérieurs de tous les lieux suspects avec une sorte de génie. Baudelaire avait un grand nombre de ces dessins, inspirés par la réalité même , et moi-même j'en tiens deux- d'Asselineau qui me les donna en souvenir du poète. Je les offris à Sainte-Beuve , et je les ai retrouvés à sa mort. Guys et Baudelaire étaient faits pour s'entendre. Champfleury faisait toute sorte de farces comiques et joyeuses dans le casino; on y rencontrait un ancien acteur du nom de David, élève de Talma, inséparable de Baroilhet, l'ancien baryton. Ils avaient l'un et l'autre des notes particulières et tout à fait intimes, dans leur calepin, sur les dames qu'on retrouvait là tous les soirs. Mais Baudelaire s'y promenait à l'écart , en solitaire.
Ajoutons enfin que nous connaissons deux dessins de Baudelaire qui font particulièrement penser à la manière de Guys , l'un dont le titre : Hommage à Guys et le sujet : une pierreuse, marquent .^qu' il s'était bien proposé de l'imiter, l'autre : Femme au mancboji où riiiiitation fut peut-être involontaire.
Le texte de 1868 est à peu près identique à l'original. 11 parut accompagné de la note suivante
Tout le monde sait qu'il s'agit ici de M. Constantin Guys dont les merveilleuses aquarelles sont connues et recLerchées des amateurs et des artistes. On verra dès les premières pages suivantes pour quels motifs de délicatesse et de déférence Charles Baudelaire s'est abstenu de désigner son ami autrement que par des initiales dans le cours de cette étude. Nous avons respecté dans le texte cette condescendance de Charles Baudelaire, sans revendiquer ailleurs que dans cette note les droits de l'histoire.
Cette étude avait dû d'abord s'appeler : Monsieur G..., peintre de maurs; dans les dernières notes rédigées par l'auteur pour ses éditeurs éventuels (23 février 186^, 6 février 1866), elle figure sous
le titre : Le peintre de la Modernité (Constantin Guys de Sainte -Hélène).
Avant de la quitter, formulons une hypothèse assez vraisemblable. En février 1859, la correspondance du poète avec son éditeur nous le montre collectionnant les gravures de modes; trois ans plus tard, en février 1862, on le voit écrire à Sainte-Beuve qu'il lui enverra prochainement «un énorme travail sur les Peintres de mœurs (crayon, aquarelle, lithographie, gravure)». D'ailleurs ici même il mentionne qu'il a sous les yeux «une série de gravures de modes» (p. 50). On peut donc admettre que son morceau sur Guys était destiné à entrer dans un ouvrage général sur la peinture de mœurs, ou bien encore que Guys ne lui fut pas seulement un modèle, mais aussi un prétexte à traiter de ce sujet.
Ajoutons enfin qu'en mai 1904 s'ouvrit, dans les Galeries Barbazanges, 48, boulevard Haussmann, une exposition des œu^Tes de Guys, que ses organisateurs avaient pieusement placée sous le patronage posthume de Baudelaire, et que la vente de la bibliothèque de M. Arthur Meyer a fait apparaître un exemplaire des Fleurs DU Mal offert à Guys avec cet ex-dono : Témoignage d'amitié et d'admiration.
Page 50. «J'ai sous les yeux. . .» — Le 13 février 18^9, Baudelaire écrivait à Poulet -Malassis : «Vous me ravissez avec les modes de l'an VII. Merci. . .», et le 16 du même mois : «Le troisième La Mésangère? Vous ne sauriez croire de quelle utilité pourront m'être les choses légères, non seulement par les images, mais aussi par le texte.»
Page ^i. «. . .raidit. . .» — 1863 : roidit.
«...nos pauvres vêtements (lesquels ont aussi leur griicc,!l
est vrai, etc.)...» — Voir CuRIOS/TÉS ESTHÉTIQUES, Index, au mot Héroïsme.
Page 53. «... le beau n'est que la promesse du bonheur.» — De l'Amour, chap. XVII — Cf. le texte, jusqu'ici non recueilli, p. 537.
«J'ai plus d'une fois déjà expliqué ces choses;...» — Voir
notamment CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES , Index, au mot Biau.
Page 54. «On a justement appelé les œuvres de Gavarni et de Daumier...» — Cf CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES , p. .^24.
Pour les noms cites dans cette page (sauf Numa), voir l'Index
des Curiosités Esthétiques.
Page ^6. «... il me supplia, d'une manière très-impérieuse, de supprimer son nom...» — Ces termes autorisent à croire que la querelle du critique et de son modèle, dont il a été question plus haut, n'avait eu d'autre motif que la prétention du premier à imprimer le nom du second.
Page 57. «M. G. est vieux.» — Guys était né le 3 décembre 1802.
«...avec une honte et une indignation des plus amusantes.»
— 1868 : une honte des plus amusantes. — II semble qu'il s'agisse là d'une omission.
«J'ai vu depuis lors une masse considérable de ces dessins im-
provisés. . .» — Probablement chez leur auteur. Dans un billet non daté et qui doit se rapporter à l'élaboration de ces pages (E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 372), Guys écrit notamment à Baudelaire : «Je suis enchanté pour mon compte du retard dont vous me parlez, j'ai dix jours de plus à vous voir.»
Page 58. «. . .la plupart des artistes sont . . . des brutes. . .» — Voir l'Index des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, au mot Artiste, et, pour les «exceptions» ici mentionnées, même volume, p. 260.
— — L'Homme des foules, voir Edgar PoE, Nouvelles Histoires Extraordinaires.
Page 60. «Le génie n'est que l'enfance retrouvée à volonté...» — Cette idée sera développée dans les Para DIS ARTIFICIELS (Le
Génie enfant).
Page 62. «...c'est une immense jouissance que d'élire domicile dans le nombre, etc.» — Cf. Fusées : «Le plaisir d'être dans les foules est une expression mystérieuse de la jouissance de la multiplication du nombre ...»
«...dans une de ces conversations qu'il illumine, etc.» —
Voir dans le Journal des Goncourt, sur Guys et sa conversation, une page particulièrement bien venue.
Page 63. «...l'éternelle beauté... de la vie dans les capitales...» — Voir l'Index des CURIOSITÉS EsTHÉTIÇiUES au mot Ville, l'épilogue des Petits poèmes en prose, et celui des F LEURS DU Mal.
Page 64. «. . .l'œil de M. G. . .» — 1863 : l'œil de G.
«Mais le soir est venu...» — Cf. Les Fleurs du Mal,
Recueillement , Examen de Minuit, La Fin de la Journée , surtout Crépuscule du Soir, et aussi notre note, p. ^^j-j^yS.
«L'hortime qui pense est un animal dépravé», a écrit quelque
part un philosophe fameux. (Brierre DE Bois.MONT, De l Ennui.)
Page 66. «C'est évidemment le signe d'une grande paresse, etc. . .»
— Cf. Curiosités Esthétiques, p. 303.
Page 68. «...le gTand défaut de M. Ingres...» — Cf. CURIOSITÉS Esthétiques, p. 237 et 329.
«. . .plus ou moins complet, c'est-à-dire plus ou moins despotique. . .»
— 1868 : plus ou moins despotique. — II semble qu'il s'agisse d'une omission.
«En pareille matière. . .» — 1863 : En une pareille matière.
Page 70. «. . .qu'il s'agit ici de dessins informes. . .» — 1868 : de quelques dessins. — Ajouté du prote, semble-t-il.
Page 72. «. . .un de nos peintres les plus en vogue. . .» — Meissonier très certainement. Voir CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, Index.
Page 73. «... la peur de n'aller pas assez vite. . .» — Cf. les louanges que Baudelaire donne à Delacroix à ce sujet, CURIOSITÉS Esthétiques, p. 108-109 et ici même, p. 8.
Page 75. «. . .Horace Vernet, véritable gazetier. . .» — On sait que ce peintre était une des «bêtes noires» de l'auteur.
et suivantes. — Baudelaire cite ici un grand nombre de dessins qu'il a eus sous les yeux en original. Ont-ils été tous reproduits? Il est possible que beaucoup d'entre eux n'aient été employés que
comme documents. Ceci expliquerait que nous ne les ayons pas tous retrouvés dans la collection de V Itlustrated London News. Plusieurs de ceux que nous faisons suivre ci-dessous de la date de publication dans le grand périodique anglais, ne nous semblent d'ailleurs que médiocrement représentatifs du talent de Guys et font naître le soupçon qu'on les aurait retouchés. — Consécration d'un terrain funèbre à Scutari par l'évêque de Gibraltar, 9 juin 18^5; A Scbiimla, chez Orner Pacha, 4 mars i8 54, 17 novembre 18^5; Les Kurdes à Scutari, 24 juin 1854.
Page 77. La bataille de Balaklava, lUustrated London News, numéros des 18 et 2^ novembre et 23 décembre 18^4.
La pièce de Tennyson, Tbe Charge of tbe ligbt brigade :
Half a league, Ralf a league Half a league onward , Ali in the valIey oF DeatL Rode the six hundred...
«. . .les désastres de Syrie.» — C'est-à-dire le massacre des Maronites par les Druses et les bachibouzouks d'Ahmed pacha, alors gouverneur de Damas (juillet 1860).
Page 78. «. . .un prêtre anglican lit l'office. . .» — lUustrated London News, 7 avril 18^^.
Page 79. « Il est malheureux que cet album . . . n'ait pas passé sous les yeux de l'Empereur.» — Voir d'autres avances au régime impérial, p. 211, 2^^, 2 52.
Page 80. «. . .caricatures de décadence.» — 1863 : de la décadence.
Page 82. «Fête commc'morative de l'Indépendance. . .» — lUustrated London News, 20 mai 1854.
Page 84. «. . .gravées pour V lUustrated London News.)) — 1868 : par.
«M. Paul de Molèncs a écrit quelques pages aussi charmantes
que sensées. . .» — Voir Histoires sentimentales et militaires, chapitre des Voyages et Pensées miUtaires, et aussi CoAJ- MENTAIRES d'uN SoldaT. L'hiver, devant Sébastopol.
46o NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
Page 87. «Si Charlet, qui fut toujours ù la recherche de ce genre de beauté et qui l'a si souvent trouvé. . .)> — Voir nos notes dans les CuRJos/TÉs Esthétiques, p. 304, et dans ce volume, p. 36. — Les représentations qui avaient été faites à Baudelaire au sujet de sa sévérité à l'égard de Charlet, furent peut-être pour quelque chose dans l'éloge qu'on trouve ici.
— - — «L'homme riche, oisif...» — Cf. Mon cœur mis à nu : Un dandy ne fait rien. Vous fîgurez-vous un dandy parlant au peuplt excepté pour le bafouer?
Puis encore :
Dandysme. — Qu'est-ce que l'homme supérieur?
Ce n'est pas le spécialiste.
C'est l'homme de loisir et d'éducation générale.
Etre riche et aimer le travail.
Page 88. «...puisque Chateaubriand...» — Voir ks Natcbez et notre note sur l'Histoire de l'Ant ROMANTIQUE, p. 4.32.
«Les romanciers anglais. . .» — Le renvoi à la ligne de ce paragraphe date de 1868.
«M. de Custine. . .» — Baudelaire avait pour son talent une
estime particulière. Nous avons vu p. 432 qu'il lui réservait une place dans sa galerie des Dandies; il s'honorait aussi d'en avoir reçu une lettre de sympathie lors de la publication des Fleurs DU Mal (voir l'Appendice de ce livre dans l'édition Lévy). — Voir aussi p. 396.
Page 89. «Aussi. . .la perfection de la toilette consiste-t-elle dans la simplicité absolue...» — Rappelons qu'au témoignage de Champfleury, Baudelaire, à l'époque où il avait encore quelque argent, s'étant trouvé satisfait d'un habit, en avait aussitôt commandé une douzaine d'exemplaires.
11 ne faut peut-être pas prendre cette anecdote à la lettre, surtout venant de Champfleury qui était particulièrement porté à la mystification; mais elle est significative quant au goût déterminé de l'auteur pour une mise toujours égale et correcte. Un autre de ses contemporains a dit aussi assez plaisamment qu'il eût passé ses vêtements au papier de verre pour leur ôter l'apparence du neuf
ÉCLAIRCISSEMENTS ET VARIANTES. 4r^ 1
«... il sourira comme le Lacédémonien ...» — Ruiné dans
sa santé comme dans sa fortune, Baudelaire prendra pour devise : Ridentem ferient ruina.
«On voit que, par de certains côtés. . .» — 1863 : par certains
côtés.
Page 90. «...jusqu'aux tours les plus périlleux du sport,...» — 1863 : jusqu'aux tours de force les plus périlleux.
• «L'ordre irrésistible du Vieux de la Montagne. . .» — Cf.
Paradis Artificiels, i" paragraphe du chapitre 11 du Poëme du Hascbicb,
Pour le pluriel de dandy, l'auteur, en 1863, avait adopté la
forme anglaise dandies.
Page 93. «... cet être ... incommunicable comme Dieu...» — Cf. Mon caur mis à nu :
La femme ne sait pas séparer l'àme du corps. Elle est simpliste comme les animaux. Un satirique dirait que c'est parce qu'elle n'a que le corps.
Et encore :
Dans l'amour, . . . l'entente cordiale est le résultat d'un malentendu. Ce malentendu, c'est le piaisir. L'homme crie : O mon ange! La femme roucoule : Maman ! Maman ! Et ces deux imbéciles sont persuadés qu'ils pensent •de concert. Le gou£Frc infranchissable, qui fait l'incommunicabilité, reste infranchi.
«... Cet être en qui Joseph de Maistre voyait un hel animal. »
— II n'est pas douteux que Baudelaire n'eût adopté sur ce point les idées de son maître à raisonner, cela est sensible même dans Les Fleurs du Mal .-
La grandeur de ce mal où tu te crois savante Ne t'a donc jamais fait reculer d'épouvante. Quand la Nature, grande en ses desseins cachés. De toi se sert, 6 femme, ô reine des péchés, — De toi, vil animal, pour pétrir un génie?
(xxv).
Son beau corps nu, plem de frissonnements
Montrait la grâce enfantine du singe
(Le Cadre.)
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant Se balance avec la mollesse
D'un jeune éléphant.
(Le Serpent qui danse.)
On pourrait multiplier les exemples. — Baudelaire écrivait à M""' Aupick en décembre 1863 :
Je suis désolé de t'arracRer tes illusions sur le passage où tu assures voir l'éloge de ce fameux sexe.
Tu l'as compris tout de travers.
Je crois qu'il n'a jamais été rien dit de si dur que ce que j'ai dit dans le Delacroix et dans l'article du Figaro. Mais cela ne concerne pas li femmemère (inédit).
Page 94. «. . .le mundus muliebris. ..» — Nous retrouverons cette expression dans les PaRADIS ARTIFICIELS.
■ «. . .dans le métal et le mméral qui serpentent. . .» — Cf. :
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et j'aime à la fureur Les ctoses où le son se mêle à la lumière.
Les Bijoux.
Page 95. La nature embellit la beauté'. — Nous avons conté ailleurs (Charles BAUDELAIRE, ŒuVRES POSTHUMES , Mercure de France, 1908) une anecdote qui est en étroite corrélation avec ce texte.
Le poète avait reçu d'une dame de ses amies un billet ainsi conçu :
Mardi 3 novembre.
Vous m'avez envoyé des vers sans papillon , permettez-moi de vous oÉFrir des fleurs sans vers, et pour me prouver que mon goût a su comprendre le vôtre, mettez-les ce soir à votre boutonnière,
aCar toujours la nature embellit la beauté».
Il écrivit au-dessous le quatrain suivant :
Je vis , et ton bouquet est de l'architecture : C'est donc lui la beauté, car c'est moi la nature; Si toujours la nature embellit la beauté, Je fais valoir tes fleurs... me voilà trop flatté.
«...la fausse conception du dix-huitième siècle...» — Ici
Baudelaire épouse simplement les théories exposées dans les Soirées de Saint-Pétersbourg et même, par instants, le style de leur auteur.
Page 96. «La nature. . .nous commande de les assommer.» — Le premier germe du poème en prose : Assommons les pauvres serait-il sorti de quelque rêverie autour de cette idée?
Voir le mot Nature à l'Index des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES; on constatera combien Baudelau^e est ici fidèle à lui-même.
Page 98. «...idole, elle doit se dorer pour être adorée.» — Cf. Bénédiction :
La femme va criant sur les places publiques : — Puisqu'il me trouve assez belle pour m'adorer, Je ferai le métier des idoles antiques, Et comme elles je veux me faire redorer;
Page 99. «...laquelle unité. . .rapproche immédiatement l'être humain de la statue, c'est-à-dire d'un rêve divin et supérieur.» — Cf. la Beauté :
Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre...
«. . .d'imiter la Je//e nature?» — 1863 : d'imiter hi pwre nature?
A propos de la conclusion de ce chapitre, il faut citer une page très amusante des Confidences d'un journaliste, de Maxime RuDE (librairie André Sagnier, 1876) :
. . . Cet endroit était aussi désolant que désolé.
— N'est-ce pas, me dit Baudelaire, que ce paysage est charmant?
— Vous plaisantez?
— Non pas — je parle très sérieusement. Regardez plutôt : c'est lugubre! Paradoxe de poëte des Fleurs du Mal et d'aquafortiste ; j'y étais déjà habitué. Baudelaire ne m'avait-il pas dit une fois, aux Variétés :
— Je viens de voir une femme adorable. Elle a les plus beaux sourcils du monde — qu'elle dessine à l'allumette, — les yeux les plus provocants, — dont l'éclat n'existerait pas sans le kolil de la paupière, — une bouche voluptueuse, — faite de carmin, — et, avec cela, pas un cheveu qui lui appartienne.
— Mais c'est un monstre !
— C'est une grande artiste!
J'eus l'occasion d'entendre développer ce thème, à un voyage que nous fîmes à Versailles, — lui, Hippolyte Babou et moi. Comme nous descendions de wagon, je remarquai, filant devant nous, une jeune Anglaise dont la chevelure blonde ruisselait sur les épaules.
— Quelle jolie fille, m'écriai -je, — surtout si tous ses clieveux sont à elle!
— Pourquoi «surtout?», répliqua vivement Baudelaire. Elle ne serait que plus curieuse et plus attrayante si cette chevelure, magnifiquement disposée, n'était pas la sienne.
— Mon cher Baudelaire, — je connais vos théories sur la beauté des femmes. Laissez-moi croire ici plutôt à la nature qu'à l'art ou l'artifice.
Cela dit, j'échangeais avec Babou un sourire que le poëte surprit et qui le fit piquer en avant sans répondre. Il méditait une revanche, je la lu! donnai bientôt.
— Que tout cela est supeibe! eus-je l'imprudence de murmurer au milieu du parc de Versailles.
Baudelaire m'entendait, et, nie saisissant par le bras :
— Je vous y prends, me dit-il. Vous savez comme moi que rien de tout cela n'est naturel , et vous admirez !
Ah! «Satan à patte de velours!»
Cf. Jules LevallOis, Mémoires d'un critique :
Je voudrais, disait Baudelaire avec son air de pince sans rire, les prairies teintes en rouge et les arbres peints en bleu. La nature n'a pas d'imagination.
Cf. encore Adrien M.\R\, INDISCRÉTIONS PARISIENNES, Une Figure étrange (1866).
Page 10 1. «...répétant ainsi la comédie donnée à domicile par leurs parents.» — Cf. la Morale du joujou, p. 13.^.
Page 102. «Sur un fond d'une lumière infernale...» — Cf l'Irréparable, Il :
J'ai vu parfois , au fond d'un théâtre banal
Qu'enHammait l'orchestre sonore Une fée allumer dans un cercle infernal Une miraculeuse aurore;
Page 103. «...violet ( couleur affectionnée des chanoinesses...).» — On lit dans Fusées : «De la couleur violette (amour contenu, mystérieux, voilé, couleur de chanoinesse).»
«. . .elle darde son regard sous son chapeau, comme un portrait dans son cadre.» — Cf. l'Amour du mensonge :
... tes jeux attirants comme ccu.x d'un portrait, image qui a peut-être été inspirée par le souvenir de Meltnotb,
« Elle porte le regard à l'Iiorizon , comme la bête de proie ; ... »
— On connaît un portrait de Jeanne Duval par Baudelaire, sous lequel il a écrit : Qiiarens quem devoret.
La citation de La Bruyère : voir Les CARACTÈRES , Dei
Femmes.
En somme il est clair que dans les quelques pages qui forment les chapitres X, XI et XII de cette étude, le misogyne convaincu qu'était Baudelaire s'est donné un mal considérable pour rendre acceptable ce qu'il ne pouvait écrire tout net. N'eût-il craint d'épouvanter le lecteur — et l'éditeur aussi — nul doute qu'il n'eût ici transcrit simplement ce qu'on lit dans Mon cœur mis à nu :
La femme est le contraire du dandy. Donc elle doit faire horreur.
La femme a faim et elle veut manger ; soif, et elle veut boire.
Elle est en rut, et elle veut être f . . .
Le beau mérite !
La femme est naturelle, c'est-à-dire abominable.
Aussi est-elle toujours vulgaire, c'est-à-dire le contraire du dandy.
Page 105. «. . .fœmina simplex. . .» — JuvÉNAL, Satire VI , vers 327.
Page 108. u...effulgences.n — Nous avons déjà vu le poète employer le mot approximant (p. 3, note). Faut-il croire que Baudelaire, s'il avait vécu quelque vingt ans de plus , aurait versé dans le vocabulaire néo-latin du symbolisme?
Page 109. «Ses œuvres seront recherchées. . .» -- Faut -il souligner combien Baudelaire devança le goût du public ?
PEINTRES ET AQUAFORTISTES.
Article ébauché sous le titre : L'Eau -forte est à la mode, dans la Revue Anecdotique du 2 avril 1862 où il parut sans signature; complété pour le Boulevard, 14 septembre 1862.
Les deux premiers textes concordent souvent; cependant le premier contient m Jine plusieurs paragraphes qui ne se trouvent pas dans le second qui en apporte lui-même beaucoup de nouveaux. De plus l'ordonnance des phrases dans ces deux textes est différente. Nous
croyons donc nécessaire de reproduire ci -dessous m extenso le premier en date.
Quant à celui qu'a donné l'Art ROMANTIQUE, il n'offre avec celui du Boulevard qu'une variante insignifiante.
Baudelaire s'intéressait vivement à ce renouveau de la gravure. On le voit, par une lettre à Théophile Gautier en date du 4 août 1862, lui demander de soutenir, lui aussi, «cette réaction en faveur d'un genre qui a contre lui tous les nigauds».