‹ L'art romantiqueChapitre 56 sur 79 · X LA MÉMOIRE DE MON AMI CHARLES BAUDELAIRE. SONNET · texte numérisé non relu

X LA MÉMOIRE DE MON AMI CHARLES BAUDELAIRE. SONNET

Une recherche sombre, un rêve d'idéal!

Où le doute et la foi marchaient d'un pas égal. Une mélancolie, un sourire, un franc rire. Un doigt sec se crispant aux cordes de la lyre;

Une moelleuse main à flatter l'animal

Qu'on nomme chat ou tigre, à dompter le cheval,

A parfumer la couche ou la douleur expire,

A tlore sans efl^ort la gueule du vampire;

Tel était, poursuivant un Pégase envolé,

Et, bâtissant plus haut que les aigles son aire.

Se raillant du canon, défiant le tonnerre,

Celui dont le cerveau ne fut qu'un jour troublé. Humant sa pipe brune et savourant son verre, L'amant, l'ami, le fou, le sage Baudelaire.

Pierre Dupont.

Paris, le 9 septembre 1867.

Souvenir de la Brasserie des Martyrs.

Les textes de 18^1 et de 1868 sont identiques. Voir la note sous la page 368.

Page 184. «. . .un livre éclatant comme un. . .châle de l'Inde.» — Evidemment les Orientales [182^).

«...la plainte de cette individualité maladive, qui, du fond d'un

cercueil fictif, s'évertuait à intéresser une société troublée à ses mélancolies irrémédiables.» — Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme

Ce passage était évidemment de nature à réjouir «l'Oncle Beuve» brouillé comme l'on sait et pour ce que l'on sait, avec Hugo. Nous aurons encore l'occasion de voir Baudelaire employer des flatteries de cet ordre envers son puissant ami. (Cf. notamment la lettre à Sainte-Beuve du 2 janvier 1866.)

Page 185. «... quand un poëte. . .vint dans un langage enflammé proclamer la sainteté de l'insurrection de 1830 et chanter les misères de l'Angleterre et de l'Irlande... la question fut vidée, et l'art fut désormais inséparable de la morale et de l'utilité.» — Baudelaire soutiendra le point de vue exactement opposé dans sa notice sur Barbier en 1861. II reprochera alors au poète des ïambes d'avoir eu une idée fausse de la poésie, de devoir beaucoup aux circonstances, d'avoir nourri «le souci perpétuel et exclusif d'exprimer des pensées honnêtes et utiles», etc. En un mot il lui fera grief de ce qu'il loue le plus en lui dans ce passage. (Cf. p. 318-324.)

Page 186. «...la jeunesse sous le règne de Louis-Philippe.» — Il semble que ce sujet ait tenté particulièrement l'auteur. De-ci de-là, on trouve dans son œuvre une phrase, un mot qui l'indiquent (voir notamment CURIOSITÉS ESTHÉTIQUES, p. 25 et 232).

5o6 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.

Le Chant des Paysans, 1849, in- 12, 4 p.

Page 188. «Combien de natures révoltées ont pris vie auprès d'un cruel et ponctuel militaire de l'Empire !» — II semble bien qu'il y ait là une allusion aux rapports de l'auteur avec son beau-père, le général Aupick.

Les deux Anges , 1844.

Page 189. «Ce sera pour lui un grand honneur et une grande consolation d'avoir, jeune, forcé la muse à jouer un rôle utile, immédiat, dans sa vie.» — Cf. LeS Fleurs DU M AL, La Muse vénale et La Muse malade.

Ce passage , sous la plume de Baudelaire , est vraiment singulier. II est d'ailleurs difficile de se défendre du soupçon que cette notice était bien un peu destinée à toucher le cœur de M°" Aupick et à lui prouver que son fils n'était pas si éloigné qu'elle pouvait le croire de faire amende honorable , et de se rapprocher de la morale bourgeoise.

Page 190. «... comme l'a dit Sainte-Beuve ... ». — Causeries du Lundi, t. IV.

Nous dont la lampe le matin. . .

Le Chant des Ouvriers, i" str.

— : Entendez-vous au creux du val . . .

La Chanson des Prés.

Page 192. «II existe une comédie espagnole. ..» — Calderon, El magico prodigioso, IIP journée, scène vi. (Renseignement fourni par M. A. Godoy.) Le passage est si délicieux que nous ne résistons pas au plaisir de le citer in extenso ;

Le démon traverse le fond du théâtre. Justina, éperdue, arrive en courant et comme une personne qui fuit.

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