I> ART
Voici, pour finir, deux grands peintres espagnols,
FiG. 100. — L'Homme qui rit, par Velasquez.
Velasque^ et Murillo. L'Homme qui rit (fig. loo] est du premier de ces peintres : tout rit dans ce visage, la bouche,
FiG. loi. — La Vierge montant au ciel, par Murillo. (Au Musée du Louvre.)
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les dents, les yeux, le nez. Il est difficile de le regarder sans ressentir la contagion de cet éclat de joie qui pétille dans tous les traits. Il est difficile aussi de ne pas admirer l'intensité de vie, de réalité de ce portrait. C'est bien là un jeune homme du peuple saisi, en quelque sorte, sur le vif par le peintre et transporté tout frémissant sur la toile
Murillo est l'auteur du beau tableau dont voici la gravure (fig. 10 1), et qui représente la Vierge montant au ciel, entourée d'un essaim de petits anges. Ce que la gravure ne peut vous rendre, c'est la délicieuse couleur, la fraîcheur exquise de cette peinture. Mais elle vous permet d'en apprécier la grâce et le charme. Le pur et suave visage de la Vierge, son geste si doux, les attitudes si gracieuses et si variées des anges, tout est fait pour charmer et reposer le regard.
Ici s'arrête, mes amis, notre galerie des grands chefsd'œuvre. Ici, à vrai dire, se termine notre petit livre. Ce n'est pas que l'art ait cessé, après le xvn^ siècle, d'enfanter de grandes œuvres. Au xviii'^ siècle, en particulier, il y a eu en France toute une génération d'artistes charmants, dont les œuvres sont pleines de goût et de grâce.
Mais ces temps sont trop proches de nous. Les noms de ces artistes ne sont point encore, comme les grands noms que vous avez lus jusqu'ici, entrés dans l'immortalité. Des siècles d'admiration ont consacré la Vénus de Milo ou la Joconde de Vinci : nul n'oserait les contester. Mais pour les œuvres nées d'hier, si belles qu'elles nous semblent, la discussion reste ouverte. Le temps seul revêtira celles qui le méritent de la majesté des chefs-d'œuvre.
L A R E NAISSANCE
RESUME ET QUESTIONNAIRE
Pourquoi les temps héroïques sont-ils ceux oii l'art se renouvelle^ prend une nouvelle force et de nouvelles formes? — Parce que les grandes agitations, les grandes guerres, par exemple, remuent profondément les âmes, y ouvrent toutes grandes les sources des passions nobles, de l'enthousiasme, de l'espérance, du sacrifice : elles les arrachent à la vulgarité, aux intérêts bas, à l'égoisme.
Les époques de calme, d'ordre, de prospérité ne sont donc pas favorables à l'art? — Si, quand elles succèdent aux temps de lutte. L'inspiration née aux jours d'héroïsme porte alors ses fruits dans la paix, comme le champ déchiré par la charrue à l'automne se couvre à l'été d'une riche moisson.
Pouve:^-vous me donner des preuves historiques à l'appui de cette opinion? — Le siècle de Périclès, venant après les guerres puniques; le siècle d'Auguste, à Rome, après les guerres civiles de César; le siècle de Louis XIV, en France, après les déchirements du xvi« siècle; la Renaissance dans les Pays-Bas, après les guerres de l'Indépendance; enfin notre xix= siècle, après les orages de la Révolution et les batailles du premier Empire.
FiG. 102. — Vignette Renaissance.
FiG. io3. — Tète de page, par Prud hon.