ÉPILOGUE
Dans la tombe... oui, nous sommes égaux : ni haut, ni bas, ni pauvres, ni riches. O Liberté, qui t'amènera parmi nous? Ah! ce n'est ni le meurtre, ni le crime. Tu ne brilleras dans toute ta splendeur que lorsque l'ardeur de
notre égoïsme sera éteinte. Et toi, Egalité, ne viens-tu que de la mort? Non, pour tous luit la même aurore. Riches ou pauvres, grands ou petits, tous les bons sont égaux. Et toi, Fraternité, parole sacrée, rempart du citoyen, on t'a outragée, profanée, on a fait de toi une torcte incendiaire, c'est du ciel que tu nous es venue; que ta flaniine s'élève purement, gaiement vers le ciel, et que Dieu bénisse la patrie!
Page 123. «...la mort joue un air enclianteur sur le violon.» — Baudelaire a dû faire ses descriptions de mémoire, car il s'y montre une grosse inexactitude. Dans la planche de la bonne mort [Der Tod als Freiind), la Mort attristée sonne le glas; c'est dans l'autre planche (Der Tod ah Erwûrger) que la Mort ricanante joue du violon... avec deux tibias.
«M. Michelet a tenté d'interpréter minutieusement la Mdan-
cbolia d'Albert Durer.» — Voir l'Histoire de France au seizième sièck (Chamerot, 1855), p. 86-90.
Page 1 24. Pour les rapports de Baudelaire et de Soulary, voir la Correspondance, passim; pour Dupont, on trouvera plus loin, ici même , deux notices qui lui sont consacrées.
Pour Janniot, voir CuRtoSITÉS ESTHÉTIQUES , Index,
Page 126. M. de Dreux- Brézé et Mirabeau. — Titre exact : Mirabeau apostrophant M. de Dreux-Brézé , esquisse. — La Convention votant la mort de Louis XVI , dessin.
Page I 27. «... la période dans laquelle nous entrerons prochainement et dont le commencement est marqué par la suprématie de l'Amérique et de l'industrie.» — Cette dernière proposition tout au moins devait rencontrer le plein agrément de Baudelaire : relire l'admirable page de Fusées qui commence par ces mots : Le monde va finir.
Page 128. L'Histoire d'une âme. — «Sujet d'une suite de tableaux de M. Janmot exposés à Paris en 18^1, et dont le Catalogue était accompagné d'un commentaire en vers de la composition de l'artiste lui-même.» (Note des éditeurs de 1868.) — Ajoutons que ce commentaire avait paru à Lnhju, en 185.}., sous le titre : L'.Ame.
Passage du Saumon, 70. - Le Bottin de l'époque n'indique
à cette adresse que Duchéne, instrumcnis de musique.
L'Exposition universelle : 1855. — II est à remarquer que Baudelaire, lui non plus, n'en avait pas parlé alors.
Page 129. Le Cauchemar, 8° tableau de la série; La Mauvaise instruction, lire : Le Sentier dangereux, 7"; Promenade mystique, lire : Sur la montagne, i^'.
Cet article a paru dans le Monde littéraire du ly avril 18^3; il a été repris ensuite par le Portefeuille, numéro du 19 août 18^^; puis encore par le Rabelais, 13 juin 18^7, oii il était accompagné de cette note :
Nous extrayons du livre de M. Charles Baudelaire , en ce moment sous presse, Variétés et Curiosités Esthétiques , que vont publier MM. A. P. Malassis et De Broise, — la /anfawie sérieuse qu'on va lire.
Le premier texte est presque identique au second, à cette diflérence près qu'il annonce, in jine , une suite qui ne parut jamais; le troisième presque identique au quatrième, celui de 1868, que nous avons retenu.
Cet article est cité comme «très réussi» dans V Histoire anecdotique et critique de la presse parisienne (18^57 et 1858) de Firmin Maillard.
Sous le titre : Le Joujou du pauvre (la Presse, 24, septembre 1862), l'auteur en a repris, pour en faire un «petit poème en prose», tout le passage qui commence page 136 par les mots : «Tel est le joujou du pauvre», et qui finit page 137 avec la phrase : «Les parents, par économie, avaient tiré le joujou de la vie elle-même», ne modifiant que très peu son texte qui se présente seulement amorcé et terminé par deux phrases nouvelles.
Page 131. M"" Panckoucke. — La collection baudelairienne de M. Ancelle renferme deux billets de M°" Panckoucke à M"" Aupick. Ils n'ont aucun rapport avec cette histoire, mais dans l'un d'eux, on trouve cette pensée délicate, qui s'accorde avec le récit de Baudelaire : «Le plus grand plaisir pour moi c'est de faire des heureux. . . C'est recevoir que donner à ses amis.»
«...le Panckoucke actuel.» — C'était la fenmie de Charles
Panckoucke, le traducteur de Tacite, et la mère d'Ernest Pane-
koucke. Elle mourut en 1861, à soixante-dix-sept ans. Son salon de la rue des Poitevins était fréquenté par beaucoup de gens de lettres.
«...dans une r\ie silencieuse...» — i853-i8 5 5-i8 57 : très-muette.
Page 132. «. . .des stalactites merveilleu5«, » — i^iS» coquille sans doute : merveilIeuA:,
«. . .des hommes dégénérés, en qui, au contraire, la délibéra-
tion. . .» — 1853-1855 : chez lesquels la délibération.
Page 133. «...petits garçons qui, ayant actuellement traversé une bonne partie de la cruelle vie, manient. . .» — '^53"ï^55 • S^' ont ...et manient.
«...puisé un souvenir dans le trésor de M"" Panckoucke. » —
1 853-1 855-1 857 : dans le budget.
«. . .qui m'apparaît comme la Fée du joujou.» — 1853 : qui
m'apparaît alors comme la Fée du joujou.
«. . .qui, par la propreté lustrée, l'éclat des couleurs, la violence dans le geste et la décision dans le galbe, représente si bien les idées de l'enfance sur la beauté!» — 1853 et 1855 : qui représente SI bien les idées de l'enfance sur la beauté, la propreté, l'éclat des couleurs, la violence dans le geste et la décision dans le galbe, comme dirait Théophile Gautier.
Page 134.. «//!$ jouent sans joujoux. » — 1853 : L« en/anr^ jouent sans joujoux.
«... ces petites filles qui jouent à la madame , se rendent des
visites ... imitent leurs mamans. . .» — Cf. p. loi : «...se rendent des visites ... répétant ainsi la comédie donnée à domicile par leurs parents. »
«. . .n'y a-t-il pas de quoi faire rougir de son impuissante imagination ce public blasé. . .» — 1853-1855 : de quoi faire rougir /'impuissante imagination de ce public blasé.
Page 135. «...une victoire est souvent incertaine...» — '855 • souvent bien incertaine.
«Le joujou est la première initiation de l'enfance à l'art, ou
plutôt c'en est pour lui la première réalisation.» — 1853-18^5 : ou plutôt sa première réalisation.
«...le cheval et son cavalier en trois morceaux, quatre chevilles pour les jambes, la queue du cheval formant un sifflet.» — 1853-185^ : le cheval et son cavalier en trois morceaux, les jambes, quatre chevilles, la queue du cheval contenant un sifflet.
Page 136. «. . .le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.» — 1853-18^^ : comme s'ils se déjxaient de l'homme.
«C'est là certainement un grand divertissement.» — Voilà qui
sent un peu le démoniaque. Cf. une certaine anecdote contée par Nadar dans son Charles Bauddaire intime, p. 46-47.
«. . .un beau jardin, au bout duquel apparaissait...» — 1853-
1 855 : au bout duquel se laissait voir.
Page 137. «...dans une boîte grillée,...» — 1853-1855-1857 : dans une petite boîte gnllée.
«. . .avaient tiré le joujou de la vie elle-même.)) — 18 53-1 855 :
de la nature,
«. . .je n'affirmerais pas que le contraire n'ait pas lieu,. . .» —
1853 : n'a pas lieu.
Page 138. «II date maintenant de quelques années.)) — 1853- 1855 : Il date de deux ans.
«. . . — au nombre de vingt, si vous voulez.)) — 1 853-1 855 : au
nombre de vingt, par exemple.
«Ajustez ce cercle. . .» — Le renvoi à la ligne n'existe que
dans le texte dernier et ne se justifiait que du point de vue typographique. Nous l'avons donc supprimé.
Page 139. «...des parents dans cette émouvante question.» — ^^53 : des parents relativement aux joujoux.
«Elles ne connaissent pas. . .les moyens poétiques de passer le
temps.» — 1853-18^5 : elles ne reconnaissent pas. «. . .deux sous. . .)) — '853 : deux sols.
• Au sujet de l'exaspération où le contact des gens «ultra- J
raisonnables» pouvait jeter Baudelaire, voir sa lettre à M. O. ^
[Olivier] en date du 18 août 18^2, — lettre qui d'ailleurs ne fut vraisemblablement pas envoyée.
Page 140. «. . .ils les mettent en ordre, en font. . .» — 1853 : et eu font.
«Mais ou est l'âme?» — 18^3 : pas d'italique.
«Il y en a d'autres qui cassent tout de suite le joujou à peine
mis dans leurs mains,...» — 1853-1855-1857 : qui cassent tout de suite, à peine le joujou mis dans leurs mains.
Page 141. ((Puzzling question'.» — Ces mots ne figurent pas dans le
texte de 1853.
Par contre on y lit, après un trait de séparation :
Dans un autre article, je parlerai de la fabrication des joujoux, et du
goût des différentes nations dans cette matière , ce qui est un sujet fort
compliqué.
Cette étude parut d'abord dans l'Artiste, numéro du 13 mars i8 j9 [Galerie du XIX' siècle, -xxiu), puis en plaquette.
Baudelaire semble avoir d'abord hésité à l'écrire. Nous avons donné ailleurs une lettre d'Edouard Houssaye, alors directeur de l'Artiste (voir E.-J. CrÉpet, op. cit., p. 375) '', qui constitue une mise en demeure assez brutale :
Décidément voulez -vous faire l'étude sur Gautier? si oui, donnez -la cette semaine; si non, je vais la faire faire par un autre ami de Gautier. (31 janvier i8j9.)
'"' Dans le même ouvrage, voir deux autres lettres rclatj\es à l'article, p. 309 et 376.
Et ceci est important, surtout à le rapprocher des réserves que Baudelaire a faites sur le talent du «magicien», tant dans sa lettre à Hugo qu'on lira tout à l'heure, qu'ici même, ou dans d'autres articles critiques. (Voir nos notes sur les pages 3^et276('' de ce volume.)
L'essai une fois terminé , il en était cependant satisfait :
J'ai fini l'étude sur Gautier. Je crois qu'il en sera content, ainsi que vous et tous nos amis. (Lettre à Poulet-Malassis, 13 février 1859.)
Quelque deux ans plus tard, il l'enverra encore à Vigny, avec le Wagyier, en échantillon de son savoir-faire : «Vous y trouverez quelques pages qui vous plairont.»
Il convenait d'ailleurs s'y être appliqué , bien qu'il l'eût écrit « avec une rapi'dité de démon».
Sa correspondance nous le montre ensuite s'employant à en assurer tant la réussite matérielle que l'effet sur le public. Il veut que Ducessois, l'impnmeur de l'Artiste, lui envoie ses épreuves tout de suite, pour les revoir à loisir. D'Honfleur, il charge le bon Asselineau d'obtenir que l'article entier passe dans le même numéro, car «cela est fait pour être lu en une seule séance». II s'impatiente parce que la revue temporise :
Et l'Artiste! plus d'Edouard Houssaye, maintenant c'est Arsène. Et les uns veulent communiquer les épreuves à Gautier, et les autres veulent attendre son retour fin avril. Lui, avant de partir [pour Saint-Pétersbourg], m'a dit qu'il se reposait de tout sur moi.
Ajoutons que cette étude fut payée 100 francs par l'Artiste. II semble que la publication en fut remarquée. Baudelaire écrivait à Malassis le 26 mars 1859 :
L'article continue son tmtamarre. II paraît que c'est une monstruosité. Chez Téchener, c'a été un scandale.
Cependant les journaux de l'époque n'en ont guère parlé.
L'idée de faire de ces pages un petit livre est contemporaine de
•'' Voir, au sujet de l'importance que plusieurs critiques ont attachée à ces réserves, page 409 (in fine) de notre édition des Fleurs DU Mal. — Voir aussi Fernand VandÉrem, Le Miroir des Lettres, t. V, ch. xi; Jules Levallois, Mémoires d'un critique; André GiDE, Ecrits nouveaux, i" novembre 1917 ; Paul SouDAV, Le Temps, 16 novembre 1917-
leur rédaction. Dès le 16 février i8 59, c'est-à-dire trois jours après qu'il les avait terminées, Baudelaire mandait à Malassis :
Si vous êtes satisfait de la notice sur Théophile, ne pourrions-nous pas en faire une jolie brochure? Il est évident que le Gautier et le Poe'^^ ne peuvent pas entrer dans les Curiosités. Cela d'ailleurs (ne fût-ce que de 100 francs ou même de 50 francs) pourrait diminuer un peu mon eflroyable dette visà-vis de vous. D'un autre côté, l'influence de Gautier et de Pelletier pourrait conseiller à Turgan de la reproduire dans le Moniteur, Houssaje pourrait vous prêter le portrait.
Disons tout de suite que cet espoir d'une reproduction dans le Moniteur ne se réalisa pas, et que finalement les droits d'auteur pour cette plaquette devaient se trouver réduits à 30 francs'-'. Du moins, Poulet-Malassis s'empressait d'adhérer au projet d'une brochure séparée. Mais diverses causes allaient retarder la publication.
Il fallait s'entendre pour un portrait-frontispice , Baudelaire en voulait un, y trouvant une garantie de vente. Il avait été d'abord question, on vient de le voir, d'adopter simplement celui qu'avait donné l'Artiste dans sa Galerie du XI X' siècle (numéro du 3 mars 1859), — une planche de Bracquemond d'après ime photograpliie de Nadar. Mais l'associé de Malassis n'avait pas confiance dans le succès de la brochure, comme en témoigne le billet suivant de son auteur :
J'ai rencontré de Broise. . ., qui m'a dit vous avoir écrit pour vous prier de ne faire du Gautier qu'un tirage minime, attendu que c'est un ouvrage d'une nature toute parisienne. Je ne sais pas au juste ce qu'il entend par là, si ce n'est que Gautier est inconnu au delà de Paris et que l'article est inintelligible ailleurs.
Je n'ai jamais eu de prétention à un tirage exorbitant ; mais je ne veux pas d'un tirage ridiculement petit et je ne veux pas que vous ayez l'air d'imprimer quoi que ce soit de moi par complaisance. (26 mars 1859.)
II est probable que, malgré cette protestation, de Broise sut faire triompher son pointde vue, qui était de réduire les frais, car finalement
'"' C'est-à-dire les diverses études biographiques placées en tête des traductions de Poe.
'*' Ceci ne doit point être retenu contre l'éditeur, lui-même alors plongé dans les plus grands embarras. Au reste, voici le passage (lettre inédite, 16 novembre 1859) où Poulet -Malassis fixe le prix : «...il conviendra d'ajouter quelque chose pour le Gautier, ne .fut-ce que 30 francs par exemple, car je ne veux pas vous prendre une ligne de copie pour rien, dans l'état de vos affaires. »
on se rabattit sur le portrait de Thérond, paru l'année précédente en tête de la nouvelle édition d'Emaux et Camées, et dont il devait rester des épreuves en magasin. Les mêmes considérations firent abandonner un projet de titre « en lettres bizarres » , en lettres « élégantes et contournées», «ornées de fions», qu'on trouve mentionné dans trois lettres de mai 18^9.
La correspondance du poète nous entretient encore d'une question d'épigraphes que nous n'avons pas réussi à élucider en toute certitude. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir là-dessus quand nous annoterons les lettres, et peut-être, dans l'intervalle, nos recherches auront-elles abouti.
Puis il arriva que Poulet- Malassis, par deux fois, à l'occasion de ses publications des Mémoires de Lauzun et de l'Histoire de Saint-Just, fut inquiété par la justice, et même emprisonné (voir E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 417).
Le choix du caractère, l'aspect du volume, la correction du texte, furent aussi l'objet d'un échange de vues abondant dont on trouve des traces dans la correspondance de l'auteur et de l'éditeur :
Faites bien mousser le texte, suppliait Baudelaire. Que ça ait l'air d'une brochure respectable ( 29 avril). — Je vous supplie de faire du Gautier quelque chose de propre (août). — Je crois avoir vu encore quelques fautes dans l'épreuve. . .que vous m'avez transmise (i" octobre).
Malgré toutes ces recommandations, Baudelaire craignait toujours que l'influence de l'économe beau-frère et associé ne s'exerçât aux dépens de la présentation du livre et il n'avait pas tort, puisque d'aucuns — Delacroix notamment (lettre du 13 décembre 1859) — devaient se plaindre de la petitesse du caractère. Cependant il ne semble pas que, pour sa part, il ait partagé cette réserve :
La petite brochure Gautier va paraître, mandait-il à sa mère. , .le tout fort gentiment imprimé, je crois. (Octobre 1859, lettre inédite.)
Mais ce fut surtout l'attente d'une lettre-préface demandée à Hugo, qui retarda la publication.
Comment Baudelaire en était-il venu à l'idée de la solliciter, lui qui jadis écrivait à Champfleury (14 janvier 18^4) : «Trouvez-vous réellement qu'à votre âge et avec votre force actuelle il soit bien utile d'exhumer les comphments de Victor Hugo qui en a inondé les êtres les plus vulgaires»; — lui encore qui maintes fois, soit en clair, soit par voie d'allusions, avait, et fort vivement, attaqué le poète des
Orientales, lui déniant la spiritualité, dénonçant son influence comme pernicieuse pour les arts plastiques? On est en droit de s'en étonner. Peut-être avait-il conscience d'un tort à réparer. L'année précédente Jean -Rousseau, dans le Figaro (5 et 14. juin 1858), l'avait accusé de s'être écrié dans un café : «Hugo! qui ça, Hugo?» et, malgré un démenti sitôt envoyé, avait maintenu son affirmation. Or, si Baudelaire était parfaitement capable de s'être permis cet écart, dans une conversation avec des gens de lettres, par contre il était homme aussi à s'indigner sincèrement de le voir porter à la connaissance du vulgaire. D'ailleurs il faut encore noter en sa faveur que, quelques semaines avant la publication du Théophile Gautier, il écrivait à sa mère, en lui envoyant la Légende des Siècles ;
H est possible que ce vers souvent Iiaclié, brisé, aussi souvent épique que lyrique, te fatigue. Mais Jamais Hugo n'a été si pittoresque ni si étonnant que dans le commencement de Ratbbert (le concile d'Ancone), Zim-Ziyimi , le Mariage de Roland, la Rose de l'Infante; il y a là des facultés éblouissantes que lui seul possède. (Lettre inédite, octobre 1859.)
On peut donc admettre, il n'est même que juste de le faire, que l'admiration entra bien pour quelque chose dans cette inattendue requête. On ne saurait contester toutefois que l'intérêt direct semble y avoir eu la plus grosse part :
Vous comprenez que cette lettre, si elle est importante, peut faciliter la vente de la brochure. (Lettre à Poulet-Malassis, octobre.)
Quoi qu'il en soit, il paraît certain que Victor Hugo, vraisemblablement pressenti par un tiers (Meuricc sans doute, dont nous trouverons le nom bientôt), — avait accueilli cette avance favorablement. Autrement on ne s'expliquerait pas que Baudelaire, dès le 26 mars 1859, eût pu écrire à Malàssis en toute assurance : «J'aurai la lettre de Victor Hugo à Honfleur. »
11 paraît non moins certain que Hugo déléra presque aussitôt à la requête qu'on lui avait transmise. L'article dont l'Artiste, à la demande de Baudelaire, lui avait envové les épreuves, avait paru, nous l'avons dit, le 19 mars. Or on lit, à la date du 15 avril suivant, dans la Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice (Charpentier, 1909) : «Est-ce que vous voudriez bien remettre cette lettre à M. Charles Baudelaire?»
Comme Hugo n'était point en relations épistolaires avec Baudelaire à cette époque-là, on ne saurait douter que la lettre ici mentionnée
ne fût celle-là même qu'attendaient Baudelaire et Malassis, et par là se trouve dissipé le soupçon de quelque manœuvre destinée à amener Baudelaire pénitent sur le chemin de Canossa.
Mais il arriva que la précieuse lettre lut égarée. De cette déconvenue, on trouve un écho dans les billets à Malassis :
II s'agit maintenant de retrouver une lettre de Victor Hugo, adressée pour moi aux bureaux de l'Artiste, et que ces voieurs-là n'ont pas en\oyée à Honfieur. (7 août 1859.)
Toutes recherches cependant étant demeurées vaines, Baudelaire se décidait à solliciter à nouveau son puissant émule, et cette fois directement. Sa lettre était restée inédite jusqu'à l'an dernier, où M. Gustave Simon l'a publiée dans la Revue de France, numéro du i" octobre 1923. Bien qu'elle doive trouver sa place dans la Correspondance, nous croyons devoir la reproduire ici m extenso. C'est là, en effet, le document le plus concluant, tant pour le ton des rapports de Baudelaire et de Hugo , encore aujourd'hui si discutés (voir outre le livre de M. Louis Barthou, Autour de Baudelaire, les articles de M. Fernand VandÉREM dans le Supplément littéraire du Figaro, les 6, 13 et 20 octobre 1923 et ceux de M. Paul Souday dans le Temps, les i", 8, 15 et 22 du même mois), que pour les réserves de Baudelaire à l'égard de Gautier. D'ailleurs, pour apprécier pleinement la réponse de Hugo, il est essentiel de la rapprocher de cette lettre :
Vendredi, 27 septembre 1859.
Monsieur,
J'ai le plus grand besoin de vous, et j'invoque votre bonté. II y a quelques mois, j'ai fait sur mon ami Théophile Gautier un assez long article qui a soulevé un tel éclat de rire parmi les imbéciles, que j'ai jugé bon d'en faire une petite brochure, ne fût-ce que pour prouver que je ne me repens jamais'''. J'avais prié les gens du journal de vous expédier un numéro. J'ignore si vous l'avez reçu; mais j'ai appris par notre ami commun, M. Paul Meurice, que vous aviez eu la bonté de m'ccrire une lettre, laquelle n'a pas encore pu être retrouvée, l'Artiste ajant jugé à propos de la renvoyer à un domicile que je n'habite plus depuis longtemps, au lieu de la renvoyer à Honflcur, mon vrai domicile, où rien ne se perd. Il m'est impossible de deviner si votre lettre avait directement trait à l'article en question et, quoi qu'il en soit, j'ai éprouvé un amer regret, Une lettre de vous. Monsieur, qu'aucun de nous n'a vu depuis
'•' Ceci n'est pas exact. On a vu que le projet de brochure est, au contraire, contemporain de la rédaction de l'article.
si longtemps, de vous, que je n'ai vu que deux fois, et il y a de cela presque vingt ans, — est une chose si agréable et si précieuse! Il faut cependant que je vous explique pourquoi j'ai commis cette prodigieuse inconvenance de vous envoyer un papier imprimé sans y joindre une lettre, un hommage quelconque, un témoignage de respect et de fidélité. Un des imbéciles dont je parlais (celui-là plein de trop d'esprit, je veux dire d'esprit pointu)'"' me dit : «Comment! vous aurez l'effronterie d'envover cet article à M. Hugo! Vous ne sentez donc pas que c'est fait pour lui déplaire!» Voilà sans doute une énorme sottise. Eh bien ! Monsieur, quoique je sache que le génie contient naturellement tout l'esprit critique et toute l'indulgence nécessaire , je me suis senti intimidé, et je n'ai pas osé vous écrire.
J'ai donc maintenant quelques explications à vous donner. Je sais vos ouvrages par cœur, et vos préfaces '' me montrent que j'ai dépassé la théorie généralement exposée par vous sur l'alliance de la morale et de la poésie. Mais en un temps où le monde s'éloigne de l'art avec une telle horreur, où les hommes se laissent abrutir par l'idée exclusive d'utilité, je crois qu'il n'y a pas grand mal à exagérer un peu dans !e sens contraire. J'ai peut-être réclamé trop. C'était pour obtenir assez. Enfin, quand même un peu de fatalisme asiatique se serait mêlé à mes réflexions, je me considère comme pardonnable. L'épouvantable monde où nous vivons donne le goût de l'isolement et de la fatalité.
J'ai voulu surtout ramener la pensée du lecteur vers cette merveilleuse époque littéraire dont vous fûtes le véritable roi et qui vit dans mon esprit comme un délicieux souvenir d'enfance.
Relativement à l'écrivain qui fait le sujet de cet article et dont le nom a servi de prétexte à mes considérations critiques, je puis avouer confidentiellement que je connais les lacunes de son étonnant esprit. Bien des fois, pensant à lui, j'ai été affligé de voir que Dieu ne voulait pas être absolument généreux. Je n'ai pas menti, j'ai esquivé, j'ai dissimulé. Si j'étais appelé à témoigner en justice,et si mon témoignage, absolument véridique, pouvait nuire à un être favorisé par la nature et aimé par mon cœur, je vous jure que je mentirais avec fierté! parce que les lois sont au-dessous du sentiment, parce que l'amitié est, de sa nature, infaillible et ingouvernable. Mais, vis-à-vis de vous, il me semble absolument inutile de mentir.
J'ai besoin de vous. J'ai besoin d'une voix plus haute que la mienne et que celle de Théophile Gautier, de votre voix dictatoriale. Je veux être protégé!
'■> Voir les Curiosités Esthétiques , Index, au mot École, '*' «Vos préfaces. . . » — Voir chez Auguste Vacquerfe, Profils et Grimaces (1856), le chapitre xxv[, intitulé L'Art pour l'Art, qui commence ainsi : «Récompense honnête à qui trouvera dans Victor Hugo le mot fameux...» L'auteur, en s'aidant notamment d'extraits de la préface de Lucrèce Borgia et de Littérature et philosophie mêlées , s'applique à prouver que Hugo a toujours soutenu que le théâtre doit poursuivre un but enseignant, le poète ayant charge d'àmet.
J'imprimerai humblement ce que vous daignerez m'écrire. Ne vous gênez pas, je vous en supplie. Si vous trouvez, dans ces épreuves, quelque chose à blâmer, sachez que je montrerai votre blâme docilement, mais sans trop de honte. Une critique de vous, n'est-ce pas encore une caresse, puisque c'est un honneur?
Les vers que je joins à cette lettre se jouaient depuis longtemps dans mon cerveau. Le morceau a été fait en vue de vous imiter ^^^ (riez de ma fatuité, j'en ris moi-même) après avoir relu quelques pièces de vos recueils, où une charité si magnifique se mêle à une familiarité si touchante. J'ai vu quelquefois dans les galeries de peinture de misérables rapins qui copiaient les ouvrages des maîtres. Bien ou mal faites, ils mettaient quelquefois dans ces imitations, à leur insu, quelque chose de leur propre nature, grande ou triviale. Ce sera là peut-être (peut-être!) l'excuse de mon audace. Q.uand les Fleurs du Mal reparaîtront, gonflées de trois fois plus de matière que n'en a supprimé la Justice, j'aurai le plaisir d'inscrire en tête de ces morceaux le nom du poëte dont les œuvres m'ont tant appris et ont donné tant de jouissances à ma jeunesse '"'. \
Je me rappelle que vous m'envoyâtes, lors de cette publication, un singulier compliment sur ma flétrissure que vous définissiez une décoration'''^ Je ne compris pas très-bien, parce que j'étais encore en proie à la colère causée par la perte de temps et d'argent. Mais aujourd'hui, Monsieur, je comprends trèsbien. Je me trouve fort à l'aise sous ma flétrissure, et je sais que désormais, dans quelque genre de littérature que je me répande, je resterai un monstre et un loup-garou.
Il y a quelque temps, l'amnistie mit votre nom sur toutes les lèvres. Me pardonnerez-vous d'avoir été inquiet pendant un quart de seconde? J'entendais dire autour de moi : aEnfin, Victor Hugo va revenir!» Je trouvais que ces paroles faisaient honneur au cœur de ces braves gens, mais non pas à leur jugement. Votre note est venue qui nous a soulagés. Je savais bien que les poètes valaient les Napoléons, et que Victor Hugo ne pouvait pas être moins grand que Chateaubriand '1.
'■' Cf. Les Fleurs du Mal, notre note, p. 454. II s'agit de Fantômes parisiens, que venait de donner la Revue Contemporaine.
'°i On sait que cette promesse fut tenue.
f'i Nous avons donné ailleurs le texte complet de cette lettre. Voir E.-J. CrÉ- PET, Charles Baudelaire, Etude biographique , p. 113. On y lit : «Une des rares décorations cjue le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir.»
'*' Dans le catalogue de vente de la bibliothèque Poulet-Malassis , le numéro 70, qui annonce un exemplaire sur papier vergé du Théophile Gautier, est accompagné de cette nete : «On y a joint une lettre de l'auteur à Malassis... et sur le même feuillet copie, de la main de Baudelaire, de la déclaration de Victor Hugo refusant l'amnistie du 15 août 1859.»
On me dit que vous habitez une demeure haute, poétique et qui ressemble à votre esprit, et que vous vous sentez heureux dans le fracas du vent et de l'eau. Vous ne serez jamais aussi heureux que vous êtes grand. On me dit aussi que vous avez des regrets et des nostalgies. C'est peut-être faux. Mais si c'est vrai, il vous suffirait d'une journée dans notre triste, dans notre ennuyeux Paris, dans notre Paris New- York ''', pour vous guérir radicalement. Si je n'avais pas ici des devoirs à accomplir, je m'en irais au bout du monde.
Adieu, Monsieur, si quelquefois mon nom était prononcé d'une manière bienveillante dans votre heureuse famille, j'en ressentirais un grand bonheur.
Ch. Baudelaire.
Je n'ai aucun besoin des épreuves. Je suis encore pour quelque temps à Paris, hôtel de Dieppe, rue d'Amsterdam.
La réponse de Victor Hugo ne se fit pas attendre. La voici, telle qu'elle devait paraître en tête de la brochure :
Hauteville House, 6 octobre 1859.
Votre article sur Théophile Gautier, Monsieur, est une de ces pages qui provoquent puissamment la pensée. Rare mérite, faire penser; don des seuls élus.
Vous ne vous trompez pas en prévoyant quelque dissidence entre vous et moi. Je comprends toute votre philosophie (car, comme tout poète, vous contenez un philosophe); je fais plus que la comprendre, je l'admets; mais je garde la mienne. Je n'ai jamais dit : l'Art pour l'Art; j'ai toujours dit : l'Art pour le Progrès.
Au fond, c'est la même chose, et votre esprit est trop pénétrant pour ne pas le sentir. En avant! c'est le mot du Progrès; c'est aussi le cri de l'Art. Tout le verbe de la Poésie est là. Ite.
Que faites-vous donc quand vous écrivez ces vers saisissants : Les Sept Vieillards et Les Petites Vieilles que vous me dédiez et dont je vous remercie? Que faites-vous? Vous marchez. Vous allez en avant. Vous dotez le ciel de l'Art d'on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau.
L'Art n'est pas perfectible, je l'ai dit, je crois, un des premiers, donc je le sais; personne ne dépassera Eschyle, personne ne dépassera Phidias; mais on peut les égaler, et pour les égaler il faut déplacer l'horizon de l'Art, monter plus haut, aller plus loin, marcher. Le poète ne peut aller seul, il faut que l'homme aussi se déplace. Les pas de l'Humanité sont donc les pas mêmes de l'Art. — Donc gloire au Progrès.
''' «...notre Paris-New-York. .. » — C'est-à-dire où l'homme d'esprit est aussi brimé qu'à New-York. (Voir les notes sur Edgar Poe.)
C'est pour le Progrès que je souffre en ce moment et que je suis prêt à mourir.
Théophile Gautier est un grand poète, et vous ie louez comme un jeune frère, et vous l'êtes. Vous êtes. Monsieur, un noble esprit et un généreux cœur. Vous écrivez des choses profondes et souvent sereines. Vous aimez le Beau. Donnez-moi la main.
Victor Hugo.
Et quant aiix persécutions, ce sont des grandeurs. — Courage!
Ce morceau emphatique et creux, malgré la trouvaille du «frisson nouveau», satisfit-il Baudelaire? Sa correspondance est malheureusement muette sur ce point, mais on a le droit d'en douter, car il s'était flatté de recevoir une lettre «magnifique» et qui correspondît à «un vrai travail».
II tâcha du moins d'en tirer le meilleur parti, l'annonçant sur la couverture de sa brochure et en surveillant la présentation typographique.
Voici la description de la plaquette, qui fiit annoncée par le Journal de la Librairie, sous le n° 10.^82, le 26 novembre 1859 :
THÉOPHILE GAUTIER || par || Charles Baudelaire 1| Notice littéraire précédée d'une lettre || de || Victor Hugo || Paris || Poulet- Malassis et de Broise || Libraires-éditeurs 1| 91, rue des Beaux-Arts j|
Tiré in-8° dans le format in-i8.
Couverture verte, imprimée en noir, encadrée d'un filet, et portant au centre le cartouche des éditeurs, avec leur devise : Concordiez fructus.
I faux titre; au verso la mention : Alençon. — Typ. de Poulet- Malassis et de Broise.
Portrait de Gautier par Thérond, imprimé par A. Delâtre (le même qui accompagnait la deuxième édition d'Emaux et Camées, parue chez Poulet-Maiassis en janvier 18^9). Le médaillon du poète s'y détache sur des rinceaux traités dans le style pompeux et tarabiscoté du romantisme : escarboucles, têtes de lions, serpents, croissants, cartouches évoquant l'Egypte, l'Assyrie, la Grèce.
Titre identique à la couverture , hors que les mots Charles Baudelaire, Victor Hugo, Poulet-Maiassis et de Broise y figurent en rouge. Verso blanc.
III pages pour la lettre d'Hugo, verso blanc, deuxième faux titre,
au verso blanc. 68 pages encadrées d'un filet avec fleurons aux coins comme le titre.
Sur le deuxième plat de la couverture, annoncés chez Malassis comme :
Sous presse : Les Fleurs du Mal, 2" édition, augmentée d'une préface et de vingt poëmcs inédits, i vol.; Opium et Haschich, ou V Idéal artificiel, i vol.; Curiosités Esthétiques , i vol.
En préparation : Notices littéraires, i vol.; Machiavel et Condorcet, dialogue philosophique, i vol.
Et chez Michel Lévy :
Traduction des œuvres d'Edgar Poe : Histoires extraordinaires, 1 vol. ; Nouvelles histoires extraordinaires , i vol. ; Aventures d'Arthur Gordon Pym, I vol.
En préparation : Euréha, 1 vol.
Au dos, dans un cadre : Prix i fr. Théophile Gautier.
Nous ignorons quel fut le tirage pour les exemplaires sur papier ordinaire; il fut de 10 pour les exemplaires sur grand papier de fil auxquels nous n'avons jamais vu qu'une couverture muette.
Le texte de l'édition posthume, ici retenu, est à peu près identique à celui de la plaquette. Par contre, ce dernier diffère souvent de celui de l'Artiste.
Nous avons eu entre les mains l'exemplaire d'épreuves portant «Bon à tirer, mais après corrections», qui avait appartenu au comte de Mandre et qui avait fait l'objet, pour partie, des Notules sur Baudelaire, de M. Henri CoRDiER (H. Leclerc, 1900). Ces épreuves n'offrent guère d'intérêt pour le texte, mais témoignent une fois de plus du soin minutieux que Baudelaire apportait à la mise au point définitive de ses ouvrages. Voici les plus importantes des notes dont les marges sont chargées :
Il me semble que le nom de Victor Hugo devrait être plus gros. — Ne mettrez-vous pas un peu de rouge dans tout cela? — Décidément j'appelle votre attention sur l'ortliograpKe du mot Espana, Espaîia (vous n'avez peutêtre pas le signe) ou Espagna, Votre choix sera le mien. Vous opinez sans doute pour l'imitation de la prononciation? — Refléter, reflètes, en tout cas il manque un accent. — A propos de la phrase : Je ne veux pas dire que la poésie n'ennoblisse pas les mœurs : Mon cher, je ne sais pas s'il faut dire n'ennoblisse ou n'ennoblit. — Prérapbaélitisme , — c'est le mot exact et ce n'est pas ma faute.
ÉCLAIRCISSEMENTS ET VARIANTES. 4r9 1
La pagination l'inquiète aussi beaucoup et vaut quelques anathèmes au prote que Baudelaire connaît par son nom : un M. Morel. . . II termine par une adjuration : «Mon cher ami, il est impossible de laisser faire ce tirage sans relire tout cela vous-même.»
La Revue Anecdotique, dans son n° 9, rendit compte de la plaquette :
. . . Pour M. Baudelaire, Gautier est un homme inconnu. Le public ne voit en lui qu'un critique, tandis que lui, le poëte, il voit un poëte et nous l'explique... Son livre n'est point une biographie, c'est ce que les Allemands appellent une caractéristique ; elle brûle de tout l'attrait d'une éloquente sincérité.
Jules Levieux, dans la Causerie, 18 décembre 1859, consacra aussi un article assez étendu à la plaquette, mais n'y parla guère que des Fleurs du Mal et de la lettre d'Hugo.
Cette étude constitua l'objet de la seconde conférence de Baudelaire à Bruxelles (11 mai 1864), qui fut un désastre. C'est au début de celle -là que, voulant remercier le public du succès fait quelques jours auparavant à son Delacroix, l'auteur prononça la fameuse phrase qui mit en fuite l'auditoire féminin : «Je suis d'autant plus touché de l'accueil que vous avez bien voulu me faire, que c'est avec vous que j'ai perdu ma virginité d'orateur, — virginité qui n'est, d'ailleurs, pas plus regrettable que l'autre.» — Voir KuNEL , Baudelaire en Belgique, et Camille Lemonnier, La Vie belge.
Page ijy^. « Chacun accomplir magnifiquement et humblement son rôle. . .» — L'Artiste : Tous Its deux accompliwenf. . .leur rôle.
« C'est une histoire qui , depuis que l'astre a donne' signe de vie. . . »
— L'Artiste : depuis la Genèse,
«Depuis de longues années que j'ai le bonheur d'être son
ami ...» — Gautier, dans l'étude qui ouvre l'édition Lévy des Fleurs du Mal, place en 184.9 ^^ première rencontre avec Baudelaire. Mais ses souvenirs retardent certainement de quelques années, comme l'a remarqué Vitu dans le Charles Baudelaire de Pincebourde, p. 1 16.
«... ces couronnes puériles que souvent ne savent pas conquérir
les enfants sublimes,. . .» — L'Artiste : que souvent ne savent pas attraper les hommes de lettres ■prédestinés.
«. . .une foule de hideux mais. . .» — L'Artiste : de futurs niais.
«De ces petitesses,. . .» — L'Artiste ; De ces futilités.
Page 145. «...Gautier lui-même n'en sait plus rien peut-être,...); — L'Artiste : Gautier n'en sait peut-être rien lui-même.
et qui ait plus horreur d'étaler. . .» — 1868 : et qui ait
plus t/'horreur d'étaler.
— «Paris et la province. . .» — L'Artiste ; Paris et les province.
«. . .maint lecteur. . .» — L'Artiste 1 plus d'un lecteur.
«. . .ses comptes rendus des Salons, si calmes, si pleins de candeur et de majesté. . .» — Un peu trop calmes même parfois, au gré de l'auteur. Voir nos notes sur les pages 34, et 276.
«. . .ces publics divers,. . .» — L'Artiste : ces publics variés.
«Je vous suppose interné dans un salon bourgeois...» — L'Artiste : installe'.
Page 146. ((Détestable et risible argot auquel la plume devrait se soustraire, comme l'écrivain s'abstenir de ces éners'antes fréquentations.» — L'Artiste : Epouvantable argot auquel la plume ne peut pas plus se soustraire que l'écrivain s'abstenir, etc.
((. . .le prix de style coulant est donné. . .» — L'Artiste : cette
ronne-là est donnée. — Baudelaire écrira de George Sand, dans Mon cceur mis à nu : «Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois.»
— «...un ri/" étonnement se peindre sur tous les visages.» — L'Artiste : un grand étonnement se peindre sur les visages.
.dira le plus subtil de la bande, ignorant (ju'il s'agit. . .» —
L'Artiste : dira le plus subtil de la bande. Hélas! il s'agit.
Page 147. «. . .pour parler comme la géographie de MM. les Chroniqueurs.» — L'Artiste ! Pour parler comme les faiseurs de Courriers.
n. . .à l'époque où Théophile Gautier devenait... un homme célèbre.» — L'Artiste ! à l'époque où Théophile Gautier était devenu, et'.
«...dans les œuvres des poètes...» — L'Artiste : dans les
œuvres des autres poëtes.
Page 148. «L'aristocratie nous isole» , voir note sous la page 122. — Baudelaire à Soulary : «Nous ne sommes, ni vous ni moi, assez bétes pour mériter le suffrage universel. Il y a deux autres hommes , admirablement doués, qui sont dans ce cas : M. Théophile Gautier et M. Leconte de Lisle.» (23 février 1860.)
((. . .et même réclamer la justice,. . .» — L'Artiste ; même réclamer, etc.
Page 149. «Ma première entrevue. . .» — Nous avons dit plus haut que Th. Gautier, lui aussi, a consigné ses souvenirs de cette première entrevue. (Note sous la page 144.) — Si l'on admet la rectification de Vitu, mentionnée dans la même note, on peut croire que le petit volume de poésies dont il va être question était les Vers de Prarond, Le Vavasseur et Dozon (1843), — d'autant qu'on y trouve nombre de sonnets libertins.
«Ce qui me frappa d'abord. . .» — L'Artiste : tout d'abord.
Page 150. «. . .et darde vivement son regard. . .» — L'Artiste : et hande ardemment son regard.
«... les poëtes en question se permettaient trop souvent des
sonnets libertins,...» — Dans son étude sur Baudelaire, Théophile Gautier adressera le même reproche à son modèle lui-même, et, pour l'atténuer, il alléguera — inexactement d'ailleurs, — que Baudelaire n'a jamais écrit Sonnet au-dessus d'aucune de ses pièces.
«. . .j'avais été -pris très-jeune de lexicomanie. . .» — L'Artiste :
j'avais eu très-jeune la lexicomanie.
Voir à ce sujet : Léon ClADEL, BONSHOMMES , Dux.
«. . .l'écrivain qui ne savait pas tout dire, etc.» — Cette pensée
sera reprise plus loin (p. 166).
«Nous causâmes ensuite de l'hygiène...» — Cf nos notes
sous la page 23
Page 151. «. . .depuis lors. . .» — L'Artiste : depuis cette époque.
«. . .le rire, ce rire qui. . .» — L'Artiste : le rire qui. — Cf. «le
verbe incarné n'a jamais ri!» De l'essence du rire (^CURIOSITÉS Es- THÉTIQ UES, p. 372).
«II est permis d'avoir. . .» — L'Artiste : II est permis au poète
Mademoiselle de Maupin, 183^.
Page 152. «. . .comme pour illustrer encore la vraie doctrme. . .» — L'Artiste ; comme pour se conformer à la vraie doctrine.
«. . .un peu parvenu de parler sans façon. . .de mon intimité
avec un homme célèbre.» — Baudelaire appliquera ce reproche à Villemain [ŒuVRES PoSTHUAIES).
«Ce portrait. . .aurait besoin du concours du graveur. Heureusement
Théophile. . .» — L'Artiste : Ce portrait se trouve naturellement comple'té par l'excellente gravure qui l'accompagne. D'ailleurs Théophile.
Changement nécessité par la nouvelle présentation de l'étude. Voir notre description de la plaquette, p. 489.
Page 153. «... Chénier. . .n'était pas un symptôme de rénovation assez vigoureuse,. . .» — L'Artiste : vigoureux.
. qu un paresseux a effusions gracieuses.» -^ L'Artiste : qu
un
auteur c[ 'effusions gracieuses. — Cl. notre note sous la page 419. — Notons à ce propos que d'après les Concourt (Journal), Daudet voyait en Baudelaire un sublimé de Musset. II ajoutait, il est vrai, que Baudelaire avait une richesse d'idées qui le rendait digne de la place qu'il occupait.
O splendeurs éclipsées!
O soleilj descendus derrière l'torizon!
Victor Hugo, Les Vo/x intérieures, xvi, Passe. Cf. Les Fleurs du Mal, Le Coucbcr du soleil romantique.
Page 154. «Ce ne fut, je crois, qu'en 1832 qaAlbertus. . .» — Ce poème est daté 1831 et l'édition originale en parut en 1833.
«. . .et des religions à la mode.» — L'Artiste : et des religions.
« Beaucoup de gens ont longtemps parlé de cet ouvrage
comme répondant à de puériles passions, comme encbaiitant plutôt par le sujet que par la forme savante qui le distingue.» — L'Artiste :' comme de ceux qui plaisent plus par leur contenu, comme répondant à de puériles passions, que par la forme savante qui le distmguaiï.
Page 155. «. . .tout ce qu'elles mangent, w — L'Artiste : tout ce qu'elles touc})ent.
«. . .non seulement un style,. . .» — L'Artiste : un beau style.
«Je ne sais quelle lourde nuée, venue de Genève, de Boston
ou de l'enfer, ...» — A mesure que Baudelaire avancera en â^ il haïra davantage le protestantisme et l'américanisme.
Page 156. «...mais la beauté de style peut y être considérée...» — 1868 : peut être considérée.
Pages 157-160. «11 est une autre hérésie...» — «Et ailleurs je disais :«...« — Ces deux passages sont extraits des Notes nouvelles sur Edgar Poe (iv et m), qui avaient paru en 1857.
Page 158. a. . .de certains esprits. . .» — L'Artiste : certains esprits.
Page 160. «Depuis quelques années, en effet, une grande fureur d'honnêteté s'est emparée du théâtre, de la poésie, du roman et de la critique.» — Cf. p. 279, Les drames et les romans honnêtes : «Depuis quelque temps, une grande fureur d'honnêteté s'est emparée du théâtre et aussi du roman.» — 11 est évident que Baudelaire avait sous les yeux cet ancien article quand il écrivit son étude sur Théophile Gautier. Dans les deux morceaux, on trouve encore cités, comme exemples du désordre que le romantisme avait introduit dans la langue et les sentiments, la fortune de la poésie du cœur, et l'apostrophe célèbre : 0 poète! je t'aime!
Ces répétitions n'ont rien d'étonnant d'ailleurs, puisque ce sont les éditeurs posthumes qui introduisirent Les drames et les romans honnêtes dans le volume.
«. . .quelles consolations en peut tirer...» — 1868 (coquille) :
quelles consolations de peut tirer.
«Je me contente de noter. . .» — 1868 (coquille) : en noter.
Page i6i. a Par exemple une femme. . .» — L'Artiste : une femme.
— «Mais que l'académicien qui a commis cette erreur...» —
Emile Augier dans Gahrielk (184.9) '
O père de famille, ô poète, je t'aime!
■ ((. . .si flatteuse pour les avocats.» — L'Artiste : flatteuse pour
les avocats.
En marge de ce paragraphe, l'épreuve de 18^9 montre cette note, de la main de Baudelaire : «C'est volontairement que je substitue partout l'exclamation à l'interrogation. »
«...un écrivain illustre et des plus accrédités...» — Michelet,
dans L'Amour (18^8) dont Baudelaire écrivait à sa mère le 1 1 décembre de cette même année : «immense succès, succès de femmes; je ne l'ai pas lu , et je crois pouvoir deviner que c'est un livre répugnant». — II faut croire qu'il l'avait lu depuis...
Page 162. « Un bon tailleur vaut mieux que trois sadpteurs classiques.» — II n'est pas inutile de donner ici le texte exact du passage, pour permettre d'apprécier à sa juste valeur le grief de Baudelaire. Dans son Introduction — où Baudelaire a pu lire, on devine avec quelle colère, que George Sand est le grand prosateur du siècle, — Michelet expose à quelles conditions l'homme peut acquérir l'indépendance et le bonheur. Et il écrit :
Un métier et une femme, voilà la première liberté. Et de là viendront les autres.
Je dis un métier, non un art de luxe. Ayez-en un de surcroit, à la bonne teure. Mais il faut d'abord un des arts utiles à tous... D'ailleurs «qui ne voit que la plupart des métiers, si l'on y pénètre à fond, sont des brandies réelles d'un art? Ceux du bottier, du tailleur, sont bien près de la sculpture. Le dirai-je? Pour un tailleur qui sent, modèle et rectifie la nature, je donnerais trois sculpteurs classiques».
«...et affirmer que si Raymond Lulle...» — Voici l'anecdote,
telle qu'elle figure chez Michelet :
On conte que le brillant Espagnol Raimond LuIIe poursuivait d'amour une dame qui l'aimait, mais qui n'accordait rien. Dans son impétueux désir, il la suit dans une église. Là, indignée, Iiardie par les ténèbres (leurs églises sont fort obscures), elle se retourne, lui découvre son sein rongé. Que croyez-vous qu'il fit? Il s'enfuit, et, de chevalier, devint docteur, prêcheur et mauvais scolastique.
H n'aimait pas. Combien, s'il eût aimé vraiment, une telle révélation l'aurait attaché au contraire! Quel lien fort, quelle occasion de dévouement, et j'allais dire quel attrait de tendresse !
«Le même auteur conseille au mari -providence de fouetter sa
femme, quand elle vient, suppliante, réclamer le soulagement de l'expiation.» — On chercherait vainement dans l'Amour un tel conseil. Michelet, bien au contraire, déclare que le mari ne doit jamais battre sa femme. II admet toutefois, après avoir cité des exemples où l'impérieux besoin d'un châtiment qui lui était refusé, a conduit la femme au suicide, que : «dans un seul cas, le désespoir d'un grand remords qui mettrait en péril sa vie, sa raison, si elle s'offre, prie et supplie, on peut lui accorder une légère souffrance du corps qui diminue celle de l'âme». Et c'est vrai qu'il s'agit bien du fouet, car il précise : «Le châtiment de l'enfance (nullement nuisible, ordonné même comme stimulant dans les bains russes) peut lui faire croire qu'elle expie.» Mais il y a loin, on le voit, de ce palliatif concédé m extremis et presque comme un moyen médical, au conseil méthodique que laisse entendre Baudelaire.
Au reste, qu'on ne s'y trompe pas, ce qui révolte ici Baudelaire, ce n'est nullement l'idée que l'époux lève la main sur l'épouse, — on lit dans Mon cœur mis à nu : De la nécessité de battre les femmes, — mais bien que, par une charité mal entendue, il soit invité à préférer dans quelque mesure le soulagement temporel de la coupable à son salut éternel, qui exige l'expiation intégrale et librement consentie :
Soyez béni, mon Dieu qui donnez la sou£France Comme un divin remède à nos impuretés . . .
En quoi il s'affirme une fois de plus le disciple fidèle de Joseph de Maistre,
«frquel châtiment nous permettra-t-il d'infliger à un vieillard
sans majesté, fébrile et féminin, j'ouanf à la poupée, tournanr des madrigaux en l'honneur de la maladie, et se vautrant avec délices dans le linge sale de l'humanité? — L'Artiste : Quel châtiment nous permettra-t-on d'intliger au vieillard couronné de tant de gloire, mais fébrile et féminin, qui joue aujourd'hui à la poupée et tourne des madrigaux en l'honneur de la maladie, de la faiblesse, du péché, de l'impureté et du linge sale?
«...les plus définitives ;» — Epr, de 18^9 : les plus terribles.
«Le ridicule est plus tranchant. . .» — Èpr., en marge, note de
l'auteur à propos du mot ridicule ; italiques indispensables.
Page 163. «Quant à l'honnêteté de cœur, une politesse vulgaire nous commande de supposer que tous les hommes, même les poètes, la possèdent,)) — L'Artiste : Quant à la question de l'honnêteté, la politesse , en ce monde, nous oblige à supposer que tous les hommes, même les poètes, sont honnêtes,
«. . .représente les forces de la nature. . .» — L'Artiste : les
forces énormes de la nature.
Page 164,. (([mettez, par exemple,...)» — L'Artiste : (mettre, par exemple).
Page 165. «Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.» — Cf la dédicace des Fleurs DU Mal.
«. . .que les animaux et les plantes, représentants du laid et du
mal...» — • Cf. la lettre à Toussenel du 21 janvier i8 56 : «...j'ai pensé bien souvent que les bêtes malfaisantes et dégoûtantes n'étaient peut-être que la vivification, corporificalion , éclosion à la vie matérielle, des mauvaises pensées de l'homme».
«Je me rappelle que, fm-jeune,. . .». — L'Artiste : Je me rap-
pelle que, fort jeune.
Page 166. «Le roman et la nouvelle. . .» — Baudelaire, dès sa jeunesse, avait rêvé de devenir un grand romancier. Il écrivait à sa mère le 4, décembre 184,7 : «A partir du jour de l'an, je commence un nouveau métier, — c'est-à-dire la création d'oeuvres d'imagination pure, — le Roman. II est inutile que je vous démontre la gravité, la beauté, et le côté infini de cet art-là...»
Page 167. «La nouvelle, plus resserrée, plus condensée, jouit des bénéfices éternels de la contrainte, etc.» — Cf p. 33, in Jine et 316.
M. Arthur S. Patterson dans son étude : L'influence d'Edgar Poe sur Charles Baudelaire, voit dans ce passage un plagiat, Poe ayant écrit :
Le roman a sur la nouvelle cette infériorité, que sa longueur l'empêche d'être lu en une seule fois, de sorte que l'on ne peut en retirer une impression de totalité (^Œuvres complètes, éd. Ingram, 1903).
L'emprunt en effet ne semble pas douteux, mais n'est-ce pas là un lieu commun? Baudelaire, au domaine littéraire, et dans tous les départements de ce domaine, en poésie comme en prose, a recommandé la brièveté comme une des nécessités de l'art moderne.
II n'y a pas eu que lui et Poe dans ce cas aussi bien.
Pour ne citer qu'un exemple, on verra Gautier écrire du sonnet, et précisément dans son étude sur Baudelaire, en tête des Fleurs DU Mal, édition Lévy (p. 44) :
n n'est pas rare d'arriver, par le raccourci et l'ingénieux agencement des lignes, à loger un géant dans un de ces caissons étroits, et l'œuvre y gagne par sa concentration même.
«. . .de jovialité comprimée. . .» — L'Artiste : concentrée.
«• . .qui veut surtout plaire à soi-même.» — Textes antérieurs :
se plaire à soi-même.
«... que j'appellerai la nouDe/?e poétique.» — £pr., Baudelaire
explique l'italique : «pour éviter imc méprise dans le sens, une nouvelle poétique peut signifier une nouvelle méthode poétique.»
«... les divers genres de nouvelle ...» et plus loin : «... les
innombrables formes de roman et de nouvelle...» — Tous textes antérieurs : de nouvelles, de romam et de nouvelles.
«. . .la plus favorisée. . .» — L'Artiste : la y>^us fréquente.
Page 1 69. «... et qui transforment en ravines les écorchures principales de la planche.» — L'Artiste : et qui transforment les écorchures principales de la planche en ravmes.
«Pour mieux parler, c'est justement là ses qualités.» — L'Artiste : Pour mieux parler, c'est justement ses qualités. — Plaquette : et, pour mieux parler, c'est justement ses qualités.
«Mais qui peut se vanter...» — L'Artiste : Qui peut se vanter.
— ■ M. Coquelet, type de sous-Prudhomme, qu'on rencontre dans l'oeuvre de Gavarni.
— «Elle aime à ressusciter. . .à faire redire...» — L'Artiste et plaquette : Elle aime ressusciter. . .faire redire.
Page 170. «... c'est de perdre beaucoup du côté de la réalité , ou magie de la vraisemblance.» — L'Artiste : C'est de perdre beaucoup en réalité; je veux dire en magie et \Taisemblance.
«. . .créée par la sorcellerie de la Muse.» — L'Artiste : créée par
la magie.
Feuillette. — En marge de ce mot orthographié feuilleté sur
l'épreuve, on lit de la mam de Baudelaire : «II faudrait vérifier l'orthographe de ce mot. Feuillette, feuilleté , feuillet , il faut décidément que l'orthographe représente ici la prononciation, j'erer, jer, je jette.»
Page 172. «...cette gloire qui fut la Grèce et cette grandeur qui fut Rome;...» — «...la \Taie Psyché qui revient de la vraie Terre-
Samte »
To tLe glory tliat was Greece And the grandeur tLat was Rome.
Ah ! Psjche from tte régions whict Are Holy Land!
Edgar Poe , To Helm.
«. . .avenue Montaigne...» — II s'agit de l'Exposition universelle de 1855. Voir Gautier, Les Beaux-Arts en Europe. — Voir nos notes sous les pages 231 et 2 57 des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES. — Ce passage (depuis : de Leslie, p. 172, jusqu'à ; qui sut immédiatement britanniser son génie?) est presque textuellement emprunté au Salon de i8^ç (p. 256-237).
-«. . .de cette école anglaise que. . .» — L'Artiste : de /'école an-
glaise que.
Page 173. Prérapbaélitisme. — Epr., en marge : «C'est le nom exact et ce n'est pas ma faute.»
«. . .dans les parcs, ^a/ant comme Watteau, rêveur comme Claude. . .»
— L'Artiste : dans les parcs, Claude et Watteau mêlés.
«... de Landseer, dont les bétes ont des yeux pleins de pensée, ...»
— L'Artiste ; de Lanseer, qui fait penser les bêtes.
«Cockerell ou Kendall.» — II s'agit très certainement de
Kendall dont la Composition architecturale , où l'artiste avait laissé
toute liberté à son imagination, remplit certains critiques d'étonnement et d'admiration. Albert Lance notamment en a parlé comme d'ttune ville des Mille et une Nuits».
«Théophile Gautier leur a donné l'amour de la peinture, comme
Victor Hugo leur avait conseillé le goût de l'archéologie.» — L'Artiste : Théophile Gautier leur a. fait aimer la peinture, comme Victor Hugo leur avait conseillé l'amour de l'archéologie. — Voir notamment la Préface de Notre-Dame de Paris.
Page 174. «... [si nous en exceptons quelques artistes et quelques écrivains),...» — L'Artiste : (je ne parle pas de Delacroix ni de quelques autres artistes ou écrivains). — Voir le mot Français à l'Index des Curiosités Esthétiques.
«. . .je vis au Salon de l'exposition...» — L'Artiste : je vis
dans le Salon, etc.
«Je racontais cette anecdote à un général...» — On peut con-
jecturer avec vraisemblance qu'il s'agit ici du général Aupick.
Page 175. «...une horreur congéniale de la poésie.» — L'Artiste: une horreur congénitale, etc.
Page 176. «5'il existe dans notre langue des termes assez nombreux, assez subtils, pour expliquer une certaine poésie, saurais- je les trouver ?n — L'Artiste : Existe-t-il d'ailleurs dans notre langue des termes assez nombreux, assez subtils, pour expliquer une certaine poésie?
«... les morceaux sur Zurbaran et Valdès-Léaî ; l'admirable paraphrase...», etc. — Voir PoÉSIES NOUVELLES, Espagna; et pour Ténèbres, COMÉDIE DE LA MORT.
Page 177. «... de la mer, leur mort et leur infini,. . .» — L'Artiste : de la mer, leur infini.
Emaux et camées, — Rappelons au sujet de ce livre que Baudc-
laire s'était employé particulièrement à en faire paraître la seconde édition (1858) chez Poulet-Malassis; on le voit aussi en 1859 insister auprès de Galonné pour qu'il lui consacre dans sa revue une note bibhographique (Lettres inédites).
Page 178. «. . .sa ferme décision de n'être jamais dupe,...» — Voir l'Index des CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES au mot Français,
Page 179. «. . .en matière de politique et de religions. . .» — Note manuscrite sur l'épreuve : «Il faut que religions reste au pluriel.»
Homo sum. . . Térence, L'Heautontimoroumenos, acte I", scène i".
Page 180. u. . . le mépris rend quelquefois l'âme trop bonne)). — II semble que Baudelaire se cite ici lui-même : on retrouve cette pensée dans les Paradis Artificiels, L'bomme-dieu.
Page 181. «...d'une Nuit de Cléopâtre. . .». — L'Artiste : de la Nuit, etc.
«...delà Nuit de Cléopâtre ... UN PARFAIT HOMME DE LETTRES.»
— Sur l'exemplaire d'épreuves, raturé : d'une Nuit. . . le PARFAIT.
Cette notice parut d'abord sous la forme d'une livraison des CHANTS ET CHANSONS \\ (poésie et musique) || de || Pierre Dupont j| illustrés || de || gravures sur acier || d'après || Tony Johannot, Andrieux, C. Nanteuil, etc.. A Paris, chez |1 Martinon, rue du Coq-Salnt-Honoré , n* 4 || et chez l'éditeur, rue de l'Ecole-de- Médecine, 58, — sans date [1851].
Nous ne connaissons de cette livraison qu'un exemplaire qui soit revêtu de sa couverture (collection de M. Fernand Vandérem). Celle-ci est rose clair et porte, outre les mentions ci-dessus du titre, les indications suivantes : en haut, indication imprimée : 20 centimes la livraison, une gravure dam chacune; en bas , indication manuscrite : Baudelaire, et, au dessous, mdication imprimée : 20' livraison, portrait et notice. Elle est ornée de plus, comme le titre, d'une petite vignette de Tony Johannot, gravée par Pisan, qui représente, dans un médaillon, P. Dupont, entouré des principaux personnages de son œuvre.
Dans les Lettres inédites à sa mère, on lit à la date du 30 août 1851 :
Comme je tiens à te mettre au courant de tout ce que je fais, je t'envoie une petite brochure qui m a été fort largement payée et que [tu] liras parce qu'elle est de moi, car je n'y attache pas autrement d'importance.
ECLAIRCISSEMENTS ET VARIANTES. JOj
II semble bien que la petite brochure en question ne fasse qu'un avec cette livraison , à moins toutefois qu'il ne s'agisse de La République du peuple, almanacb démocratique, qui figure au nom de Baudelaire dans le Journal de la Librairie, n°5337, 27 septembre 185 1.
En faisant entrer ces pages dans l'Art ROMANTIQUE, les éditeurs de 1868 les accompagnaient de la note suivante :
Cette notice sert d'introduction à l'édition illustrée des Chansons de Pierre Dupont, publiée par Houssiau en 1842.
Note qui n'est pas autrement erronée, à condition de lire Houssiaux et 1852.
L'édition Houssiaux, dans la nouvelle préface placée en tête du tome IV (1854,), annonçait :
On y trouvera aussi [dans le tome IV] des chants dont Pierre Dupont n'a composé que la musique et dont la poésie est d'autres auteurs avec lesquels il s'est trouvé en relation de sentiments : Victor Hugo, Gustave Mathieu , Charles Baudelaire, etc.
Mais cette promesse de l'éditeur ne fut point tenue.
La correspondance de Baudelaire ne nous apporte guère de renseignements sur ses rapports avec Dupont. Peut-être avaient-ils fait connaissance par l'entremise d'Emile Deroy qui les a mis tous deux sur toile. (On sait que le portrait de Baudelaire est au Musée de Versailles; celui de Dupont est en notre possession.) Ils furent très liés, semble-t-il, entre 1842-1843 et 1850. Philibert Audebrand, dans ses Derniers jours de la Bohème, mentionne qu'ils se rencontraient fréquemment à la fameuse Brasserie des Martyrs et que Baudelaire témoignait une véritable admiration pour la facilité avec laquelle Dupont lampait le vin de Beaujolais. Ils avaient d'ailleurs une autre raison de sympathiser : leur foi démocratique. On peut conjecturer que la conversion de Baudelaire à la doctrine de Joseph de Maistre les sépara.
Mais, chose étrange, Baudelaire ne devait jamais renier les pages consacrées à son ami aux heures où ils communiaient dans le culte de la Révolution. Sans doute, dans la seconde notice où, quelque dix ans plus tard, il étudiera son talent à nouveau, s'en montrera-t-il singulièrement moins enthousiaste ; cependant il ne désavouera pas la première. Et pourtant, dans celle-ci, que de postulats ne trouve-t-on pas, qui
5o4 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
sont en flagrante contradiction avec les principes sur lesquels repose toute son esthétique! Il y dénonce comme une utopie puérile l'art pour l'art, il y enregistre avec satisfaction la courte vie du romantisme , il y anathématise les ombres de René et d'Obermann , il y prend parti pour le nombre, pour la morale, pour la politique contre le rêve, la beauté pure, l'aristocratie. . .
Aurait-il réimprimé tel quel ce morceau entier, s'il avait lui-même procédé à la réunion de ses articles critiques? Nous l'avons dit plus haut (p. 431) : nous avons peine à le croire. Cependant c'est un fait qu'il en avait marqué l'intention.
Dans une clef qu'il fit en 18^3 des Aventures de mademoiselle Mariette , on trouve de son ami ce portrait assez gns :
GiRAUD : — Pierre Dupont.
Antitlièse du précédent [Banville], poëte populaire, chansonnier infatigable, a eu la chance de flairer la révolution de février, et d'unir à sa réputation de poëte bucolique l'ascendant du poëte révolutionnaire. Ses œuvres sont actuellement nombreuses. Il compose lui-même la musique de ses chansons.
Nous avons dit, dans nos notes sur Les Fleurs DU Mal, p. 361, que Dupont avait salué ce livre à son apparition [Le Polichinelle, 10 janvier 1858). Nous savons aussi (par une lettre inédite d'Asselineau) qu'il consacra à son ami un bel article nécrologique, mais nous n'avons pas retrouvé cet article-là.
Dans le Mercure de France du i" mai 1921, M. Pierre Dufay a réédité la pièce suivante :
HOMAÎAGE