‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 14 sur 32 · L ART ARABE IQI · texte numérisé non relu

L ART ARABE IQI

une peinture qui décore la muraille de l'église (fîg. 5o). Elle représente l'empereur et l'évêque de Byzance entourés de leur suite.

Les vilains bonshommes! allez-vous dire. C'est vrai, ils ne sont pas beaux, avec leurs grandes tuniques raides, leurs grands pieds plats, leurs visages presque tous laids ou vulgaires. Oui, mais comme ils devaient être ressemblants ! Avec quelle sincérité l'artiste a fidèlement copié leurs vrais traits, sans les embellir ! Et puis, regardez de plus près : quelle expression d'ardente piété dans le maigre visage de l'évêque, quelle majesté aisée dans l'attitude de l'empereur. Observez aussi comme le groupe est habilement disposé, distribué autour de la figure centrale.

Quant à Y art des Arabes^ mes enfants, une seule gravure va suffire pour vous en faire saisir l'originalité.

C'est l'intérieur d'un palais merveilleux qui existe encore à Grenade (fig. 5ii. Ce qui vous frappe ici, n'est-il pas vrai ? c'est à la fois l'élégance et la richesse du monument. L'élégance est surtout visible dans la double allée de piliers minces, sveltes, presque grêles, supportant des arches étroites et hautes. La richesse éclate dans la profusion d'ornements, de sculptures fines et serrées comme une admirable broderie, qui revêtent l'entre-deux des arches, et les arches mêmes. Ces ornements sont si particuliers à l'art arabe qu'on les appelle des arabesques . Et que serait-ce si, au lieu d'une simple gravure faite de noir et de blanc, nous pouvions vous montrer les couleurs de ces arabesques, le bleu, le vert, le rouge, For, se mêlant, se jouant en mille et mille capricieux dessins, dont pas un ne ressemble à l'autre !

Regardez bien, et vous comprendrez le vrai caractère de

FiG. 5i. — Palais de l'Alhambra, à Grenade.

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l'art des Arabes. Cet art n'est pas grand, simple, puissant, majestueux, comme ceux de l'Egypte, de la Grèce ou de Rome. Non, mais il est charmant. Le charme, voilà ce qui caracte'rise toutes les œuvres de ce peuple. Charmer les yeux, les enchanter, les éblouir, voilà ce que veut l'artiste arabe. Et comme il sait y re'ussir! Comme tout ce qu'il fait est gracieux, éle'gant, riche, distingué ! Il possède, cet artiste, une qualité que le Grec eût écartée avec mépris. Savez-vous laquelle ? La fantaisie.

La fantaisie, le caprice. Il s'amuse à broder la pierre, à la tailler comme une dentelle, puis à la peindre de mille •couleurs, à disposer partout pour notre plaisir un dessin nouveau, une surprise, une grâce inattendue.

Certes, nous ne sentons pas ici cette émotion profonde, solennelle, qui nous a saisis devant la parfaite beauté des grandes œuvres grecques, ou devant le mystère inquiétant d'un monument égyptien. Mais il est bon de n'être pas toujours ému. La joie légère, le plaisir ont bien aussi leur mérite. Ne dédaignons pas les Arabes : dans ce petit royaume de la grâce, de l'élégance et de la fantaisie, ils furent les maîtres souverains. Nul ne les a égalés ni approchés.

RÉSUMÉ ET QUESTIONNAIRE

Quel fut le sort de cet art romain dont nous avons admiré les merveilles ? — Il disparut dans la tourmente quand les invasions des Barbares anéantirent l'empire romain. Ces peuplades grossières, sauvages, ne pouvaient comprendre ni respecter ' la civilisation romaine : elles la détruisirent. L'^art, qui avait brillé d'une si vive lumière sur tous les points de l'immense empire, s'éteignit pour de longs siècles et le monde retomba dans les ténèbres de la barbarie.

Ne vit-on point, dans cette nuit universelle, la lumière briller sur deux points du monde ? — Oui, à Byzance, où s'étaient réfugiés les empereurs de Rome, et en Espagne, où les conquérants arabes avaient fondé un royaume florissant.

Que dire^-vous de l'art by:{antin ? — Il ressemble à l'art grec ou romain et il en diffère. II lui ressemble parce que les artistes byzantins étaient les lîls des artistes romains : en quittant Rome ils avaient emporté les traditions, les principes romains. Il en diffère parce que ces artistes étaient des chrétiens et vivaient aux portes de l'Orient. Les idées chrétiennes et l'influence de l'art oriental ont marqué l'art byzantin d'une profonde empreinte.

Rende:^ votre pensée plus sensible par un exemple. — Eh bien, si nous observons une église byzantine, nous y retrouvons des colonnades grecques ou romaines. Mais nous y voyons aussi des voûtes obscures, favorables au recueillement et une disposition intérieure en forme de croix : cela est chrétien. Puis sur ces voûtes pèse une vaste coupole ronde : ceci vient de l'Orient.

Parle:<[-moi de l'art arabe. — C'est un art aussi différent que possible de l'art grec. Au lieu de rester simple, sévère, l'artiste arabe cherche à éblouir et à enchanter le regard. Pour cela, il multiplie les ornements, il prodigue les couleurs. Mais il reste toujours élégant, gracieux. Devant ces œuvres, on n'est pas ému, on est charmé. On admire l'inépuisable imagination de l'artiste, son adresse prodigieuse, la richesse des détails, l'harmonie de l'ensemble.

FiG. 52. — Arabesque.

FiG. 53. — Ornement roman.

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