‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 24 sur 32 · LART FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LART FRANÇAIS

Observez aussi comme le sculpteur a su donner de Tampleur, presque de la majesté' à ce frêle squelette en le dissi-

FiG. 104. — \'oltairo, par Hoiidon.

mulant sous les beaux plis d'une longue draperie. Étudiez enfin toute Fattitude, comme elle est aisée, naturelle, saisissante, comme tout le mouvement conspire à nous donner une impression de vie. C'est Voltaire même qui se penche, nous regarde et nous parle.

Le sculpteur François Rude, mort il y a une trentaine d'années, est Tautcur de ce beau groupe connu sous le nom de la Marseillaise (fig. io5), qui décore le grand Arc de trioniphc de Paris. Le nom seul de cette œuvre vous en fait deviner le sujet. Elle représente la défense de la patrie.

L'ennemi a menacé la France qui se lève tout entière pour la repousser. Regardez : en tête marche le père, conduisant son jeune fils, et suivi de l'aïeul qui a oublié son grand àg2 et saisi le casque et le bouclier. Au-dessus, d'un vol superbe, plane la Patrie, admirable figure. dont la violence farouche semble entraîner tout le groupe : l'un de ses bras raidis montrent Tennemi invisible, l'autre montre le ciel, et de sa bouche ouverte sortent les accents enflammés de l'hymne national :

Amour sacré de la Patrie,

Conduis, soutiens nos bras vengeurs!

C'est là, mes enfants, une œuvre d'art très grande, aussi bien par son inspiration noble et saisissante que par la beauté des détails. Regardez, par exemple, le jejane homme, presque un enfant, qui marche aux côtés de son père, le regard levé sur le visage paternel, comme pour y puiser la confiance et le saint enthousiasme, tandis que le geste de son bras droit exprime une résolution intrépide.

Ces deux exemples suffisent à vous montrer que la sculpture française est restée pleine de vie, que l'amour du beau et du vrai continue à l'inspirer. Vous allez voir que notre peinture n'est pas moins riche en belles et grandes œuvres.

Le sujet du tableau que voici (fig. 1 06) est tiré de l'histoire romaine. Les Romains, au début de leur histoire, enlevé-

FiG. io5. — La Marseillaise, par Rude.

( Ba«-rclief à l'Arc de triomphe de l'Etoile, à Paris.)

ir)2 L ART

reiit un jour les femmes de leurs voisins les Sabins, et les prirent pour épouses. Les Sabins, remis de leur effroi et transportés de rage, marchèrent sur Rome, et la bataille allait s'engager, quand les femmes sabines s'élancèrent entre les combattants, entre leurs pères et leurs frères sabins et leurs époux de Rome et arrêtèrent la terrible lutte. C'est le moment de cette intervention que le peintre David a choisi. Une des femmes étend ses bras entre deux guerriers qui suspendent leurs coups et se menacent encore. Une autre, agenouillée, leur montre les petits enfants que la bataille va faire orphelins. Une troisième soulève son Jeune fils et le présente aux lances sabines. D'autres embrassent les genoux des soldats. Une vieille femme découvre sa poitrine et l'expose aux blessures. Autour d'elles, les farouches combattants, surpris, déjà touchés, s'arrêtent et les regardent. Il y a, dans ce tableau, une visible préoccupation de la beauté, et particulièrement de la beauté antique : voyez la belle attitude de la Sabine qui étend les bras, le corps magnifique du jeune guerrier romain qui brandit sa pique. Là est peut-être aussi, mes amis, le défaut de cette peinture : elle manque un peu de vérité : dans une bataille vraie, les attitudes ne sont pas si ordonnées, si graves, si belles; il y a de la confusion, delà poussière, une violence plus naturelle et plus farouche.

C'est le peintre Gros qui est l'auteur du groupe gracieux : l'Arabe et sa Jument [ûg. 107). Le cavalier du désert a mis pied à terre pour traire sa monture et il tend à son compagnon une coupe pleine de lait. Observez la beauté de l'animal, vrai type du cheval arabe, avec sa tête fine et sèche, son encolure mince et flexible, ses membres robustes, sa queue touffue.

Voici (fig. 108) un beau tableau dC Horace Vernet^vepré-

n;^^=^«TT ^»:

sentant la Défense de Paris contre les coalisés en 1814. Le maréchal ^oncev, à cheval, entouré d'un petit nombre de soldats résolus, donne Tordre de tenir jusqu'à la mort. Il

FiG. 107. — L'Arabe et sa Jument, par Gros.

forme, avec l'officier qui Técoute, un beau groupe, plein de fierté et de tranquille courage. A gauche, deux soldats blessés et farouches ; derrière eux un cuirassier, la mâchoire brisée, mais encore ferme sur sa selle; au milieu, un lancier démonté, sans casque, le pistolet au poing; à droite, une jeune mère, terrifiée par le bruit du combat, assise sur les débris de son pauvre ménage; enfin, au fond, des canonniers servant leur pièce, des officiers regardant avec calme approcher la défaite et la mort; tel est ce beau tableau qu'on regarde avec un mélange de joie et de peine, comme une page glorieuse et triste de notre histoire moderne.

Le grand et dramatique tableau dont voici la gravure (fig. 109) est l'œuvre de Géricault. Il représente un épisode

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du Naufrage de la « Méduse », vaisseau français qui sombra dans Tocéan Atlantique. Une partie de Féquipage s'aventura sur un radeau; après de longs jours d'horribles angoisses, ceux que la faim, la soif et la mer avaient épargnés furent enfin recueillis par un navire anglais. Le peintre a choisi Tinstant où les naufragés aperçoivent à rhorizon, comme un point, les voiles du vaisseau. Deux d'entre eux, les moins affaiblis, se sont hissés sur un tonneau, et, dans Tespoir d'être aperçus agitent des lambeaux de vêtement. L'espérance, mêlée d'une affreuse anxiété, se peint sur les visages et dans les gestes. Seul, à l'autre extrémité du radeau, un père, appuyé sur le cadavre de son fils, reste étranger à ce qui l'entoure, indifférent même au salut qui approche, perdu dans une rêverie douloureuse. Des morts, des mourants, étendus sur le frêle assemblage de poutres, augmentent encore l'horreur de la scène.

Ce tableau du naufrage de la Méduse est beau par cette horreur même : le peintre n'a pas craint de retracer sur la toile le sombre et poignant spectacle tel qu'il le voyait dans son imagination. Il s'est demandé quels sentiments pouvait exprimer le visage de malheureux mourant de faim, suspendus depuis bien des jours entre la mort et la vie. Si ces sentiments sont farouches, sauvages, sinistres, tant pis, semble-t-il s'être dit, pour les spectateurs délicats : je peindrai la vérité comme elle est, mon œuvre ne sera peut-être pas jolie, mais elle sera belle, parce qu'elle sera émouvante et vraie. Rien n'est beau en art que ce qui est vrai.

C'est là, n'est-ce pas ? une inspiration tout opposée à celle que nous avons étudiée dans le beau tableau des Sabines, de David. David, lui, semble avoir raisonné

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