‹ L'art romantiqueChapitre 54 sur 79 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Bourgeois et pavsan , regarde bien ces feuilles, tu y verras une image sans voile, une triste image d'un temps triste. Plus d'un homme arrive à vous comme un nouveau sauveur, il vous parle de la puissance, de la prospérité qu'il prépare au peuple , vous le croyez , parce que son langage vous plaît; mais voyez ce qu'il en est.

Sous la planche I :

Liberté, Egalité, Fraternité. Adieu, les temps anciens, adieu!... Ces cris circulent de groupe en groupe dans les rangs du peuple. Le sein de la terre s'entr'ouvre , et il en sort un faucheur pour la moisson qui va se faire. A mesure qu'il s'élève sur le sol, des femmes se pressent autour de lui et s'associent à ses préparatifs. La Justice est enchaînée, la Ruse lui a enlevé son épée, sa balance, et les présente au faucheur; la Vanité lui donne son chapeau; la Folie lui tient son cheval; la Soif de sang lui apporte sa faux. A présent, camarades, attention, voilà celui qui saura vous rendre libres et égaux.

Sous la planche II :

La douce lumière du matin brille comme de coutume sur la ville et les champs. Voici venir, dans sa course fougueuse, l'ami du peuple, le fauclicur.

n dirige son cheval vers la cité, il sait quelle riche Tiioisson il doit y faire. La plume de coq flottant sur son chapeau reluit au soleil, rouge comme du sang; sa faux flamboie comme une lueur d'orage, son cheval gémit, et les corbeaux crient.

Sous la planche III :

Il arrive à son but. A l'entrée de la ville est l'auberge avec ses hôtes, qui , en buvant de l'eau-de-vie , chantent, jouent, se querellent. Il s'avance avec un regard rusé et s'écrie : A la prospérité de la République! Que pèse une couronne! pas plus qu'un tuyau de pipe. Je veux vous en donner la preuve, regardez! II met la couronne et la pipe dans la balance, en la prenant par l'aiguille. Les spectateurs charmés s'écrient : Voilà l'homme qu'il nous faut, l'homme qui doit nous conduire et que nous suivrons. Mais toi, pauvre femme aveugle, pourquoi te retires-tu? Et verrais-tu plus que ceux qui ont les yeux ouverts!

Sous la planche IV :

Liberté, Egalité, Fraternité! Ce cri résonne à travers toute la cité. «A l'Hôtel de Ville!» Ecoutez. On entend les pierres qui sifflent l'air (^sic) : — Vive la République. — La flamme éclate. Au marché! Au marché! là est déjà le héros de la Révolution. Ecoutez-le parler. Il tient l'épée enlevée à la Justice, la présente au peuple et lui dit : Peuple, voilà ton glaive. A qui appartient-il de juger si ce n'est à toi! C'est par toi que Dieu se manifeste, par toi seul. A ces mots, des milliers de voix répondent par ces cris : Du sang! du sang!

Sous la planche V : Aux barricades! En avant les pavés! La construction s'achève et à sa cime apparaît, l'étendard sanglant à la main, celui que la révolte a choisi pour chef. Les balles sifflent, les victimes tombent. Mais lui rit et dit à ceux qui l'entourent : «Maintenant je tiendrai la promesse que je vous ai faite de vous rendre pareils à moi.» Il lève son pourpoint, et ceux qui le regardent se sentent le cœur saisi d'effroi. Leur sang coule rouge comme leur drapeau. Celui qui les a conduits au combat, c'est le faucheur, c'est la Mort.

Sous la planche VI :

Celui qui les a conduits, c'est le cavalier de la mort, il a tenu sa promesse; tous ceux qui l'ont suivi sont maintenant frères, libres et égaux. Victorieux, il enlève son masque, et du haut de son cheval rit de la destruction , le héros de la République rouge.

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