SUR QUELQUES-UNS DE MES CONTEMPORAINS
(GENERALITES.)
Nous avons dit ailleurs les fortunes successives de ce titre qui, substitué d'abord à ceux de Notices littéraires et d'Opinions littéraires (1859- 1860), fut étendu ensuite aux deux volumes critiques de Bau- <ielaire (1861-1867) et finalement, comme on le voit ici, ne devait plus s'appliquer qu'à une des divisions de l'Art RoAf ANTIQUE.
Ajoutons qu'à l'exception du Banville peut-être (voir nos notes , p. 551-552), tous les morceaux groupés sous cette rubrique furent écrits pour l'Anthologie des PoËTES FRANÇAIS, même ceux qu'on n'y trouve point, c'est-à-dire Auguste Barbier, Pétrus Borel et Hégésippe Moreau, et que, sauf ce dernier, ils parurent tous d'abord à la Revue Fantaisiste, entre le 15 juin et le 15 août 1861. La huitième livraison de cette revue (i" juin) les avait annoncés à paraître prochainement comme suit : Marceline Deshordes -Valmore , Victor Hugo, A. Barhier, Th. Gautier, Pétrus Borel, Le Vavasseur, Pierre Dupont, Leconte de Lisle. Cette annonce reparut telle quelle dans les livraisons subséquentes, diminuée seulement, au fur et à mesure, des noms des poètes déjà étudiés. L'ordre des publications correspondit à celui de l'annonce, hors que Victor Hugo y prit le pas sur M""' Desbordes -Valmore et que la notice sur Banville, annoncée pour la première fois dans la onzième livraison (15 juillet), fut intercalée 'entre celles sur Le Vavasseur et Pierre Dupont.
538 ISOTES ET ECLAIRCISSEMENTS.
Des difficultés sérieuses s'élevèrent entre l'auteur et l'éditeur des Poètes Français au sujet de ces textes, si vives même qu'ils en sortirent brouillés. Baudelaire écrivait à Eug. Crépet :
Je vous en supplie, ne me parlez plus de votre presque nu. J'ai consenti à supprimer dans toutes les notices tout ce qui était trop âpre et pouvait blesser les gens. (^Inédit.)
Puis encore à sa mère (14 avril 1861) :
On m'a tant ennuyé pour me faire remanier les huit notices littéraires, que j'ai déclaré que je préférais rendre les 600 francs que j'avais reçus et ne pas être imprimé. (Voir à ce sujet nos notes relatives aux morceaux sur Hugo, Auguste Barbier, Hégésippe Moreau, Pétrus Borel.)
Dans une lettre à sa mère , il se plaint aussi du peu de som apporté à l'impression de ces textes : «Moi absent, c'eût été affi-eux» (10 juillet 1861). Mais il est possible que cette plainte-là concerne plus l'éditeur de la Revue Fantaisiste que celui de l'Anthologie.
VICTOR HUGO
Cette étude parut d'abord dans la Revue Fantaisiste, 9° li%Taison , 15 juin 1861, sous le titre général : Réflexions sur quelques-uns de mes Contemporains, I, et accompagnée de la note suivante :
Ces fragments sont tirés d'un tableau général de la poésie française, qui doit être publiée {sic) par la maison Gide;
puis dans le tome IV des PoËTES Français (1862), où le titre était suivi de la mention : né en 1802.
Ces textes sont presque identiques. Nous avons retenu celui de 1868, en V rétablissant toutefois quelques mots qui semblaient omis.
Voir nos notes, p. 483-489 et 560-562.
Dans ses Curiosités sur Baudelaire (Messein, 1912), M. Louis Thomas a donné sous la date 1862 des fragments d'un billet qui ne figure pas dans le recueil des Lettres, et que Baudelaire aurait adressé à un directeur de revue au sujet de- cette étude :
Je n'ai pas fintention de produire 16 pages. — J'ai oublié votre pri.x de rédaction. — Je ne m'occupe pas d'une considération aussi vile. — Je
tâcherai de dire en dix pages maximum ce que je pense de raisonnable sur Hugo. — J'esquiverai la question politique; d'ailleurs, je ne crois pas possible de parier des satires politiques, même pour les blâmer. Or, si j'en parlais, bien que je considère l'engueulement politique comme un signe de sottise, je serais plutôt avec Hugo qu'avec le Bonaparte du Coup d'Etat...
L'article qui est ici mentionné formant, dans l'Anthologie, tout juste un peu plus de dix pages et ayant paru à la Rame Fantaisiste en 186 1, il semble bien que le billet ait eu pour destinataire Eugène Crépet et il semble certain qu'il en faille rectifier la date.
II est question de cet article dans une lettre inédite qu'Hugo adressait à Ch. Asselineau en mars 1869 pour le remercier de l'envoi de son Charles Baudelaire ;
J'ai rencontré plutôt que connu Baudelaire. Il m'a souvent choqué et j'ai dû le heurter souvent ; j'en voudrais causer avec vous. Je pense tous vos éloges avec quelques réserves. Le jour où je le vis pour la dernière fois, en octobre 1865, il m'apporta un article écrit par lui sur la Légende des Siècles, imprimé en 1859. . .où il semble adhérer profondément à l'idéal qui est une conscience littéraire, comme le progrès est une conscience politique. Il me dit en me remettant ces pages : Vous reconnaîtrez que je suis avec vous. Je partais. Nous nous sommes quittés, je ne l'ai plus revu. C'est un des hommes que je regrette.
Page 300. «. . .de dire à la nature extérieure : ...» — 1868 : les mots en italique sont omis.
«... le goût du beau et même du bizarre , exprimé par la plastique. . .» — Texte de 1861 : exprimée.
«. . .mais encore il apparaissait. . .» — 1862 : mais encore apparaissait.
Page 301. «. . .qu'un curé de Saint-Roch. . .» — II s'agit probablement de l'abbé Jean-Baptiste Marduel, curé de Saint-Roch de 1749 à 1787, qui avait organisé tout particulièrement l'assistance charitable dans sa paroisse, ou bien de son neveu qui lui avait succédé, Claude-Marie Mardiiel, curé de 1787 à 1833. — Baudelaire citera à nouveau ce trait de générosité dans son article sur les Misérables
«...si je vois un homme de lettres, non opprimé par la misère,
négliger ce qui fait la joie des yeux et l'amusement de l'imagination. . .» — Il faut se rappeler à ce sujet que Baudelaire, malgré
j4o NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
la misère qui l'opprimait et bien que condamné par elle à l'hôtel meublé, avait constitué une véritable petite collection de bibelots, porcelaines, estampes.
«...dans les promenades fourmillante d'enfants,...» — 1861 :
fourmillant d'enfants.
«...des lieux bouillonnant de vie humaine;...» — 1861 :
bouillonnants.
«... sa voix s'est approfondie en nvahsant avec celle de
l'Océan.» — Ce n'est pas précisément ce qu'il devait écrire à Ancelle quelques années plus tard (12 février 1865) : «II paraît que lui (V. Hugo) et l'Océan se sont brouillés. Ou il n'a pas eu la force de supporter l'Océan, ou l'Océan lui-même s'est ennuyé de lui, etc.» Et, dans les Journaux intimes : «. . .il croit que, par un Jîat de la Providence, Sainte-Hélène a pris la place de Jersey».
Page 302. «. . .un de ces esprits rares et providentiels. . .» — II est à remarquer que cette idée de la providentialité hante continuellement Baudelaire. Tout grand homme est un effet de la providentiahté : Delacroix, Hugo. Ou même tout homme qui préside aux destinées d'un peuple : «Ce qu'est l'empereur Napoléon III. Ce qu'il vaut. Trouver l'explication de sa nature et sa providentialité.» [Mon cœur mis à nu.)
«...comme d'autres dans l'ordre moral et d'autres dans l'ordre
politique.» — 1868 : les mots en italique sont omis.
Page 303. «...par la main des ar<;hitectes érudits...» — 186 1-1862 : par la main d'architectes.
«...plus vivement dans nos caurs : ...» — 1862 dans nos
esprits.
Page 304. «Fourier est venu un jour.. » — Voir sa Théorie de l'unité universelle.
Page 305. (( . . . le ciel est un très-grand homme, n — Voir Du Ciel et de ses merveilles, § 59.
Pour Lavater, voir son Art d'étudier la physionomie (177-2) et ses
Fragments physiognomoniques ( 1 774).
Page 306. «Je vois dans la Bible...» — Ezécbiel, II, 9, et III, i, 2, 3. «... chacun à son tour est appelé à conquérir le monde
Cette même idée le poussera tout à l'heure à supposer la France disparue (p. 335).
Page 307. — Pour ce que Baudelaire dit ici de l'universalité des génies, cï'. CuK/OS/ TÉS EsTf/ÉT/QUES, p. III.
Page 310. «Le fort qui devine. . .» — 1861 : Le fort devine.
« ..ces accents d'amour pour les femmes tombées...» —
En 1846, Baudelaire s'était montré moins favorable pour «la littérature Marion Delorme , qui consiste à prêcher les vertus lèes assassins et des {i\\esTpuhYic[uesn.[Cofi/usi TÉS Esthétiques, p. 173.) — Voir aussi notre note, p. 561, à propos des Misérables.
— — «Un sourire et une larme dans le visaire d'un colosse, c'est une originalité presque divine.» — On lit dans Fusées, recueil qui bien souvent a l'apparence d'un «crachoir» d'expressions bien venues : «Grand sourire dans un beau visage de géant.»
«II ne s'agit pas ici de cette morale prêcheuse, etc.» — On
sait qu'au contraire c'était précisément cette morale prêcheuse qui séparait le plus Baudelaire de Victor Hugo.
Page 311. La Pente de la rêverie. Les Feuilles d'Automne, XXIX.
Page 313. «Que de5 systèmes et de5 groupes nouveaux...» — 1868 : Que de systèmes et de groupes.
Page 314. — Pour le sentiment intime de Baudelaire sur la Légende des Siècles, voir notre note, p. 484. — Il écrivait, d'autre part, à Poulet-Malassis, le i" octobre 1859 : uLa Légende des Siècles a décidément un meilleur air de livre que les Contemplations, sauf encore quelques petites folies modernes.»
Page 31^. «.Malgré tous les honorables efforts d'un philosophe français. . .» — Allusion au Napoléon de Quinet (1836).
«...comme un personnage légendaire,...» — 1861-1862 :
comme personnage légendaire.
Page 316. «Ceci est déjà une considération importante, qui témoigne d'une connaissance absolue de tout le possible de la poésie mo-
derne.» — Cf. dans la Genèse d'un poème, l'éloge de la pièce brève. Baudelaire avait pris à son compte les idées de Poe sur ce sujet et les a préconisées plusieurs fois. — Voir aussi notre note sous la page 167.
Page 317. «. . .le poëte chéri et yénéré. . .» — Quand on connaît les sentiments intimes de Baudelaire à l'égard d'Hugo, on est évidemment en droit de s'étonner.