‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 8 sur 32 · i/art · texte numérisé non relu

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ce siècle, brise'e, mutilée, enfouie sous la terre. Les deux bras, casse's près des épaules, n'ont pu être retrouvés, et vous pensez bien que Ton a fait mille conjectures sur le geste, sur l'attitude de ces deux bras perdus.

Où donc est la grande beauté de cette œuvre? Je ne crois pas que Ton puisse mieux répondre que par ces mots : sa beauté est dans sa perfection. Elle est si grande, cette perfection, elle est si irréprochable qu'elle ne nous frappe pas brusquement comme le fait, par exemple, la Diane de Gabies. Non, elle se révèle peu à peu à nous à mesure que nous contemplons la statue : elle nous pénètre, nous envahit lentement et entin nous remplit tout entier.

Tout est parfaitement beau dans cette statue ■: la tête, d'une expression si calme et si fière, la poitrine dont le marbre semble souple et palpitant comme la chair, les plis des draperies qui laissent deviner le mouvement des jambes. Mais la vraie beauté, la vraie perfection, ce n'est pas dans chacune des parties qu'il la faut chercher, c'est dans l'admirable harmonie de l'ensemble. Ici, pas d'artifice, comme dans la statue de Diane, pour obtenir un effet d'élégance. Tout est vrai, comme la vie, mais tout est beau, pur, calme, fier comme la divinité. Ce regard qui se pose sur nous, plein de pensée et de sérénité, cette attitude d'une grandeur tranquille, ces lignes harmonieuses, n'est-ce pas que tout cela vous pénètre de je ne sais quelle émotion de respect et de paix? Ce n'est pas l'élégance qui se révèle ici, c'est la grandeur. Je vous le disais avec raison, c'est la perfection. Le sculpteur inconnu qui sut, il y a trois siècles, trouver dans son âme le modèle de ce chef-d'qeuvre, 'est peut-être le plus grand de tous les artistes qui aient vécu, qui vivront jamais.

FiG. 26. — Là Vénus de Milo.

Ceci encore (fig. 27) est l'image d'une divinité. C'est Minerve, la déesse de la sagesse et aussi du courage guerrier. Un casque d'airain couvre sa tête pensive. Sa main gauche ramène sur sa cuirasse les plis d'un ample manteau. La main droite soutient une lance. A ses pieds un serpent, emblème de la prudence, soulève la tête et regarde la déesse. De la pose immobile, de l'attitude droite et fîère de la tête, des longs plis tombants des draperies, se dégage une impression de force calme, d'intelligence maîtresse d'ellemême.

Vous avez vu, en

étudiant le Gladiateur

et le Joueur de disque,

que les artistes grecs

savaient aussi bien

exprimer les scènes de

i-iG 27. — Minerve. la vie réelle que les

divinités créées par leur imagination. Les deux œuvres

que voici en sont de nouvelles preuves.

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L ART GREC

La première est connue sousle nom des Lutteurs ^tig.-zSj. Deux hommes s'e'treignent et se frappent. L'un d'eux vaincu, est tombe' à terre. Le vainqueur le domine, le presse et va achever sa défaite d'un dernier coup de son

Fie. 28. — Les Lutteurs.

poing ferme'. La violence et l'acharnement de la lutte sont peints dans l'étreinte farouche des deux hommes, dans l'enlacement de leurs Jambes raidies pour un suprême effort. Sur le visage crispé du vaincu se lisent à la fois la supplication et la rage, tandis que les traits de son adversaire respirent l'assurance de la victoire. L'admirable, c'est que ces membres enlacés et tordus, la force terrible des deux athlètes', leurs muscles épais, leurs nerfs tendus, ne

(ij Athlète, nom donné par les Grecs aus hommes qui luttaient dans les [eux publics.

sont pas disgracieux a voir et que le groupe est plein d'e'quilibre en dépit de la violence des mouvements.

La seconde statue (tig. 29) représente une scène plus familière encore. Un jeune homme s'est assis sur un

FiG. 29. — Le Tireur d'cpinc.

rocher pour enlever de son pied une épine. La beauté réside ici dans le naturel parfait de l'attitude et dans la grâce élégante et robuste de ce jeune corps.

Il y aurait encore, mes enfants, bien des œuvres admirables à vous montrer, bien d'autres témoignages de la puissance merveilleuse du génie grec.

Peut-être quelque jour, dans des musées ou dans d'autres livres, quand vous aurez grandi, en verrez-vous les repro-

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ductions. Mais le temps nous presse, et ce livre doit ure à votre taille, petit comme vous êtes petits.

Il faut donc nous borner, et nous ne vous montrerons

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FiG. 3o. — Homère.

FiG. 3i. — Socratc.

plus que deux oeuvres grecques, deux bustes' qui sont des portraits : l'un, celui du plus grand des poètes grecs, Homère (tig. 3o), et l'autre, celui du plus grand des philosophes" grecs, Socrate (tig. 3i).

(i) On nomme buste une statue qui ne représente que la tète et une partie de la poitrine.

(2) Philosophe. On donne ce nom aux penseurs qui étudient les choses les plus élevées, la religion, la morale, la politique, qui cherchent à expliquer la destinée de l'homme et les problèmes de la nature. Socrate fut un de ces penseurs, et sa philosophie est encore aujourd'liui l'objet de notre admiration. Il enseignait aux hommes à être sages, intellif^ents et vertueux.

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Homère était aveugle, comme vous pourrez le voir par l'expression un peu inquiète du regard. Il est bien beau, ce regard inspiré qui se lève vers le ciel, tandis que la bouche entr'ouverte laisse échapper les vers harmonieux du poète.

La tête de Socrate exprime non pas Finspiration de la poésie, mais la réflexion, l'intelligence attentive. L'ampleur magnifique du front, le regard direct et ferme, l'intelligence répandue sur toute la physionomie, cela est bien d'un sage dont le génie, après plus de deux mille ans, inspire encore nos penseurs.

Les Grecs eurent certainement des peintres, comme ils eurent des sculpteurs. Leurs écrivains parlent de ces peintres avec autant d'admiration que des statues que nous avons retrouvées. Malheureusement nous sommes réduits à les croire sur parole. Le temps, auquel le marbre et le bronze ont résisté, a détruit ces merveilles fragiles et n'en a rien laissé. Jusqu'à présent du moins on n'a pas découvert une seule des œuvres cies peintres grecs.

RESUME ET QIESTIONNAIRE

Quelles remarques nous sugi^ère le Gladiateur combattant ? — La vie s'y exprime avec une extrême intensité. Il semble qu'on le voie s'élancer et combattre.

Quoi encore? — Le mouvement est' trop violent. Il y a un contraste pénible entre ce mouvement et l'immobilité du marbre.

— Cela est vrai. La perfection de l'art consiste à exprimer la vie sans manquer à l'harmonie, à l'élégance, à l'équilibre. Une œuvre parfaite semble vivre, et pourtant repose le regard.

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r ourrie:{-vous en citer une qui réalise cette perfection absolue? — On peut en citer deux entre autres : la Diane de Gabies et la Vénus de Milo.

Quels sont les caractères propres à chacune de ces œuvres? — Le caractère dominant de la première, c'est l'élégance. Le caractère de la seconde, c'est plutôt la grandeur, la parfaite beauté. L'une nous charme, nous séduit. Devant la seconde, nous ressentons le respect, l'admiration calme et profonde. Mais toutes deux sont admirables.

FiG. 32. — L'Apollon du Belvédère.

FiG. 33. — Ornement romain.

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