‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 18 sur 32 · L ART CHRETIEN · texte numérisé non relu

L ART CHRETIEN

2". — L'Époque gothique.

Nous venons de voir, mes enfants, un art nouveau, fils du christianisme, naître au commencement du moyen âge. En contemplant ses premières œuvres, nous y avons reconnu l'image de cette sombre e'poque : la gaucherie d'artistes encore inexpe'rimente's, la piété ardente qui remplissait leur âme, l'épouvante qui la hantait à l'approche de Tan mille.

Maintenant Tan mille est passé, le défilé sinistre est franchi. Le monde, qui s'était couché pour mourir, s'aperçoit avec ravissement qu'il a tremblé sans cause ; la joie, rivresse de vivre, le transportent ; il se sent jeune, fort, plein de reconnaissance envers son Dieu. Sous l'influence de ces sentiments, des milliers d'œuvres d'art naissent de tous côtés. Ce sont surtout des églises, hommage de gratitude à la Divinité qui a épargné les hommes : elles sortent de terre dans toutes les grandes villes.

1 16 l'art

C'est aussi le moment où les rois assurent et étendent leur pouvoir, et avec leur pouvoir Tordre et la prospérité. On est plus tranquille, on a plus de loisir, l'artiste pour créer des chefs-d'œuvre, le spectateur pour les admirer. On a plus d'argent aussi, et c'est encore l'art qui en profite. Bientôt viennent les croisades, qui ouvrent à nos rudes ancêtres l'Orient, le mystérieux et brillant Orient, avec sa civilisation raffinée, ses monuments, ses statues, ses peintures, ses riches étoffes : merveilleux spectacle, qui excite l'imagination de nos artistes et développe leur goût et leur ressource.

Il sufîit de jeter un coup d'œil sur un monument de l'art gothique ( c'est le nom que porte l'art de cette époque) pour coniprendre qu'une transformation a eu lieu, que l'artiste est devenu plus hardi et plus savant.

Regardez cette gravure. Elle représente l'église Notre- Dame de Paris (fig. 59). Est-ce là un monument de l'époque romane? Oh ! non. L'artiste roman était un novice : il n'osait pas percer ses murs de larges ouvertures, son œuvre était massive et lourde, ce n' est pas lui qui se fût hasardé à élever ces deux hautes tours sur des murailles découpées à jour. Certes celui qui a fait cette église n'est plus un apprenti, c'est un homme en pleine possession de toutes les ressources de son art. L'inexpérience, la naïveté, la lourdeur, ont disparu. A leur place sont venues l'élégance et la grâce.

Où se révèlent-elles, cette grâce, cette élégance ? Partout pour ainsi dire. Dans l'arche élancée des trois portails, dans la triple percée du premier étage, dans l'admirable galerie de colonnettes qui couronne l'étage supérieur, dans la longue et étroite baie double qui troue chacune des tours pour en alléger la masse, et enfin,

si nous y regardions de plus près, dans les mille détails des ornements.

Nous venons de parler de Tarche des portails : regardez, voici du nouveau. Jusqu'ici, nous n'avons vu que des arches en demi-cercle (voir la figure 55, à l'Entretien précédent), en forme de moitié de roue, ou, comme on dit, en plein cintre.

Ici plus de cintre. Les voûtes du portail sont formées de deux arcs qui se rejoignent à leur sommet ; elles sont pointues. Et ce n'est pas seulement le portail qui présente cette disposition nouvelle, ce sont les ouvertures des vitraux, les détails de la rosace, les niches des statues, les arches de la galerie, et même, nous le verrons en pénétrant dans la cathédrale, les voûtes intérieures de la nef. Partout le double arc gothique, ou pour lui donner son vrai nom, Vogive., a remplacé le plein cintre roman.

Immense progrès, mes enfants ; Je vais essayer de vous dire pourquoi.

Ce n'était pas bien élégant, le plein cintre. C'était large, trapu, lourd, timide ; cela condamnait toutes les ouvertures à rester courtes, toutes les voûtes à rester basses. Le plein cintre, voyez-vous, retenait l'édifice roman dans son élan vers le ciel, le clouait à la terre.

C'est l'ogive qui l'a délivré. Elle a rompu ses liens, lui a rendu l'essor. Qu'est-ce que c'est que l'ogive? C'est le triomphe de la hauteur sur la largeur, c'est par excellence la forme élancée, élégante, harmonieuse et fière. Avec l'ogive, l'artiste a pu élever son monument aussi haut qu'il lui a plu sans rompre l'équilibre, le percer de mille ouvertures sans compromettre la solidité. Il a pu donner à l'ensemble et aux détails une forme pareille à sa propre pensée : haute, dirigée vers le ciel. L'ogive, mes enfants,

EPOQUE GOTHIQUE

c'est rexpression la plus complète de Tart chrétien, c'est l'âme chre'tienne traduite en pierre.

Voici trois dessins (fig. 60, 61, 62) qui nous permettent de suivre les progrès de l'ogive : d'abord composée d'arcs tout

Style primaire, Stjle rajonnant, Style flambloyant.

Fig. 60, 61, 62. — Fenêtres ogivales.

simples, comme elle fut d'abord et comme vous la montre la première gravure, puis de plus en plus ornée et compliquée, comme vous pouvez voir dans les deux suivantes.

Je vous ai dit que la forme ogivale régnait à l'intérieur des édifices aussi bien qu'à l'extérieur. Regardez cette gravure : elle représente la nef de l'église Notre-Dame de Paris (fig. 63). Vous remarquez que les piliers, formés de minces colonnettes accolées soutiennent de hautes voûtes en ogive. L'église a gagné en hauteur, et par conséquent en noble élégance, sans que la solidité soit compromise.

Reportez-vous aux premières pages de ce livre, et regardez la figure 5. Elle représente la cathédrale de Chartres. Vous apercevez dans cette gravure un artifice employé par les architectes de cette époque pour assurer la soli-

dite de l'édifice malgré son énorme hauteur : je veux parler

FiG f)'^ — Noti(--Dime di. Puis (IntLiaui)

des contreforts ou arcs-boiitants^ que vous voyez appliqués le long du côté de l'église, et aussi sur la moitié

eùf.^y--

FiG. 64. — Cathcdrak de Reims.

inférieure des deux clochers. Ce sont cie véritables étais de niaçonnerie, qui soutiennent la poussée des voûtes, comme ces poutres que les charpentiers appuient contre un mur qui menace ruine.

L'admirable cathédrale que voici (fig. 64) est celle de Reims; elle appartient, comme vous voyez, à l'époque de Togive ornée et compliquée, dont le caractère dominant est la richesse, la multiplication des ornements. Que nous voici loin de la naïve et touchante basilique romane !

Ne vous figurez pas, mes enfants, que Tarchitecture gothique ne s'appliqua qu'aux monuments religieux. Quand un art est si puissant, si riche, si savant, il engendre les oeuvres les plus variées, il envahit toute la vie d'un peuple, la vie civile ou militaire aussi bien que la vie religieuse : rien ne lui échappe. Regardez cette ravissante maison du xv" siècle (fig. 65). C'est celle d'un bourgeois de Bourges, nommé Jacques Cœur. Ici encore vous reconnaissez l'ogive dans les deux portes, dans une partie des fenêtres et dans le petit be^roi de gauche.

N'allez pas non plus vous imaginer que l'architecture fut le seul des trois arts que l'on pratiqua. La peinture, la sculpture, l'orfèvrerie, l'art de ciseler les métaux, de tisser des tapisseries, toutes les formes de l'art fleurissent et portent des fruits.

Les plus intéressantes peintures de cette époque sont celles qui s'exécutaient en assemblant des morceaux de verre de diverses couleurs. Vous n'ignorez pas que les ouvertures qui éclairent les églises sont munies de vitraux (c'est le nom de ces verres coloriés). L'art du vitrail naquit en même temps que l'architecture chrétienne et se développa avec elle. Voici (fig. 66) l'un des plus beaux spécimens

des vitraux de cette époque : il se trouve dans Téglise Notre-Dame de Poitiers. Naturellement vous ne pouvez juger sur cette gravure que du dessin : les couleurs sont

FiG. 66. — Vitrail, à Notre-Dame de Poitiers.

absentes. La scène représente Fempereur romain Néron faisant couper la tête à saint Paul. Observez la naïveté de cette peinture : on dirait l'œuvre d'un enfant maladroit. Voyez le pied droit de l'apôtre, la barbe de l'empereur, le geste du bourreau ; comme tout est gauche et enfantin, n'est-ce pas? (Ces barres noires qui hachent le dessin sont

EPOQUE GOTHIQUE

les barrettes de plomb qui servent à assembler les petits morceaux de verre.)

On ne peignait pas encore de tableaux, comme l'on fit plus tard. La peinture,à cette époque comme dans l'antiquité, n'était qu'une façon d'orner les objets, les églises, les maisons , les meubles, les livres. Voyez ce joli dessin ffig. 67).

C'est une mitiiature, c'est-à-dire une petite peinture, qui ornait le Psautierdu bon roi saint Louis. Elle représente une scène de la Bible.

Le naïf artiste a revêtu ses personnages des cos -

tûmes de son ^"^- ^7- — Miniature du Psautier de saint Louis.

temps. Et quels gracieux ornements que ceux qui encadrent la délicate miniature !

En voici une autre (fig. 68), plus intéressante encore. Elle figurait dans le Livre d'heures du duc de Berry, frère du roi Charles V. Le château qui en occupe le fond est le Louvre, le Louvre de Paris. Ceux d'entre vous qui habitent Paris auront peine à le reconnaître. Le fleuve qui coule au pied du château est la Seine. Sur le premier plan, un champ que deux paysans hersent et anse-

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mencent, tandis que, derrière eux, un bon bourgeois de la grand'ville chasse paisiblement aux alouettes à l'aide d'une arbalète et d'un filet.

La sculpture gothique, comme la peinture, est surtout religieuse : ses œuvres sont presque toutes destine'es à embellir les églises. Aussi la cathédrale gothique est-elle un véritable musée de sculpture. Tout un peuple de statues habite les niches de la façade, se dresse au rebord des toits, se cache à demi dans l'ombre discrète de la nef. Ce sont des monstres, des animaux, ce sont des scènes de la vie de chaque jour, ou bien d'autres scènes empruntées à l'histoire sainte ; mais surtout ce sont les légions mystiques des saints et des saintes, les apôtres, le Christ, le Père céleste, les anges. C'est toute la foi ardente et naïve du moyen âge, ses espérances, ses consolations, ses terreurs. Le sculpteur a pris ses sujets dans son âme et dans celle de son temps.

Quel temps, mes amis ! Essayez de vous y transporter par la pensée. Voyez : des millions de misérables sont courbés sur la terre, qu'ils trempent de leur sueur et de leur sang, livrés sans espoir et sans protection à la tyrannie des seigneurs, qui peuvent à leur gré les piller, les fouetter, les tuer, les torturer. Point de justice, ou une justice cruelle, stupide et inique. Point de sécurité : sur toutes les routes, des brigands ; dans la moitié des provinces, la guerre ; dans l'autre moitié, la peste et la famine. Point de bonheur, que pour un petit nombre de grands personnages. Ah ! mes enfants, que l'humanité a donc souffert ! Jamais vous ne le saurez assez, jamais votre cœur ne sera assez pénétré de pitié et de tendresse pour cette longue lignée d'obscurs martyrs dont nous sommes

FiG. 68. — Miniature du Livre d'heures du duc de Berry.

les fils. Dans ces te'nèbres, une seule lumière brille, un

refuge est ouvert : l'e'glise. Là le mise'rable pose un instant son fardeau, oublie sa misère ; il prie, et devant ses yeux s'ouvre un rêve radieux : le royaume du ciel, le règne de Jésus le Débonnaire qui consolera les affligés, de Jésus le Vengeur qui écrasera l'oppresseur, le règne de la Paix, de la Justice et de l'Amour.

Mes enfants, ce rêve, c'est celui qu'a exprimé le sculpteur, parce qu'il l'a trouvé dans son âme.

Regardez cette belle statue, qui se trouve au portail de la cathédrale d'Amiens (fig. 69). C'est un Christ.

Quelle expression de douceur sereine, de tendresse calme l'artiste a su donner au visage ! Ici toute maladresse, toute inexpérience ont disparu. L'attitude est juste et vivante. La draperie est belle. La tête et les membres sont exécutés avec l'exactitude d'un homme qui a observé et qui sait reproduire ce qu'il observe. Mais ce qui domine,

c'est l'expression, c'est le sentiment qui inspire la statue

comme elle inspirait l'artiste.

FiG. 69. — Le Christ,

au portail de la cathédrale d'Amiens.

EPOQUE GOTHIQUE

RESUME ET QUESTIONNAIRE

Qu'appelle-t-on l'art gothique? — C'est l'art qui suivit le roman, c'est l'art des xi'^, xii^, xin^, xiv^ et xv^ siècles.

Par quels caractères se distingue-t-il du roman? — Le roman est l'enfance, le gothique est l'âge viril de l'art chrétien. L'artiste gothique est devenu sûr de lui : il sait son métier, il a plus de ressources, plus d'idées, plus de goût.

Quel est le caractère de l'architecture gothique? — C'est l'ogive. L'ogive remplace partout le plein cintre.

Est-ce là un simple détail, une forme un peu plus élégante, ou bien est-ce une vraie révolution dans l'art de bâtir? — C'est l'un et c'est l'autre à la fois. Grâce à l'ogive, la lourdeur disparaît, l'éditice s'élève, s'élance. Par là, il exprime mieux, avec plus de puissance, le sentiment qui domine ces siècles de foi et de misère : la supplication ardente, l'espérance religieuse.

l'u;. 70. — Le Diable.

(Sculpture à la façade de Notre-Dame de Paris.)

FiG. 71. — Ornement Renaissance.

onzip:me entretien

LA RENAISSANCE

En Italie.

ARRÊTONS-NOUS un instant, mes petits amis, et jetons un regard en arrière sur le chemin que nous avons parcouru ensemble.

Au commencement, nous avons vu l'art païen naître et se de'velopper en Grèce, puis se répandre à Rome et dans Tempire romain, c'est-à-dire dans le monde entier alors connu, qu'il couvre de ses œuvres admirables.

Tout à coup, du fond des steppes myste'rieuscs de l'Orient et des plaines du Nord, le flot noir des hordes barbares se rue sur cette civilisation magnifique, la submerge et la de'truit. La nuit et le, silence se font sur le monde pour quelques siècles.

Mais un jour, voici que le flambeau de Tan, qui semblait éteint pour jamais, se rallume aux cierges de l'autel chrétien. Sa lumière est d'abord timide et voilée. Regardez : elle grandit, elle s'étend, l'éclat de l'art chrétien brille sur

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TEuropc entière. Fils de la religion chrétienne, cet art est tout religieux. Ses vrais chefs-d'œuvre sont des églises. A l'époque où nous sommes arrivés, il est au plus haut degré de sa gloire.

Nous l'avons étudié ensemble. Nous avons ensemble démêlé et contemplé sa grande beauté, son vrai caractère, qui se résume d'un mot : le sentiment religieux. Oui certes, nous l'avons admiré. Et cependant!...

Et cependant, ne regrettez-vous pas tout ce qui s'est perdu, perdu peut-être pour jamais dans la catastrophe où sombra la civilisation antique? Ah! cette pure et libre beauté grecque, ces édifices si nobles et si gracieux, ces statues vraiment divines, les avez-vous oubliées? Et la force, la majesté redoutable de l'architecture de Rome, et sa sculpture vraie, émouvante, poignante comme la vie même, dites, ne les pleurez-vous pas ?

Où sont-elles à présent, ces merveilles du génie antique? Renversées, mutilées, l'herbe les recouvre, le lierre et la ronce les défigurent, la terre les ensevelit. Brisées sous le marteau de démolisseurs stupides, devenues des pierres, elles servent, ces œuvres adorables, à construire des chaumières, des ponts, des palais, des forteresses. Ah! quelle pitié! Quand je songe qu'il a fallu, pour permettre à l'art chrétien de naître, que tant de beauté fût anéantie, je me sens pris de colère contre cet art né de l'ignorance et de la barbarie. Ne viendra-t-il donc personne pour rappeler à ce monde du moyen âge la splendeur des siècles antiques, pour recueillir pieusement les restes de tant de chefsd'œuvre et les proposer à l'admiration des hommes!

Patience, mes enfants ! L'aurore du xvi^ siècle se lève, le noir moyen âge est fini, un temps nouveau commence, nous allons voir l'esprit de la Grèce et de Rome

LA RENAISSANCE

sortir de sa tombe et renouveler la face du monde. Ce temps, c'est la Renaissance.

La Renaissance ! N'est-ce pas que le mot est expressif? C'est une e'poque où il semble que l'humanité soitwee de nouveau. J'ai essayé de vous peindre en quelques traits le moyen âge, avec ses misères, ses injustices, l'oppression des faibles, l'écrasement des petits, des humbles, le roi maître absolu de la nation, le seigneur maître absolu de ses serfs, l'Eglise elle-même devenue persécutrice. Mais voici qu'un jour, sous cette chape de plomb que les prêtres et les seigneurs appesantissent sur le monde, les hommes se sont senti étouffer ; ils se retournent vers l'antiquité pour lui demander son secret, pour apprendre d'elle comment on vivait jadis, sans moines, sans prêtres, sans barons féodaux. Ils fouillent les ruines, ils recueillent les précieux témoins des siècles disparus, ils déchiffrent les livres des anciens, et peu à peu, comme une belle statue, comme la Minerve grecque, pure, grave, intelligente, forte et libre, l'antiquité se dresse devant leurs yeux. Voilà la Renaissance.

Quel était le grand caractère de l'art gréco-romain ? Vous ne l'avez pas oublié, c'est le culte de la Nature. Les Grecs la reproduisaient en la douant d'une beauté parfaite, les Romains en la copiant dans sa réalité la plus vraie. C'est le contraire de l'art égyptien, par exemple, qui est tout religieux. Un beau corps d'homme ou de femme, un beau cheval, voilà ce qui enflamme le génie grec ; la physionomie d'un visage vivant, c'est assez pour transporter l'artiste romain. L'Egyptien, au contraire, se soucie peu de la terre et des hommes, il les dédaigne, il les ignore, c'est la mort et ce qui suit la mort qui hante son imagination.

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L'artiste chrétien, mes enfants, ressemble à TEgyptien. Lui non plus, il n'a pas de pensée pour cette terre : il méprise l'homme, la nature, la vie, souillés par le péché. C'est au ciel qu'habite son âme.

Eh bien! l'œuvre de la Renaissance, la voici d'un seul mot : elle ramène l'homme à la nature. L'artiste de la Renaissance est devenu le disciple de l'artiste païen : à l'exemple de son maître, il ouvre tout grands ses yeux sur le monde vivant qui l'entoure, il regarde, non plus au ciel, mais sur la terre, il y cherche, il y découvre la Beauté, et il s'efforce de la reproduire.

C'est en Italie que ce grand changement paraît d'abord. Rien de surprenant à cela : c'est en Italie que survivent les restes les plus beaux et les plus nombreux de la civilisation antique. Dans toutes ses grandes cités, sous la ville chrétienne qui s'est bâtie depuis quelques siècles, subsiste encore, à demi ruinée, la ville romaine, avec ses 'palais, ses monuments, ses statues quelques-uns intacts, les autres mutilés et gisants. L'Italien vit au milieu de ces témoins de la grandeur latine, et quelque chose du génie païen hante son âme chrétienne. Il est tout naturel que ce soit lui le premier qui ait senti s'éveiller en son cœur l'amour et le respect de ses grands ancêtres, lui qui ait donné le signal de la Renaissance. Et dans l'Italie, c'est Florence qui a la première renouvelé l'art en le retrempant aux sources antiques. Cette petite république, dès le xiv** siècle, quand le reste du monde était plongé dans la barbarie du moyen âge, avait déjà le culte de l'antiquité, formait des collections de médailles, de bronzes, de marbres, étudiait les manuscrits grecs et latins, relevait les ruines des monuments romains. Aussi est-ce à Florence qu'apparaissent les premiers artistes de la Renaissance.

LA RENAISSANCE

Regardez cette tour de la cathédrale florentine (fig. 72)

FiG. 72. — Sainte-Maric-des-Fleurs, à Florence.

elle est connue sous le nom de Campanile (mot italien qui signifie clocher] de l'église Sainte-Marie-dçs-Fleurs. Deux

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grands artistes florentins en sont les architectes : Brunelleschi et Giotto. Vous ne retrouverez rien ici qui rappelle l'art gothique, si ce n'est peut-être les ouvertures supe'rieures, terminées en ogive. Tout le reste est d'un art nouveau, plein, de hardiesse et d'élégance. Un peu à gauche du Campanile, vous apercevrez le dôme de l'église. Un dôme 1 Voilà qui nous ramène de dix siècles en arrière, au temps de l'art byzantin. Brunelleschi fut le seul architecte qui osa le construire ; depuis tant de siècles écoulés, les traditions s'étaient perdues, on avait oublié les moyens d'élever et de soutenir ces vastes coupoles. L'audacieux Florentin, après avoir laissé ses rivaux tenter l'expérience et les avoir vus échouer, se mit à l'œuvre et réussit à couronner la cathédrale de ce dôme qui est l'un des plus élevés et des plus vastes du monde.

Voyez maintenant l'église dont la façade est ici dessinée (hg 73). C'est Saint-Pierre de Rome. Cette fois, c'est bien à Tart païen que nous sommes revenus. Si le dôme est un souvenir de Byzance, tout le reste de l'édifice est grec ou romain. Ce fronton triangulaire, ces colonnes corinthiennes, ces ouvertures en plein cintre, tout nous reporte aux plus beaux jours de la Grèce ou de Rome. Deux noms sont attachés pour jamais à ce beau temple païen, où le christianisme célèbre ses pompes : celui de Bramante, qui en conçut le plan et en commença la construction, et celui de Michel- Ange, qui le termina: Michel-Ange, le plus grand, peut-être, mes enfants, de tous les artistes de la Renaissance, comme vous le verrez plus loin.

Le changement que nous venons de voir dans l'architecture, nous allons le trouver aussi marqué dans l'art du sculpteur . Regardez ce groupe d'enfants qui chantent (fig. 74), sculptés dans la pierre par \q Y \or&nxm Luc a délia Robbia.

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