L ART BYZANTIN
Parlons d'abord de Byzance.
Vart byzantin, disions-nous, était venu de Rome, il devait ressembler à Fart romain. C'est vrai. Mais remarquez deux choses :
D'abord, ces empereurs de Byzance étaient devenus chrétiens et leurs peuples avec eux. Or, vous avez vu à
FiG. 48. — Vue extérieure dune église byzantine (Sainte-Sophie de Constantinople).
propos de l'Egypte combien la religion a d'influence sur l'art. Les artistes byzantins n'étaient plus des païens ; ils n'adoraient plus Vénus, Minerve, Diane, mais Dieu, mais le Christ, la Vierge. Tout naturellement leurs œuvres se ressentirent de ce grand changement dans leurs pensées. Ce n'est pas tout. Byzance, c'était comme la porte de l'Europe ouverte sur l'Orient. Entre elle et l'Asie il
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n'y a qu'un bras de mer qu'un bon nageur peut franchir en quelques heures. Des relations de commerce, de politique, s'établirent bien vite entre le nouvel empire et les peuples asiatiques. Or, l'art de ces peuples ne ressemblait en rien à celui de la Grèce ou de Rome : il ressemblait plutôt à l'art de l'Egypte. De là vint que les artistes byzantins, au contact de l'Orient, se laissèrent aller à oublier un peu ces grandes et simples règles du Beau établies par la Grèce et recueillies avec respect par Rome : ils les altérèrent pour y mêler les idées orientales.
Mais rien ne vaut la vue pour se rendre compte des choses de l'art, et en regardant ces gravures (fig. 48, 49) vous comprendrez bien mieux ce que je veux dire.
Elles représentent une église byzantine, d'abord telle qu'elle apparaît, du dehors et d'un peu loin, puis telle qu'elle est à l'intérieur.
Une église, une église chrétienne ! Rien que ces mots vous avertissent que nous ne sommes plus dans l'art grec ou romain, dans un de ces temples ouverts à la lumière et à l'air comme la religion païenne était ouverte à la nature. Ici on prie, on se recueille devant le mystère du Dieu chrétien. Déliantes voûtes, à demi ténébreuses, une lumière discrète venue d'en haut, tout est fait pour inviter au silence etàla méditation. Voyez, dans la première gravure (fig. 48), le toit rond de l'église. C'est ce qu'on nomme une coupole. Rien de semblable dans les œuvres grecques ou romaines. C'est une invention venue de l'Asie. Mais surtout voyez, dans cette gravure, comme le monument paraît embrouillé, confus. Quelle différence avec la majestueuse silhouette du temple de Neptune, avec l'élégante Maison carrée! Ah! je sais bien pourquoi! L'artiste qui a fait l'église était chrétien. Ce qui le préoccupait, ce n'était pas de
tiû. 49. — Vue intérieure dune église byzantint (Saint-Vital, à Ravenne).
frapper les yeujc, de les réjouir, mais d'émouvoir les âmes : le dehors de son monument, il ne s'en souciait guère pourvu que l'intérieur fût selon son idée, selon sa piété, et que les fidèles s'y sentissent pénétrés de la présence de Dieu.
Que reste-t-il donc de grec ou de romain dans ce
FiG. 5o. — Mosaïque de l'église Saint-Vital, à Ravenne.
monument? Bien des choses, dont voici la plus frappante: regardez les piliers (fig. 49). Le chapiteau est nouveau : cette espèce de pyramide renversée qui en supporte une autre, nous ne l'avons point rencontrée dans l'art de la Grèce. C'est cependant une forme dégénérée du chapiteau corinthien. Les feuilles d'acanthe ont disparu ; mais il reste l'élargissement, l'épanouissement du fût de la colonne pour servir de support.
Mais voici qui nous éloigne davantage de l'art grec. C'est