L ART FRANÇAIS I
ainsi : une vraie bataille est laide; de vrais guerriers grimacent de fureur ou de douleur; ils sont souillés de sang
FiG. 100 — Le Radeau de la « Méduse ", par Géricault. (Au Musée du Louvre.)
et de poussière; ils sont en de'sordre, pêle-mêle. Impossible de peindre ces vilaines choses-là. Le tableau que je vais faire sera beau, parce que, au lieu de peindre la guerre vraie, je vais embellir la guerre : je ferai de beaux hommes, bien propres, campés dans de belles attitudes ; de belles femmes, dont le désespoir sera noble et gracieux; de beaux enfants roses et potelés. Tant pis pour la vérité ; tiuand elle est laide, Fart doit Tembellir.
Voilà, mes amis, deux manières bien différentes de comprendre Fart. Laquelle est la bonne ?
La première, assurément. Oui, Tart doit être vrai avant
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tout. Si vous me peignez une bataille, il faut que je tressaille devant votre toile comme devant la réalité ; si vous peignez un paysan, il faut qu'il ait l'aspect, le costume humble et usé, les mains calleuses, le rude visage d'un vrai paysan. Et ainsi de tout. Peintre, artiste, c'est le vrai que tu dois respecter, servir et reproduire.
— Quoi ! direz-vous, faut-il donc tout peindre, même le laid? Comment une œuvre d'art serait-elle belle, si elle est l'image d'une laide chose? C'est impossible.
— Mes amis, je suis tout à fait de votre avis. L'art ne peut, ne doit reproduire que le beau. Seulement, il s'agit de savoir ce qui est beau. Voilà la question. Et elle n'est pas si simple que vous le pensez.
— Mais si ! direz-vous, elle est très simple. Ce qui est beau, c'est ce qui est joli, un joli enfant, une jolie femme, une jolie maison. Ce qui est laid, c'est ce qui n'est pas joli, un vilain visage, une sale chaumière, etc.
C'est ici, mes enfants, que vous vous trompez, parce que vous ne voyez que le dehors, l'apparence des choses, au lieu de regarder jusqu'au fond, et d'en voir le dedans. Voyons, vous souvenez-vous du Gladiateur mourant (page 90), ce pauvre prisonnier gaulois, aux traits grossiers, au laid visage, qui meurt pour l'amusement de ses vainqueurs? L'agonie d'un homme laid, fi! le vilain spectacle à regarder!... Et cependant, pourquoi êtes-vous émus? pourquoi sentez-vous votre cœur frémir de pitié, de noble indignation ? Pourquoi ? Je vais vous le dire : parce que sous cette laide enveloppe vous apercevez quelque chose qui y était réellement, et qui est très beau, très émouvant ; vous apercevez sa douleur, sa détresse, sa patrie perdue.
Et le Voltaire de Houdon, ce visage décharné du vieil-