L ART CHRETIEN
1° — L'Époque romane.
Nous avons dit, mes enfants, comment Tart antique fut englouti sous les flots des hordes barbares, comment s'éteignit cette pure lumière de beauté' qui, pendant une si longue suite de siècles, avait illuminé le monde. Il sembla un instant que Fart était bien mort, que plus jamais le monde ne le verrait renaître.
Mais Tart est immortel. Il a commencé avec Thumanité, il ne finira qu'avec elle. Tant qu'il y aura des hommes, il se trouvera parmi eux un petit nombre d'artistes pour créer de belles œuvres, et des milliers d'admirateurs pour les comprendre et les goûter.
Quelques siècles s'écoulèrent sans que l'art reparût. C'est que la guerre et le désordre étaient partout. Il fallait laisser à cet effroyable ébranlement le temps de diminuer
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et de cesser enfin, aux barbares vainqueurs le temps d'arrêter leur course vagabonde, de se fixer dans les contre'es conquises et d'y former des nations. C'est l'époque — • vous vous le rappelez — où la Gaule devient la France, où la Germanie devient l'Allemagne, où un ordre nouveau s'établit lentement sur les ruines de l'ancien. C'est à ce moment que l'art commence à reparaître.
D'où va-t-il sortir, cet art nouveau ? Du peuple ? Non : le peuple est devenu esclave ; il commence, sous le joug de fer de ses maîtres, cette lugubre servitude qui ne prendra fin que dans la nuit du 4 août 1789, à la Révolution. Des maîtres du peuple ? Non : ces maîtres sont des barbares ignorants, grossiers, farouches, qui ne savent rien que se battre avec courage.
Mais il y a dans ce rude monde féodal, il y a, mes enfants, une retraite paisible où l'instruction, la délicatesse, les douces vertus, les hautes pensées, ont trouvé un asile. Cette retraite, ce sont les cloîtres des moines chrétiens. Là, dans l'ombre des voûtes pieuses, loin du bruit des armes, loin des cris de souffrance et de haine, vivent des hommes plus occupés du ciel que de la terre. C'est eux qui donneront à l'humanité nouvelle les artistes qui lui manquent encore, et leurs premières œuvres seront des églises.
Des églises, mes enfants, il y en avait déjà, et depuis longtemps, puisque tous ces peuples étaient chrétiens. Vous vous rappelez que les Barbares se laissèrent toucher par la religion du Christ et que de proche en proche, en quelques siècles, cette religion finit par régner sur le monde. On priait donc.
Mais, faute de goût pour l'art, faute de loisir, faute d'instruction, on n'avait pas élevé à la religion nouvelle