‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 23 sur 32 · L ART FRANÇAIS DE NOS JOURS · texte numérisé non relu

L ART FRANÇAIS DE NOS JOURS

NOTRE galerie des chefs-d'œuvre s'est close, disionsnous, avec notre dernière causerie. Là s'est terminée notre liste des artistes à jamais illustres dont les siècles ont glorifié le génie et que des milliers d'hommes avant nous ont admiré comme nous les admirons.

Mais n'allez pas croire, mes amis, que l'art ait péri avec ces grands morts. L'art leur a survécu, il est vivant, comme le prouvera notre entretien d'aujourd'hui.

A l'heure où vous lisez ce livre, dans le monde entier, mais particulièrement en France, des milliers d'artistes peignent, sculptent, élèvent des monuments. Chaque année, au printemps, s'ouvre à Paris une grande exposition où figurent de trois à quatre mille tableaux et un millier de statues.

Vous ne vous doutiez guère, n'est-il pas vrai, qu'à côté de vous, dans votre pays, tandis que le reste des citoyens fait des affaires, du commerce, des chemins de fer, des

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machines, des livres, il y a des milliers de Français qui consacrent à Fart toute leur vie, et dont beaucoup sont comme vous des enfants du peuple, des fils de paysan, d'ouvrier, d'artisan?

Et si j'avais le temps de vous conter l'histoire de quelques-uns d'entre eux, vous verriez quels prodiges d'énergie, de sacrifices, d'he'roïsme, l'art exige parfois de ses disciples. Plus d'un artiste, aujourd'hui célèbre et riche, est arrivé sans argent de son village et a souffert de longues années la faim et la misère sans consentir à renoncer pour un travail plus lucratif à l'art qu'il adorait. Plus d'un, hélas! est mort à la peine.

De ceux qui vivent encore à cette heure, nous ne dirons rien ici, vous devinez pour quelles raisons. Le choix que nous serions obligé de faire serait trop sujet à contestation; c'est le temps seul qui peut faire ce triage et désigner parmi eux ceux dont le nom mérite de vivre. Les artistes dont nous allons parler sont tous morts depuis plus ou moins d'années.

Cette belle statue représentant le philosophe Voltaire (fig. 104) est du sculpteur Hoiidon^ qui est mort en 1828. Regardez-la bien, car elle mérite votre attention. L'artiste n'a pas craint de reproduire avec sincérité son modèle, les rides de ce visage décharné de vieillard, le cou maigre aux veines saillantes, les doigts secs et noueux. D'où vient que cette laideur ne vous choque pas? C'est qu'elle disparaît dans le rayonnement de l'esprit qui l'illumine. Elle pétille d'esprit, d'intelligence et de malice, cette physionomie du grand écrivain. Il y a de l'esprit jusque dans ses mains allongées et minces qui saisissent fortement le fauteuil et portent en avant tout le buste, comme pour une de ces brillantes joutes de paroles où Voltaire se plaisait à triompher.

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