LES VOIX
L'amour, l'amour!
(Traduction Puymaigre, 1852.)
Page 193. «. . .le refrain est toujours le même,)) — 18^1 : semblable.
La France est pâle comme un lys.
Les Journées de Juin, chant funèbre.
Page 194. Le glaive brisera le glaive
Le Chant des Nations (1847).
Page 195. ((. . .ainsi que l'a fort judicieusement noté Champfleury à propos d'Honoré de Balzac.» — Voir Honoré de Balzac. . .par Armand Baschet, avec notes historiques par Champfleury, 1852, p. 244-245.
Page 197. «. . .j'ai souvent entendu Pierre Dupont chanter lui-même ses œuvres. » — Dans le chapitre de Mes Souvenirs qui est consacré à Joissans, le cabaretier cher aux gens de lettres noctambules de l'époque, Banville note : «Que de fois chez Joissans, j'ai entendu Pierre' Dupont chanter ses premières chansons, et Baudelaire dire de sa belle voix [charmeresse les poëmes inédits des F LEURS DU Mal!))
Cette étude parut sous le titre : Richard Wagner, dans h Revue Européenne, livraison du i" avril 1861. La post-face (^Encore quelques mots) fut écrite spécialement pour la plaquette dont voici la description :
Richard Wagner \\ et \\ TANNHAUSER \\ à Paris || par || Charles Baudelaire.
Au centre, marque de l'éditeur : E D dans un médaillon.
En bas : Paris || E. Dentu, éditeur || Libraire de la Société des Gens de Lettres || Palais-Royal, 13 et 17, Galerie d'Orléans.
Couverture grise, encadrée d'un filet double.
Faux titre (p. 1) : Richard Wagner || et |j Tannhauser, mention qui se retrouve au dos.
Au verso du faux titre : Paris || Imprimerie de L. Tinterlin et C" || 3, rue Neuve-des-Bons-Enfants.
Titre (p. 3) identique à la couverture hors que la date 1861 y est ajoutée.
In-12, 70 pages.
En tête de la page 5 : Extrait de la Revue Europe'enne.
Sur le second plat de la couverture :
Ouvrages du même auteur :
Les Fleurs du mal, 2' édition augmentée de trente-cinq poëmes nouveaux, i volume.
En préparation :
Réflexions sur quelques-uns de mes Contemporains , 2 volumes.
Traduction des Œuvres d'Edgar Poe :
Histoires extraordinaires , 1 volume; Nouvelles histoires extraordinaires, I volume; Aventures d'Arthur Gordon Pym, i volume.
Pour paraître prochainement :
Euréha, i volume.
Cette plaquette fut annoncée par le Journal de la Librairie, sous le n° 4067, le 4 mai 1861.
Dans l'intervalle, l'article avait été reproduit textuellement, pour une bonne partie du moins, dans la Presse théâtrale et musicale, numéros des i^ et 21 avril et 5 mai 1861. Cette revue en suspendit la reprct duction sans donner de motif. Mais peut-être n'en faut-il pas chercher d'autre que la mise en vente de la plaquette, qu'elle avait annoncée dès le 28 avril.
L'édition de 1868 a apporté quelques corrections entièrement justifiées.
Baudelaire dès longtemps connaissait Wagner de réputation et même avait conçu pour son génie une grande admiration. Nous en trouvons la preuve dans une lettre (inédite) en date du 13 juillet 1849 où il recommandait un critique allemand désireux de publier une étude sur le Tannbaûser, et où il dit notamment : «Vous servirez la cause de celui que l'avenir consacrera comme le plus illustre parmi les maîtres.»
Cependant, il ne devait entrer en rapports personnels avec lui que plus de dix ans après. La Revue Musicale a donné le i" novembre 1922 , avec de très intéressants commentaires de M. Suarès, la lettre qui ouvrit leurs relations. Cette pièce ne figurant pas dans les recueils de correspondance du poète , nous croyons devoir la reproduire ici m extenso :
Vendredi, 17 février 1860.
Monsieur ,
Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fut (sic) un grand artiste , il n'était pas insensible à un compliment sincère , quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce cri pouvait avoir une valeur d'un genre «n^u/ier quand il venait d'un français, c'est-à-dire d'un Lomme peu fait pour l'enthousiasme et né dans un pays où l'on ne s'entend guères plus à la poésie et à la peinture qu'à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j'aie jamais éprouvée. Je suis d'un âge où on ne s'amuse plus guères à écrire aux hommes célèbres, et j'aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration , SI tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, où on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n'êtes pas le premier homme, Monsieur, à l'occasion duquel j'ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l'indignation m'a poussé à vous témoigner ma reconnaissance; je me suis dit : Je veux être distingué de tous ces imbéciles.
La première fois que je suis allé aux Italiens, pour entendre vos ouvrages, j'étais assez mal disposé, et même, je l'avouerai, plein de mauvais préjugés; mais je suis excusable; j'ai été si souvent dupe; j'ai entendu tant de musique de charlatans à grandes prétentions. Par vous j'ai été vaincu tout de suite. Ce que j'ai éprouvé est indescriptible, et si vous daignez ne pas rire, j'essaierai
de vous le traduire. D'abord il m'a semblé que je connaissais cette musique, et plus tard en y réfléchissant, j'ai compris d'où venait ce mirage; il me semblait que cette musique était la mienne, et je la reconnaissais comme tout homme reconnaît les choses qu'il est destiné à aimer. Pour tout autre que pour un homme d'esprit, cette phrase serait immensément ridicule, surtout écrite par quelqu'un qui, comme moi, ne sait pas ta musique, et dont toute l'éducation se borne à avoir entendu ( avec grand plaisir, il est vrai ) quelques beaux morceaux de Weber et de Beethoven.
Ensuite le caractère qui m'a principalement frappé, c'a été la grandeur. Cela représente le grand , et cela pousse au grand. J'ai retrouvé partout dans vos ouvrages la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature, et la solennité des grandes passions de l'homme. On se sent tout de suite enlevé et subjugué. L'un des morceaux les plus étranges et qui m'ont apporté une sensation musicale nouvelle est celui qui est destiné à peindre une extase religieuse. L'effet produit par l'Introduction des invités et par la Fête nuptiale est immense. J'ai senti toute la majesté d'une vie plus large que la nôtre. Autre chose encore : j'ai éprouvé souvent un sentiment d'une nature assez bizarre, c'est l'orgueil et la jouissance de comprendre , de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle , et qui ressemble à celle de monter dans l'air ou de rouler sur la mer. Et la musique en même temps respirait quelquefois l'orgueil de la vie. Généralement ces profondes harmonies me paraissaient ressembler à ces excitants qui accélèrent le pouls de l'imagination. Enfin, j'ai éprouvé aussi, et je vous supplie de ne pas rire, des sensations qui dérivent probablen>cnt de la tournure de mon esprit et de mes préoccupations fréquentes. Il j a partout quelque chose d'enlevé et d'enlevant, quelque chose aspirant à monter plus haut, quelque chose d'excessif et de superlatif. Par exemple, pour me servir de comparaisons empruntées à la peinture, je suppose devant mes yeux une vaste étendue d'un rouge sombre. Si ce rou£;e représente la passion, je le vois arriver graduellement, par toutes les transitions de rouge et de rose, à l'incandescence de la fournaise. II semblerait difficile, impossible même d'arriver à quelque chose de plus ardent; et cependant une dernière fusée vient tracer un sillon plus blanc sur le blanc qui lui sert de fond. Ce sera, si vous voulez, le cri suprême de l'âme montée à son paroxysme.
J'avais commencé à écrire quelques méditations sur les morceaux de Tannbaûser et de Lobengrin que nous avons entendus; mais j'ai reconnu Fimpossibilité de tout dire.
Ainsi je pourrais continuer cette lettre interminablement. Si vous avez pu me lire, je vous en remercie. Il ne me reste plus qu'à ajouter ^ue quelques mots (sic). Depuis le jour où j'ai entendu votre musique, je me dis sans cesse, surtout dans les mauvaises heures : Si, au moins je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner. Il y a sans doute d'autres hommes faits comme moi. En somme vous avez dû être stupéfait du public dont l'instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes. Pourquoi ne donneriez-vous pas quelques concerts encore en y ajoutant des morceaux nouveaux? Vous nous avez fait connaître un avant-goût de jouissances nouvelles; avez-vous le droit de nous
priver du reste? — Une fois encore, Monsieur, je vous remercie; vous m'avez rappelé à moi-même et au grand , dans de mauvaises heures.
Ch. Baudelaire.
Je n'ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j'ai quelque chose à vous demander.
Dans son Histoire de ma vie, Wagner a parlé de cette lettre :
Le ton singulièrement fantastique et hardi de ses épanchements me fit deviner en Baudelaire un espr't extraordinaire qui poursuivait avec une fougueuse énergie et jusque dans leurs dernières conséquences les impressions qu'il avait reçues de ma musique. A sa signature il n'ajoutait pas son adresse afin, disait-il, de ne pas m'induire à croire qu'il désirait quelque chose de moi. Bien entendu je sus le découvrir quand même et il ne tarda pas à se joindre au cercle de connaissances que je réunissais chez moi le mercredi soir.
Dans le même ouvrage, il mentionne la plaquette ici en cause : «Baudelaire se distingua par une brochure spirituelle et mordante écrite en ma faveur.» Plusieurs critiques ont déduit de ce laconisme que le musicien n'avait peut-être pas apprécié Baudelaire et l'aide qu'il lui apportait à leur juste valeur. Il est vrai que Wagner, comme beaucoup d'autres génies , avait une forte tendance à faire de sa faculté d'admiration un usage égoïste, mais tel ne semble pas avoir été le cas en l'espèce. Témoin la lettre qu'il adressait à son défenseur quelques jours après la publication de l'article à la Revue Européenne :
Paris, 15 avril 1861.
Mon cher monsieur Baudelaire, j'étais plusieurs fois chez vous sans vous trouver. Vous croyez bien combien je suis désireux de Vous dire quelle immense satisfaction vous m'avez préparée par votre article qui m'honore et qui m'encourage plus que tout ce qu'on a jamais dit sur mon pauvre talent. Ne me serait-il pas possible de vous dire bientôt, à haute voix, comment je m'ai senti enivré en lisant ces belles pages qui me racontaient — comme le fait le meilleur poëme — les impressions que je me dois vanter d'avoir produites sur une organisation si supérieure que la vôtre?
Soyez mille fois remercié de ce bienfait que vous m'avez procuré, et croyezmoi bien fier de vous pouvoir nommer ami.
A bientôt, n'est-ce pas. Tout à vous.
Richard Wagner.
(E.-J. CrÉPET, op. cit.)
Témoin encore telle autre lettre [Supplément du Gaulois du dimanche , g-io novembre 1907) qui se termine par ces mots : «Je vous aime, parce que vous êtes mon ami, et voilà pourquoi je vous écris.»
Témoin enfin le véritable chagrin que montra Wagner, selon Mendès , quand il apprit la mort de Baudelaire.
Quant à la smcérité des sentiments de Baudelaire pour le grand musicien, elle trouve sa preuve dans maints passages de sa correspondance :
Riez un peu, mais gardez-moi le secret : notre bon, notre admirable Asselineau m'a dit, comme je lui reprochais, à lui qui sait la musique, de n'être pas allé aux concerts Wagner : i° que c'était si loin, si loin de chez lui; 2° qu'on lui avait dit, d'ailleurs, que Wagner était républicain!
Je lui ai répondu que j'y serais allé quand même c'eût été un royaliste, que cela n'empêchait ni la sottise, ni le génie. — Je n'ose plus parler de Wagner; on s'est trop foutu de moi. C'a été, cette musique, une des grandes jouissances de ma vie; il y a bien quinze ans que je n'ai senti pareil enlèvement. (A Poulet-Malassis, 16 février 1860.)
Soit dit en passant, il y a apparence que Baudelaire sut convertir Asselineau à des idées plus raisonnables, car celui-ci, qui tenait la rubrique musicale à la Revue Fantaisiste, devait un an plus tard accorder quelques mentions sympathiques «à la chute violente et immodérée» de Tannbaûser (1^ mai et i" octobre 1861).
Une autre fois il mande à Champfleury qui, sans doute, s'était entremis pour le faire rencontrer avec le compositeur :
28 février 1860.
...J'écris immédiatement à M. Wagner pour le remercier de tout mon cœur. J'irai le voir, mais pas tout de suite. Des affaires assez tristes me prennent tout mon temps. Si vous le voyez avant moi, dites-lui que ce sera pour moi un grand honneur de serrer la main d'un homme de génie insulté par toute la populace des esprits frivoles. (^Intermédiaire des Chercheurs, lo février 1891.)
A l'occasion le nom de Wagner devient, sous sa plume, un étalon de grandeur dans l'infortune : «Avez- vous plus de génie que Chateaubriand et que Wagner? écrit-il à Manet découragé. On s'est bien moqué d'eux cependant? Ils n'en sont pas morts.» (11 mai 1865.)
Mais il y a plus probant encore : Wagner lui-même a conté, dans son Histoire de ma vie, que Baudelaire lui avait fait, à maintes reprises, les offres les plus fantastiques pour l'exploitation de «son glorieux échec», — ceci doit se rapporter à l'ambition que nourrit Baudelaire, quelque temps, de se faire directeur de théâtre, avatar peu connu, sur lequel nous reviendrons. Enfin les mémoires des contemporains attestent que, dans les dernières années de sa vie, pour
ECLAIRCISSEMENTS ET VARIATSITES. J I 3
le distraire des tristesses de l'exiI ou des souffrances de la maladie, ses amies, M'"°Meurice notamment, lui faisaient entendre duWagner.
II ne faut donc pas attacher une grande importance à ces lignes, attribuées à Vitu, qu'on trouve dans le CHARLES BAUDELAIRE, Souvenirs, Correspondances, p. 119 :
II m'a. . .confessé que n'étant pas musicien et n'aimant pas la musique, il caressait dans Wagner de certaines idées générales, abstraction faite de son oeuvre Ijrique et dramatique , qui le laissait indifférent.
Non plus qu'à la réserve exprimée dans la note sur Clienavard donnée plus haut (p. 471). Cette réserve -là, en somme, Baudelaire rappliquait à son siècle tout entier, trop tard venu pour permettre l'éclosion des génies purement spontanés, et par contre il a maintes fois vanté l'attrait particulier des œuvres volontaires et de l'artifice.
Voir encore, pour leurs rapports, G. ServiÈRES, Richard Wagner juge' en France, et le numéro spécial de la Revue Musicale, Wagner et la France (octobre 1923) qui contient, notamment sous la signature de M. Maxime Leroy, des articles du plus vif intérêt.
L'élaboration de cette étude doit être rapportée à la période janvier 1861 (mois oîi Wagner donne ses concerts aux Italiens) - avril 1861, date de la publication.
Baudelaire mandait à sa mère , en le lui envoyant , que l'article avait été «improvisé en trois jours dans une imprimerie» et que, sans l'obsession de l'imprimerie, «il n'aurait jamais eu la force de le faire '''». La gravité de la crise qu'il traversait alors explique les termes de cette lettre. On peut y trouver aussi une coquetterie d'auteur qui a le travail pénible et tient à en écarter le soupçon. Mais en réalité, la correspondance le prouve, cette étude était restée quinze mois sur le chantier :
J'avais commencé à écrire cjuelques méditations...'"' (A Wagner, lettre
"' Cf. Jules Troubat, Souvenirs d'un ancien secrétaire de Sainte-Beuve , p. 205.
'^' A la même date (2' quinzaine de février), /a Revue Anecdotique annonce que Baudelaire «prépare quelques morceaux de poésie {sic) en l'honneur de l'auteur du Lobengrin».
Notons à ce sujet que M. Ernest Raynaud , dans son édition des Fleuri DU Mal, écrit c^u Elévation et Correspondances furent inspirées à Baudelaire par l'ouverture du Lobengrin. Nous ignorons si cette assertion a quelque base documentaire; en tout cas nous ne voyons, pour notre part, aucune raison de Ja repousser, elle nous semble même avoir pour elle de grandes vraisemblances.
/l4 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
donnée plus haut, 17 février 1860). — Le Wagner s'augmente tant que je serai obligé de le détacher du volume des Contemporains. — ...Je travaillerai au Wagner chez ma mère (à Poulet-Malassis, mai et juillet 1860). — Wagner m'ajant envoyé son livre — il s'agit des Quatre Poèmes «f'opeVa ... précédés d'une Lettre sur la Musique, — cela va me contraindre à rentrer tout de suite en relation avec Grandguillot (^u même, décembre 1860).
L'étude avait été, en effet, d'abord proposée au Constitutionnel où Baudelaire espérait se voir «honorer» à l'égal de Sainte-Beuve. Cependant Grandguillot tergiversait. C'est alors qu'il la porta à la Revue Européenne dont il était devenu le collaborateur après sa brouille avec Alphonse de Calonne, directeur de la Revue Contemporaine.
Il ne semble pas qu'elle ait fait beaucoup de bruit à l'époque, car nous n'en avons trouvé que de rares échos dans la presse contemporaine. La Revue Fantaisiste lui rendit hommage, sous la signature de Charles Revert :
La philosophie, le côté esthétique de Richard Wagner sont rendus avec une netteté et une précision merveilleuses dans la langue ferme et colorée dont M. Baudelaire possède si bien le secret.
La Causerie, par l'organe de Charles Valette, lui reprocha d'avoir déversé le blâme sans mesure :
Mais M. Charles Baudelaire juge bien légèrement la conduite de la presse. . . [Il] ne devrait pas oublier ainsi la petite presse. 11 devrait savoir qu'à l'exception du Figaro, cet éternel railleur des opprimés, tous les petits journaux ont protesté contre la cabale et contre le mauvais vouloir du public . . .
Un autre journal dut se répandre en commentaires particulièrement malveillants, car le regretté M. Emery a publié, dans le Mercure de France du l-vin-17, le poulet suivant :
II juillet 1861.
Monsieur, quand il s'agit de mes œuvres, je ne dispute point à chacun la liberté qu'il a de les juger, c'est affaire de goût. Je ne prétends pas prouver u celui qu'elles ennuient qu'il a tort de ne pas les aimer.
La question ici est différente : je donne mon avis sur un illustre musicien, je réponds aux critiques : à elles de me démontrer l'inexactitude de mes avances.
Fort heureusement aussi, il est admis que l'on peut s'eff"orcer de faire entendre raison à des calomniateurs, que la faim elle-même ne saurait justifier, orsqu'ils écrivent des articles aussi médisants qu'inutiles.
Quand je lis dans des feuilles (périodiques, quand elles peuvent, obscures
toujours), que je vends mes manuscrits aux journaux allemands, il est de ma dignité de ne point m'en défendre.
Les malveillances me sont indifférentes lorsqu'elles sont signées d'inconnus, mais cependant m'impressionnent péniblement quand elles émanent de ceux qui, comme vous, me sont redevables.
Les arts sont en général un champ de dispute, mais il serait étrangement paradoxal que la musique devînt un champ de bataille.
Et c'est tout. Monsieur.
Ch. Baudelaire.
Quant au succès de vente, il dut être à peu près nul, car la Petite Revue, le 14, avril 1866, — soit cinq ans après la publication, — annonçait le solde de la plaquette à o fr, 50, au lieu de i franc.
Cette étude valut du moins à Baudelaire une chaude lettre de Villiers de l'IsIe-Adam, qui avait fait chez lui la connaissance de Wagner :
Le grand musicien peut réciter, lui aussi, ces vers de statue :
Contemple-les, mon âme, ils sont vraiment affreux! Pareils aux mannequins, vaguement ridicules. . .
(E.-J. CrÉpet, op. cit., p. 4,46.)
et, on l'a déjà vu, la reconnaissance de Wagner. De celle-ci qui, quoi qu'on en ait dit, ne fait point doute, on trouve d'ailleurs un témoignage complémentaire dans un billet de Baudelaire à Swinburne , qui mérite d'être cité pour la saveur particuhère du tour :
Un jour M. Richard Wagner m'a sauté au cou pour me remercier d'une brochure que j'avais faite sur Tannbaûser, et m'a dit : «Je n'aurais jamais cru qu'un littérateur français pût comprendre si facilement tant de choses.» N'étant pas exclusivement patriote, j'ai pris de son compliment tout ce qu'il avait de gracieux. (NaDAR, Charles Baudelaire intime, Blaizot, éd.)
Page 200. «. . .qui avait vécu longtemps chez nous. . .» — De 1839 à 1842.
Le réquisitoire de M. Fétis. — Revue et Gazette musicale de Paris ,
numéros des 6, 13, 20 et 27 juin, 11 et 25 juillet et 8 août 1852. Il avait pour titre : Wagner, sa vie, son système de rénovation de l'Opéra, ses oeuvres comme poète et comme musicien, son parti en Allemagne, appréciation de la valeur de ses idées.
L'article de Gautier. — Le Moniteur, 29 septembre 1857. II
rendait compte d'une représentation de Tannbaûser donnée à Wics-
baclen. Gautier, sans croire que Wagner pût détrôner les grands maîtres , y exprimait le vœu que le Tannbaûser fût joué à Paris.
Page 201. a Encore aujourd'hui. . .» — R. E. : Hier encore.
Le feuilleton de Berlioz au Journal des Débats, — On le trouvera reproduit dans. A travers champs (1862). — Les concerts à la salle des Italiens : 2^ janvier, i" et 8 février 1860. Le programme en avait comporté des fragments du Vaisseau Fantôme, du Tannhaûser et de Lohengrin.
«. . .il y a quelques jours, à l'Opéra...» — La première représentation de Tannbaûser à Paris eut lieu le 13 mars 186 1. Elle fut suivie de deux autres, après lesquelles Wagner retira l'ouvrage.
Page 202. «... le célèbre S. . .» • — Le fameux Scudo qui n'avait jamais perdu une occasion de se signaler par sa passion contre Wagner. (Voir notamment ses articles de mars et avril 1860 à la Revue des Deux Mondes.)
Page 204. Le livre de Liszt : Lohengrin et Tannhaeuser, 18^1. — On trouvera le passage cité, pages 48-50.
Dans V Histoire de ma vie, Wagner mentionne qu'à cette époque le poète des Fleurs, couvert de dettes, s'était réfugié sous l'aile protectrice du grand Liszt «qui l'emmenait partout où se pouvait rencontrer quelque chance de fortune».
Page 206. «... de rendre avec des paroles la traduction inévitable. . .» — R. E. : de traduire avec des paroles la traduction forcée. — Pla- 'quette : de traduire avec des paroles la traduction inévitable.
La nature est un temple. . . ^- Les FleurS DU Mal, IV,
Correspondances,
Page 207. «...une troupe d'anges qui apportenf. . . » — R. E. et plaquette : qui apporte.
Page 209. «Ceux de mes amis qui possédaient un piano...» — M°" Meurice et Villiers de l'Isle Adam notamment.
Le pamphlet de Fétis. — , Voir la note sous la page 200.
Page 211. «... l'homme qui n'a pas été ...» — Die Operndichtungen nebst Mitteilungen an seine Freunde als Vorivort, i852.Fctis a lui-même
fait état de cette pensée dans son article du 6 juin 1852 à la Revue et Gazette musicale de Paris.
Ce qu'écrit ici Baudelaire pour expliquer les idées révolution-
naires de Wagner pourrait s'appliquer à lui-même.
«. . .l'ordre d'un despote. . .» — R. E. : l'ordre d'un empereur.
Page 212. Titre exact : Quatre poëmes d'opéras traduits en prose française précédés d'une lettre sur la musique, par Richard Wagner, Paris, 1861 (1860). Le traducteur avait gardé l'anonymat. On sait que c'était M. Challemel-Lacour.
Page 213. «... /a musique de l'avenir .. .)> — Voir la note sur la page 242.
La Lettre à Berlioz, Journal des Débats, 22 février 1860.
Page 21^. «. . .dans la préface de son dernier livre. . .» — Quatre poëmes d'opéra, p. XVII-XVIII.
Page 215. «. . .Rienzi, opéra de jeunesse. . .» — 1842.
Page 216. «...des leux qui ne sont pas ceux du bienveillant Phœbus.» — Cette tournure est fréquente chez Baudelaire. Cf p. 224, : une lumière rose qui ne venait pas du soleil , ou encore :
Quoique tes sourcils méchants Te donnent un air étrange Qui n'est pas celui d'un ange,
{Chanson d'Après-inidi.) Flagellé par un vent qui ne vient pas du ciel
( Fetnmes damnées. )
Plusieurs commentateurs n'y ont vu qu'une forme négligée — on a même dit : des chevilles. Nous croyons, pour notre part, y trouver tout autre cliose : un moyen de faire sentir plus fortement l'horreur de l'objet innommable.
Page 217. «Le seul tableau. . .» (Lettre sur la Musique.)
Page 218. «Et ailleurs. . .» — Egalement dans la Lettre sur la Musique, plus loin.
Page 219. «. . .un idéal de drame lyrique. . .» — R. E. : du drame lyrique , variante qui ne constitue pas une coquille , mais correspond à une idée très différente.
Page 220. «Que n'a-t-on pas déjà écrit sur ce morceau?» — R.E, ; dit et écrit.
Page 222. «. . .des hosannaj.» — 1868 : des hosanna.
Page 224. — La note qui figure ici avait paru pour la première fois dans la plaquette.
Quant aux sympathies bien connues de M. Perrm pour Wagner, il faut croire que M. Perrin jugea plus opportun de n'en pas témoigner en cette circonstance-là, car son article sur Tannhaûser, qui parut à la Revue Européenne, le 15 mars 1861, et qui tient à peine une demi-page, renferme cette stupéfiante déclaration :
«Nous n'avons m le temps ni le dessein d'entrer ici dans l'examen ni dans la critique de l'œuvre de M. Richard Wagner.» — Il est juste d'ajouter, d'ailleurs, que dans un article antérieur (i^ février 1860), Perrin s'était déclaré très chaudement pour Wagner. — Voir la 2' note sous la page 34.6.
Page 22^. «...ce rhythme pompeux e'fcgammenf cadencé...» — R. E. : Jièrement cadencé.
Page 230. «...nous fournissent sur ce sujet...» — R. E. : à ce sujet.
u. . .la rédemption. . .» — R, E. : leur rédemption.
Page 231. «Nous avons observé. . .» — R. E. : remarqué.
Page 232. « . . .à ies charmes. . .» — Coquille de la R. E. : à ces charmes.
Page 233. «. . .y rencontre. . .» — R. E. et plaquette : rencontre.
Page 23^. «. , .le fatal navire. . .» — R. E. : le navire fatal.
«... dans différentM plages, ...» — R. E. ; dans différents parages.
«A quoi me sert doru:. . .» — R. E. ; A quoi me sert.
236. «Quand le Hollandais. . .» — Voir MaturiN, Melmotb le Vagabond.
Baudelaire a maintes fois témoigné d'une admiration enthousiaste pour ce roman typique de l'école «frénétique».
Page 242. — On sait que «la musique de l'avenir», cette expression qui fut l'objet de tant de sarcasmes, n'appartient pas à Wagner, mais à un M. BischofF, professeur à Cologne. Wagner fut le premier à se prononcer contre elle. (Voir sa lettre à Berlioz.)
Page 24.3. «. . .à se munir de résignation. . .» — Coquille de la plaquette : à se garnir de résignation.
Page 244. «... la femme d'un ambassadeur étranger.» — On lit dans
les Journaux intimes :
M"" de Metternich, quoique princesse, a oublié de me répondre, à propos de ce que j'ai dit d'elle et de Wagner. Mœurs du xix* siècle.
Nadar nous a conté là- dessus une anecdote complémentaire : S'étant trouvé à un dîner le voisin de la princesse, il avait profité de l'occasion pour lui vanter la plaquette de son ami et, la princesse témoignant un vif désir de la lire, dès le lendemain il lui en faisait tenir un exemplaire. Puis des semaines et des semaines s'étaient écoulées au cours desquelles Baudelaire, qu'il avait informé de la chose, lui demandait de temps à autre : «A propos, la princesse ne vous a pas écrit?» — Enfin, un jour l'exemplaire lui avait fait retour avec un mot de remerciement fort gracieux. . . Les pages n'en étaient pas coupées.
Page 245. «Une mise en scène plus qu'insuffisante, faite par un ancien vaudevilliste ...» — Eug. Cormon , collaborateur habituel de Grange, Dennery, etc., qui était alors directeur de la scène à l'Opéra et prétendait imposer ses vues théâtrales à Wagner.
L'orchestre était conduit par Dietsch. — Un ténor allemand : Albert Niemann, il sera d'ailleurs nommé plus loin. — «Une Vénus endormie », M"* Tédesco. — M"* Sax : Elisabeth. — Morelli , engagé spécialement, comme Niemann, tenait le rôle de Wolfram.
Page 246. «...la question du ballet...» — Pour donner satisfaction aux «entreteneurs de filles», Wagner avait intercalé une bacchanale dans le tableau du Vénusberg. 11 s'est plaint, dans ses lettres, de la façon dont Petitpa l'avait réglée. — Le ministre alarmé : le comte Walewski.
«. . .l'Opéra qui ne sait rien faire du tout.» — Alph. Rover
et Gustave Vaëz présidaient alors à ses destinées. Ils devaient céder la place à M. Pernn l'année suivante.
«. . .la nouvelle apparition de Vénus.» — Au troisième acte.
La scène entière fut supprimée dès la deuxième représentation.
Page 248. «Dans la presse, aucune résistance. . .» — Il y a là une réelle exagération, et contre laquelle certains périodiques musicaux protestèrent avec raison. Parmi ceux qui prirent dés lors la défense de Wagner, il faut citer : Champfleury, Louis Ulbacli, Léon Leroy, Giacomelli et, qui l'eût cru? Arthur Pougin. — Voir d'ailleurs, G.Servieres, Tannbauser à l'Opéra en 1861 (lib. Fischbaclier).
L'article de Franck Marie : 24. mars 1861.
— • «M. Berlioz a évité de dire son avis.» — «Il laissa à son ami d'Ortigue le soin d'exécuter son rival.» (G. Servieres, op. cit.)
«Mais l'administration a baissé la tête...» — Baudelaire a
fort raison de l'incriminer : il est établi que la location était très importante; l'administration n'aurait donc point dû pousser Wagner à retirer son œuvre, comme elle le fit.
Page 24,9. «. . . un beau drame. . .» — Il s'agit des Funérailles de l'honneur que jouait alors le théâtre de la Porte Saint-Martin (avril 1861), pièce qui, à son tour, venait d'avoir l'honneur des sifflets ressuscites pour Tannbauser, et dont la brève carrière allait faire scandale.
Dans un article fantaisiste de la Causerie (7 avril), Ch. de Puvramant montre Villemessant lâchant ses folliculaires : «Vous avez sifflé Tannbauser, c'est bien! — Vous vous êtes moqué de Ristori, à merveille! — Aujourd'hui je vous livre une autre victime, M. Auguste Vacquerie. C'est un homme de talent plus fort que nous tous , il faut l'avouer. Liguez-vous donc contre lui » , etc.
Voir aussi Mario Proth , Comment on lutte. Quelques pages de la vie littéraire d'Auguste Vacquerie, et A. Loux'ET, Le Tbéàtrc en 186 1 à propos des «Funérailles de l'honneur».
Baudelaire avait félicité Vacquerie le 31 mars :
Je serais un grand ingrat , si je ne vous remerciais p.is. J'ai la détestable habitude de souffrir au spectacle, et même de ne pas comprendre Us pièces. Vous, vous m'avez tena si attentif pendant sept actes que vous pouvez dire cjuc vous avez fait un miracle.
H y a bien des années que je n'avais entendu un drame. Enfin , en voici un, et des plus beaux, et plein d'ordre, et plein de logique, et toujours grand.
Que vous êtes heureux de savoir ainsi extraire tout ce qui est contenu dans une idée! Sérieusement, sans mensonge et sans flatterie, vous m'avez causé une des plus vives jouissances que j'aie depuis longtemps reçues. En laissant de côté toute l'babileté dont vous avez fait preuve, je vous loue beaucoup d'avoir basé une action toujours vraie, passionnée, sur une pure abstraction, sur une idée aussi vague et impalpable que Vidée de l'honneur (ce n'est pas moi qui parle ainsi). Je crois même que d'abord le public est un peu étourdi dune pareille originalité. II y a si longtemps qu'il n'a vu cela.
Cette lettre, suivie de l'article, lui valut la réponse suivante (E.-J. CrÉPET, op. cit.) :
7 mai.
Merci , mon cher Baudelaire. Je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis touché de la page sympathique que vous avez écrite sur moi. Vous savez ce que je pense de votre talent : vous savez donc ce que je ressens de votre éloge. — ■ Je n'ai pas entendu l'opéra de Wagner, et je n'ai pour Tannhaûser que le penchant de tout homme de cœur pour toute œuvre brutalement proscrite; votre brochure ajoute des raisons à mon instinct et m'emplit d'avance les mains de bravos. Mais ii y en a pas mal pour vous. — Merci encore.
Votre ami,
Auguste VACQ.UERIE.
Voir aussi nos notes sous la page 258.
Le directeur du théâtre de la Porte Saint- Martin était alors
Marc Fournier.
Page 250. «Quand un déplorable académicien. . .» — Il doit s'agir de Ponsard qui, dans son discours de réception prononcé le 4. décembre i8 56, comparait Racine à Shakspeare, et qui, renversant l'ordre chronologique de leur influence sur les lettres françaises, s'amusait à former l'hypothèse suivante :
Imaginez alors Racine apparaissant comme un novateur, avec son langage toujours pur, harmonieux , noble sans enflure , naturel sans trivialité , avec la majesté sévère de ses tragédies où se déroule régulièrement l'action , une, logique, claire et vraisemblable. Quelle surprise! Quelle nouveauté! Quel enthousiasme pour le révolutionnaire Racine! Quelle pitié pour cet arriéré, ce vieux, ce bonhomme Shakespeare!
Page 251. — Dans la préface de son Fils naturel (1858), A. Dumas fils venait d'écrire notamment :
Toute littérature qui n'a pas en vue !a perfectibilité , la moralisation , l'idéal, l'utile en un mot, est une littérature racliitique et malsaine.
On conçoit l'exaspération de Baudelaire.
(iTannbaûser reparaîtra...» — Cette prédiction ne devait se
réaliser qu'en 1895, soit trente-quatre ans plus tard.
Nous avons dit plus haut (p. 512) que, d'après le témoignage de Wagner lui-même, Baudelaire voulait monter cet opéra.
PHILIBERT ROUVIERE.
Cette notice parut d'abord dans la Nouvelle Galerie des artistes dramatiques vivants, Paris, librairie théâtrale, s. d. [18^^], accompagnée d'un portrait en pied de l'artiste, peint et gravé par Ch. Geoffroy.
Elle reparut, avec quelques suppressions, dans l'Artiste, numéro du i" décembre 1859, sous le titre modifié : RouviÉRE.
Le texte retenu par les éditeurs de 1868 est le plus complet; c'est aussi celui qu'on trouvera ici.
Nous l'avons fait suivre d'une assez longue note nécrologique, signée C. B., que Baudelaire donna le 28 octobre 1865 à la Petite Revue. II nous semble certain, en effet, qu'il n'aurait point manqué d'en fondre les éléments complémentaires avec son article, s'il lui eût été donné de publier lui-même ses œuvres critiques.
Rouvière compte parmi les artistes incompris auxquels Baudelaire s'intéressa le plus, entre les années 1854. et 1858, époque où il cessa à peu près de le voir pour des raisons que nous ignorons.
Le 26 septembre 1854., le poète écrivait à Paul de Saint-Victor :
J'ai à vous demander, à vous, Monsieur, que je ne connais pas, un grand service. Cette demande n'a pas d'autre motif qu'une très -sincère admiration pour riiomme dont il va être question. Comment se fait -il que vous, pour qui le feuilleton dramatique n'est pas une besogne pensumière , mais une occasion d'émettre des idées romantiques, vous qui comprenez les Romantiques, vous n'ayez pas parlé de M. Rouvière dans la reprise des Mousquetaires ?
S'il n'est trop tard , et si vous ne l'avez pas vu , allez le voir, — je l'ai vu sept fois, moi! — Vous y trouverez une jouissance, j'en suis sûr. M. Rouvière fait de cet ouvrage une nouveauté. — El si, par hasard, il était un mirage pour moi, et si, pour vous, ce jeu, cette interprétation n'avait pas la même valeur, la même importance, croyez que mon principal chagrm serait de voir mon intelligence en désaccord avec la vôtre. (Lettre inédite, communiquée par M"" de Saint-Victor.)
Le critique s'empressait de répondre :
Monsieur ,
Je vous remercie de m'apprendre que M. Rouvière ait reparu au théâtre. Je n'ai pas vu la reprise des Mousquetaires et j'ignorais qu'il y eût un rôle. II me suffirait de votre recommandation pour m'engager à l'aller voir, car j'attache un trop grand prix au jugement d'un esprit tel que le vôtre pour n'être pas sûr d'avance de le partager. Puis je me souviens très bien de l'impression qu'il me fit il y a quelques années dans le rôle d'Hamlet et de Charles IX, qu'il jouait d'une façon tout à fait supérieure et poétique. . . J'irai certainement à la Gaîté la semaine prochaine, et ce sera pour moi un plaisir de parler de M. Rouvière. {Charles Baudelaire, Pincebourde, 1872.)
Cependant, Saint- Victor tardait à tenir sa promesse; Baudelaire la lui rappelait bientôt; il avait d'ailleurs un double intérêt, on va le voir, à fortifier à la Gaîté la situation de Rouvière qui, faute d'un rôle, allait peut-être se voir licencié par Hostein, le directeur de ce théâtre :
Rouvière n'était engagé que pour deux' mois. Si donc, une année entière, il ne se présentait pas un drame où l'originalité de son talent pût trouver sa place, il serait donc payé toute une année gratuitement, et la sympathie de M. Hostein pour lui ne va pas jusqu'à oublier ses intérêts de directeur.
Je sais que M"" Collet et que M. de Vigny s'ingénient à le placer quelque part pour lui faire jouer Chatterton et la Maréchale d'Ancre, et je tremble qu'ils ne réussissent, et bien facilement, car, de mon côté, sachant que M. Hostein le garderait avec joie, s'il avait un bon drame adaptable à son talent, je me suis mis à la besogne et je suis convenu avec lui — c'est-à-dire avec Rouvière — de lui donner les premiers éléments d'un drame psychologique sur VIvrogncrie , lui laissant le soin de le patronner et de le faire adopter.
Si je réussis à tirer — comme je le crois, comme je l'espère, — l'épouvante de l'eau-de-vie, — et si M. Hostein n'adopte pas mon idée, — ou si M. Rouvière est occupé ailleurs, — j'attendrai aussi longtemps qu'il le faudra et lui seul jouera cet ouvrage.
Je vous raconte tout cela à cause de cette fatuité particulière aux hommes de guignon qui croient toujours qu'on doit s'intéresser à leurs rêves. {Lettre inédite. )
Saint-Victor alors mettait à profit la première occasion — dès le lendemain même — tant pour rendre hommage au talent de Rouvière que pour ouvrir la voie à la tentative de Baudelaire, dont nous aurons l'occasion de reparler dans un autre volume :
A propos de la Gaité et de ses acteurs, vous souvenez-vous de M. Rouvière, nu comédien étrange, spontané, romantique jusqu'au bout des ongles, et qui a quelque chose là, je ne sais trop quoi? II jouait Hamiet, il J' a quelques années, sur un théâtre du boulevard, à la manière noire, à la manière anglaise, avec une folie malade qui prenait les nerfs. Plus tard , il créait un Charles IX fiévreux, hagard, convulsif, tel que pourrait le peindre Delacroix... H vient de rentrer à la Gaîté par le rôle de Mordaunt dans les Mousquetaires , de M. Dumas, et il a taillé à angles coupants pour ainsi dire cette raide figure de fanatique cuirassé de buffle. Il a une voix brève , le geste tranchant , l'allure saccadée, le mélancolique délire d'un homme qui marcherait et qui parlerait dans un rêve. C'est un talent à débrouiller, à composer, à finir; mais vienne un poëte qui sache jouer de cette lyre bizarre, et il en tirera quelque chose qui fera du bruit. (Le Pavs, 23 octobre 1854.)
Dans une lettre subséquente à Hostein (8 novembre i8 54), on voit encore le poète vanter le tragédien. Cette fois, il s'agit 6! Est-il bon, est-il méchant? la pièce de Diderot, dont Baudelaire et Champfleury étaient férus et qu'ils rêvaient de faire jouer :
. . .Irai -je jusqu'au bout?. . .il m'a semblé qu'un acteur merveilleux par sa véhémence, par sa finesse, par son caractère poétique, un acteur qui m'a 4bloui dans les Mousquetaires. . .j' ai présumé que Rouvière pourrait trouver dans ce personnage de Diderot... où la sensibilité est unie à l'ironie et au cjiiisme le plus bizarre, un développement tout nouveau pour son talent.
II faut ajouter que Baudelaire et Rouvière avaient plusieurs amis communs, notamment Banville, Villiers de l'Isle Adam, dont certains contemporains ont prétendu qu'il s'inspirait de l'acteur dans ses gestes et attitudes; Manet, de qui la collection Vanderbilt possède un fort beau Rouvière, et aussi, des ennemis communs, par exemple Jouvin (voir le Figaro du 20 avril 1856), et généralement tous les folliculaires qui ressentaient comme une injure personnelle l'originalité d'autrui.
Dans ses Mémoires d'un Critique, Jules Levallois a écrit de Baudelaire :
Je ne lui ai jamais pardonné son lâche reniement de Rouvière devant Sainte-Beuve.
Nous ignorons à quoi il fait allusion, — sans doute à quelque conversation qu'en tant que secrétaire de Sainte-Beuve, il avait pu entendre? Mais il faut remarquer que Levallois s'est montré très injuste, autant que mal informé, dans les pages qu'il a consacrées à Baudelaire. C'est ainsi qu'il a pu écrire de lui :
Sa pauvreté même sentait le cabotinage, car sa mère était tort riche et n'a jamais refusé de l'aider,
alors que la situation de M"^ Aupick était à la vérité fort modeste. En tout cas il faut constater que Baudelaire, aux yeux des contemporains, demeura, jusqu'à son dernier jour, solidaire de Rouvière Dans l'article nécrologique qu'il lui consacra au Figaro (3 septembre 1867) on voit Alfred d'Aunay rapprocher son nom de celui du comédien, «cet autre insensé qui touchait aussi au génie».
Page 253. «. . .le style coulant. . .» — Cf l'étude sur Tbéopbik Gautier, p. I.J.6.
«...la saveur toujours vive de la volonté...» — Voir CURIO- SITÉS Esthétiques , Index, au mot Volonté.
Page 254. «Titre exact du tableau de Rouvière exposé au Luxembourg en 1830 : Scène des barricades, le 2ç juillet, place du Palais- Royal.
Page 2^5. Passages supprimés dans l'Artiste: «... on n'est pas désbonoré par une pareille naïveté, ... — Les professeurs ortbopédistes-jurés . . . jusqu'à : Torturé. . .»
«Heureusement il fuit à temps cette maison dont l'atmospbère n'était
pas faite pour ses poumons; il prit quelques leçons de Micbelot (mais qu'est-ce que des leçons? des axiomes, des préceptes d'bygiène, des vérités impudentes ; le reste, le reste, c'est-à-dire tout, ne se démontre pas), et entra enfn à l'Odéon, en 1839, ^^^^ ^^ direction de MM. d'Epagny et Lireux.» — Les passages en italique ne figurent pas dans l'Artiste.
Le roi Lear, adaptation de Sauvage et Duhomme, 1844. — Le
Médecin de son bonneur, par H. Lucas, d'après Calderon, 1843. — Le duc d'Albe à Bruxelles, ou la Belgique sous la domination de l'Espagne, drame par Henri Samuel, 1848. — Le vieux Consul, tra-
gédie par A. Ponroy, 1844. — Antigone, adaptation de Paul Meurice et Aug. Vacquerie, 1843.
Page 2 56. Bocage, le successeur de Lireux à la direction de l'Odéon.
Page 2 57. Le feuilleton de Jules Janin : 21 septembre 1846. — Le critique y loue surtout Rouvière d'avoir étudié le rôle d'HamIet dans les tableaux d'Eugène Delacroix. — Voir CURIOSITÉS Esthétiques , p. 246.
- — - La Reine Margot (1845), ^''^- Dumas et Aug. Maquet. — Le Comte Hermann (1849), de Dumas. — Salvator Rosa (18^1), de Ferdinand Dugué. — Le rôle de Mordaunt, dans les Trois Mousquetaires (1844). — Maître Favilla, de George Sand (1855).
«Maintenant que. . .parler de lui librement.» — Passage supprimé dans l'Artiste.
Page 258. «. . .les feuilletons de Théophile Gautier...» — Voir notamment son Histoire dramatique depuis vingt-cinq ans (iS^S).
Le Comédien Trianon, de Champfleurv, dans les Contes d'automne
Ajoutons que Rouvière a joué aussi un des rôles principaux des
Funérailles de l'Honneur, dont Baudelaire parle dans son étude sur
Wagner (p. 249 de ce volume).
Page 259. uOn était curieux....)) — Ce paragraphe ne figure pas dans l'Artiste.
Page 260. «Seul M. Janin. ...» — Journal des Débats, 24 septembre ,855.
«... il la pourrait compromettre.» — 1855 : il la pourrait lien
compromettre.
«Quand je veux savoir. . .» — Phrase empruntée par Baude-
laire a Edgar Poe {HISTOIRES EXTRAORDINAIRES, La Lettre volée), qui lui-même s'était inspiré d'un texte que Burkc et Lavater ont cité comme appartenant à Campanella.
Page 262. «...l'article le concernant.» — Celui-là même qui précède ces notes.
«Charles IX, dans une autre pièce d'Alexandre Dumas.» —
La Reine Margot, on l'a vu.
Page 263. Monte-Cristo , de Dumas, 184.8.
«Hostein, le directeur. . .» — Du théâtre de la Gaîté.
«Goethe, qui prétend que Hamiet était blond et lourd...» [Les
anne'es d'apprentissage de Wilbelm Meister, Kvre V, ch. 6. )
Le Faust, de Dennery, 1856. — Le More de Venise, adaptation
de Vigny, 1829.
Page 264. Hamiet contraignant sa mère à contempler le portrait du roi défunt. — Ce tableau avait été exposé au Salon de 1 864.
Cette fantaisie parut en feuilleton dans l'Esprit public, numéro du i^ avril 1846, sous la signature Baudelaire-DuFays.
Le texte de 1868 se distingue de l'original par le numérotage des chapitres et par quelques omissions ou suppressions. L'une de celles-ci a rapport à une réserve concernant Théophile Gautier.
Page 267. «...pas d'autres prétentions que celle...» — 1846 : d'autre prétention.
Page 268, i" ahnéa. — On sait que, pour sa part, Baudelaire prépara LES Fleurs nu Mal pendant quinze ans.
«Je fais la part des mille circonstances, etc.» — Baudelaire ici
paraphrase Emerson qui dans ses Lois de la vie, écrivait :
La puissance de l'Iionirne est emprisonnée dans le cerci; de la nécessité dont il heurte les côtés à tout instant, jusqu'à ce qu'il soit bien fixé sur I étendue de sa circonférence.
(Traduction X. Ejma.)
Page 269. «C'est pourquoi il n'y a pas de guignon. . .» — On voit bien que ce morceau date de 1846. Baudelaire changera rapide-
ment d'avis. Voir notamment Les Fleurs DU Mal, XI ; les notes sur Edgar Poe, la lettre à Paul de Saint- Victor dont nous avons donné un extrait, p. 523, et encore p. 337 de ce volume.
«. . .contre les popularités actuelles, — des logogriphes en action;...» — 1846 : contre les popularités actuelles, Eugène Sue; Paul Féval, des logogriphes en action. — Baudelaire, cinq ans plus tard (voir E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 91), qualifiera Féval de «talent bête et contrefait». On peut donc attribuer à l'auteur la suppression. Mais elle n'est pas plus invraisemblable de la part d'Asselineau, car celui-ci ne pardonnait pas à Féval, président de la Société des gens de lettres en 1867, de n'avoir pas assisté aux obsèques de Baudelaire bien que prévenu par ses soins. (Voir ihid., p. 2j^.)
«Le bourgeois sera avec vous.» — C'était aussi l'époque où
Baudelaire pensait convertir le bourgeois et tentait de le séduire par quelques grosses flatteries. (Voir les introductions de ses Salons de 184^ et de 184.6.)
Page 270. «... qui, plus tard, — veulent. . .» — 1846 : qui, plus tard, une fois arrivés aux honneurs , — veulent.
«...viennent le lendemain.» — 1846 : reviennent le lendemain.
Page 273. «La ligne droite est pratiquée maintenant avec succès...» — 184.6 : est maintenant pratiquée avec succès. — CF. CURIOSITÉS Esthétiques, p. 164 : «Bien des gens, partisans de la ligne courbe en matière d'éreintage», etc. — Baudelaire détestait Janin. Dans une note relative aux articles qu'il se proposait d'écrire pour le Hihou Philosophe (voir E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 91), on lit : «Jules Janin, éreintage absolu; ni savoir, ni style, ni bons sentiments.»
«Pour écrire vite, il faut avoir beaucoup pensé.» — Ici, il
semble que Baudelaire ait oublié les leçons de sa propre expérience. Tous ses contemporains ont parlé de sa «concoction spirituelle». Cependant il écrivait très péniblement.
«Delacroix me disait un jour...» — ŒCURIOSITÉS ESTHÉ- TIQUES, p. 108.
Page 274. «Un roman passe dès lors par une série de genèses...» — 1868 : les mots en italique sont omis.
Page 275. «Une nourriture frèi- substantielle...» — 1868 : très est omis.
«L'inspiration est décidément la sœur du travail journalier».
— On lit dans Fusées L'inspiration vient toujours quand l'homme le veut. . .
et , dans Mon cœur mis à nu :
H faut toujours rêver et savoir rêver. Evocation de l'inspirajion. Art magique.
Se mettre tout de suite à écrire. Je raisonne trop.
Travail immédiat, même mauvais, vaut mieux que la rêverie.
«...sert à éclairer la pensée.» — 1868 : les mots en italique
sont omis.
Page 2j6. «. . .qui ne lisent les feuilletons de Théophile Gautier...»
— 18^6 : les feuilletons souvent médiocres de Théophile Gautier. — Cf. notre note sur la page 34.
«...que parce qu'il a fait la Comédie de la Mort.» — Ailleurs
Baudelaire définira Théophile Gautier comme un poëte inconnu. (\'()ir
?• 145 et 333.)
«Je doute fort que Gœthe ait eu des créanciers;...» — 1846 :
eût.
Cet article qui, aux termes d'une note inédite de l'auteur, semble avoir dû s'appeler d'abord L'Ecole vertueuse, parut dans la Semaine théâtrale, numéro du 27 novembre 1851, — et non 1850, comme on lit chez certains. Il avait été annoncé dans le numéro précédent sous la forme d'«un article de M. Charles Baudelaire».
Le dernier texte n'offre avec le premier que des variantes de ponctuation.
S'il est une haine où Baudelaire n'ait jamais varié, c'est assurément celle qu'il portait à VEcole du bon sens. Il l'a affirmée en toute occasion : dans son Théophile Gautier, dans sa seconde étude sur Pierre Dupont,
dans ce morceau-ci, puis encore dans les notes pour le Hihou philosophe. Il la poussait même si loin que, selon toute apparence, c'est sous son aiguillon qu'il se décida finalement à changer de signature :
Si vous aviez i'obligeance d'en dire quelques mots dans vos journaux, écrivait-il à Julien Lemer, à propos de son Salon de 18^6, — de même que si vous m'écriviez, prenez bien garde, je vous en supplie, à TorthograpLc de mon nom : de Fays , en deux mots , avec un y et un tréma et une s. H m'est insupportable qu'on me confonde avec ce drôle qui se permet de s'appeler Dufaï, fort heureusement avec un t et sans f à la fin.
Le crime capital de ce «drôle» était de s'être fait le champion de V Ecole du bon sens,
II faut croire d'ailleurs que les coups qu'aux côtés de Dumas, Gautier, Méry, Houssaye, Vacquerie, Champfleury, Banville, Babou,etc. , il portait à cette école, n'avaient pas été sans effet, car en 1861, candidat à l'Académie, il ne put réussir à joindre Ponsard ni Augier. Au reste, il ne s'était guère fait illusion sur l'accueil qu'il en recevrait :
Tâchez de savoir, mandait-il à Asselineau , non pas si je peux mettre Emile Augier de mon bord (je crois cela impossible) , mais si je peux me présenter chez lui avec sécurité , c'est-à-dire saus me manquer à moi-même.
Est-il lié avec Ponsard ? . . .
En 1862, à propos du Fils de Giboyer qui déchaînait les passions, il écrivait encore : «Je ne m'occupe pas de ces turpitudes-Ià.»
Page 279. — Voir notre note sous la page 160. Page 280. La Ciguë, 18^.
Nous pourrons nous donner le luxe d'un garçon!
Gahrielle , acte I", scène i™.
Page 281. Voir notre note sous la page 161.
Page 282. «...une cohue de poètes abrutis par la volupté païenne. ..» — Voir l'Ecole païenne dans ce même volume.
« O ma belle catholique ! ... » — Nous n'avons pas retrouvé cette
citation-là, mais les équivalents ne sont pas rares, par exemple :
Notre-Dame d'amour en chasuble de soie. . . O ma Sainte, regarde-moi!
Charles Coran, Rimes galantes.
— et même Les Fleurs DU Mal, A une Madone :
Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse. . .
«. . .les maîtresses des poètes sont d'assez vilaines gaupes. . .»
— Sans doute est-ce vers cette époque que Baudelaire avait composé pour lui-même cette épitaphc :
Ci-gît qui, pour avoir par trop aimé les gaupes, Descendit, jeune encore, au royaume des taupes.
«. . .de Lisettes qui se font tout pardonner par la gaieté française, de filles publiques qui ont gardé je ne sais où une pureté angélique...» — Cf. dans notre édition, Les Fleurs DU M AL, p. 325, 327, 352-353, et Curiosités Esthétiques, p. 173.
Page 283. — II faut se souvenir, en lisant cette page, que Baudelaire était encore un démocrate à l'heure où il l'écrivait. Il changera de sentiment, dans la suite, notamment à l'égard de Proudhon dont la rude écorce le rebutera.
■ Jérôme Paturot, de Louis Rcybaud, 1843.
La note placée au bas de la page est de Baudelaire.
Page 284. «Un jeune écrivain. . .attaqua Balzac dans la Semaine.» — Hippolyte Castille, numéro du 4 octobre 1846. Balzac répondit à cet article dans le numéro suivant, 11 octobre.
Page 285. «J'ai un ami. . .» — Sans doute Auguste Dozon (d'Argonne en littérature), ami de la vingtième année, qui avait un fort penchant à moraliser ses camarades. Voir notamment, dans Vers, la pièce intitulée Le Livre , écrit pour un ami.
Page 286. «Si vous êtes sage,. . .» — 1851 : Si vous êtes bien sage.
«M. de Montyon...» — L'Académie avait décerné le prix
Montyon à Augier pour sa Gabrielle, comme jadis elle avait accordé un prix de 10,000 francs à Ponsard pour sa Lucrèce.
Le décret de Léon Faucher, celui du 12 octobre 1851, qui instituait des prîmes pour récompenser les pièces de théâtre jouées avec succès, ayant un but moral et «de nature à servir à l'enseignement des classes laborieuses par la propagation d'idées saines et le spectacle de bons exemples».
«Quand je vois un homme demander la croix. . .» — Ceci
ne devait pomt empêcher Baudelaire, quelques années plus tard, d'espérer la croix. (Voir notre édition des F LEURS DU Mal, p. 359.) Mais peut-être la souhaitait-il surtout en vue de contrebalancer l'eflet moral de sa condamnation; peut-être aussi en était-il venu à partager le sentiment de Stendhal, qui voyait dans les décorations un porte-respect susceptible de le protéger contre les famiharités du vulgaire, et soutenait, pour cela même, qu'un homme de lettres ne saurait en trop recevoir.
Page 287. «Je reviendrai plus tard sur cette question, etc.» — Dans une note de la même époque, Baudelaire indique comme article à faire : «Balzac, auteur dramatique» — et, en 18^4., ses lettres nous le montrent tentant de persuader à Hostein de monter la pièce de Diderot : Est-il bon, est-il méchant?