‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 16 sur 32 · L ÉPOQUE ROMANE I O · texte numérisé non relu

L ÉPOQUE ROMANE I O

de temples dignes d'elle. On s'était contenté d'aflfecter au culte la « maison commune » — ou, comme Ton dirait de nos jours, la mairie ou le prétoire — qui s'était élevée, sous la domination romaine, dans chaque ville, dans chaque bourg. C'était, généralement, une longue salle rectangulaire, dont la toiture était supportée par deux rangs de colonnes, tantôt en pierre, tantôt en bois, selon la richesse du lieu. C'est là que les citoyens romains, les membres du conseil de la cité venaient débattre les affaires publiques. Devenue chrétienne, la ville consacra l'édifice à la célébration du culte. On se contenta de le modifier légèrement, de réserver le fond aux prêtres, d'y dresser un autel et une chaire, de suspendre sur les côtés des tribunes pour les femmes.

Plus tard, on y apporta des changements plus importants : d'abord on coupa la longue halle rectangulaire par une autre halle transversale, de manière que l'édifice figurât une croix. Puis on éleva, de chaque côté de la porte, une tour, qui devint par la suite un clocher, mais qui, à cette époque de guerres incessantes, servait pour la défense de l'église. Enfin on creusa, sous le sanctuaire, une crypte^ sorte de chapelle souterraine, qui reçut les tombes des hauts dignitaires du clergé.

Tel fut l'état des choses pendant neuf ou dix siècles. C'est seulement aux environs de l'an mille que l'on vit se produire les premiers signes d'une renaissance de l'art. Comme je vous le disais, ce fut des monastères que sortirent les nouveaux artistes.

Au fond des vallées solitaires, au centre des forêts, au confluent des rivières, dans des lieux retirés et paisibles s'élevaient les cloîtres chrétiens. Les hommes qui s'y étaient réfugiés étaient les seuls hommes instruits de leur

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temps. Seuls ils savaient lire et écrire. Seuls ils travaillaient les métaux pour, faire les calices et les ciboires de la messe. Seuls ils maniaient les pinceaux pour illustrer de

FiG. 54. — Extérieur d'une e'glise romane. (Notre-Dame-la-Grandc, à Poitiers.)

délicates peintures les livres manuscrits qu'ils copiaient. Seuls, enfin, ils devinrent architectes pour élever des églises.

Regardez cette gravure. Elle représente la façade d'une

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des plus belles cathe'drales de cette époque que Ton a appelée V époque romane : c'est l'église Notre-Dame-la- Grande, de Poitiers (fig. 54).

Quels sont les caractères qui vous frappent dans ce bel édifice ? D'abord la force, la robuste solidité de l'ensemble. Voyez, en effet : il y a peu d'ouvertures, peu de vides à cette grande façade massive. Il n'y a, à vrai dire, que l'ouverture du portail et celle de la grande baie vitrée qui le surmonte. Les autres vides ne sont que des niches^ c'est-à-dire des creux ménagés dans le massif de maçonnerie pour recevoir des statues ou des colonnes : le mur n'y est pas percé à jour.

Mais, si nous regardons de près, l'impression de solidité, de sévérité, tient encore à autre chose.

Vovez comme les colonnes qui soutiennent l'arche du portail sont courtes et grosses. Et même les hauts piliers des deux tourelles latérales ont la même apparence d'épaisseur trapue. Rien, ici, ne rappelle l'élégance, la sveltesse des piliers grecs, la minceur exquise des colonnettes arabes. Tout est robuste, épais, massif.

Cependant, mes amis, il y a dans ce monument autre chose que de la force : il y a de la richesse. Voyez ce double rang de statues, voyez les sculptures si fines, si fouillées, qui bordent, comme d'un triple rang de dentelles, le cintre du portail.

Mais voici une autre gravure qui vous montrera mieux encore ce caractère de l'art roman. C'est une porte d'église (fig. 55). Et, pour le dire en passant, vous y pouvez voir que la sculpture, elle aussi, a fait son apparition dans ce monde du moyen âge en même temps que l'architecture. Regardez : encore une voûte énorme, très large pour son peu de hauteur, et portée sur des piliers bas et épais.

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Mais quelle profusion d'ornements, et comme ils sont gracieux, depuis les cannelures des piliers jusqu'aux fleurs

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FiG. 55. — Porte de l'église romane de Vézelay (Yonne).

de pierre qui forment Tourlet supérieur de l'arcade! Voyez avec quel art l'ouvrier a dissimulé l'épaisseur massive du pilier central en le divisant en plusieurs colonnes.

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