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LES PRÉCURSEURS

La manifestation de 1852 en faveur de la création d'un musée des Arts industriels et de l'institution d'expositions périodiques et temporaires, comme complément à la création du musée, avait été précédée dans noire pays de manifestations fréquentes et presque de tous points semblables. Il serait fort long de les énumérer toutes, mais il en est quelques-unes qui méritent d'être signalées.

Dès 1783, lorsque Vaucanson légua à l'Etat

sa collection de machines et d'outils qui a été l'embryon du Conservatoire des arts et métiers, M. Yandcrmonde, membre de l'Académie des Sciences, chargé par le contrôleur général, Joly de Fleury, de surveiller la conservation du legs, proposa d'abord ^acquisition de la maison que Vaucanson habitait rue de Charonne, puis il présenta un projet de musée industriel qui se serait développé dans le faubourg Saint-Antoine avec une section des arts et une section des sciences.

En 1789, dans l'une de ses premières séances, l'Assemblée nationale, reprenant ce projet, vota une somme annuelle de 300,000 livres pour l'organisation de ce musée, mais cette allocation annuelle fut employée à augmenter aussi bien le dépôt du Louvre (collection Fajol d'Ozembray) et celui de la rue de l'Université (galerie des machines agricoles) que celui de la rue de Charonne.

En 1796, Émeric David proposa d'accroître ces dépôts et d'y joindre un musée des Arts sans exclure aucun des chefs-d'œuvre de l'industrie. En 1799, le Conseil des Cinq-Cents fut saisi d'une proposition tendant au contraire à faire disparaître les collections, sous le prétexte que l'art et l'industrie en France

n'avaient pas besoin de modèles. Cette proposition fut rejetée sur un rapport très remarquable d'Alquier, et quelques années plus tard, lorsqu'Emeric David présenta son projet de musée des Arts industriels qu'il avait repris en collaboration avec Laurent et Robillard, il ne manqua pas de s'appuyer sur ce rapport.

Il convient de dire que précédemment, en 1798, la France avait ouvert la première exposition des arts et de l'industrie, sur l'initiative de François de Neufchàteau. Aux yeux de cet homme d'Etat qui, selon l'expression d'un de ses biographes, regrettait de ne pouvoir faire en même temps tout ce qu'il entrevoyait d'utile pour son pays, les expositions devaient être des enquêtes olîrant le tableau des progrès du travail humain et permettant par suite de développer les moyens d'accroître ces progrès. Sur ses conseils, il se fonda une vaste société destinée à encourager les arts. Cette société qui avait à sa tète, à côté des savants et des artistes illustres de l'époque, les grands serviteurs de l'industrie, cette société qui comptait dans ses rangs les David, les Fourcroy, les Didot, formulait ainsi son programme :

1" Recueillir de toutes parts les inventions et découvertes utiles au progrès des arts;

2" Distribuer chaque année des encouragements, soit par des prix, soit par des gratifications;

3° Propager l'instruction, soit au moyen d'une publicité très étendue, soit en provoquant des réunions oii théoriciens et praticiens s'éclaireraient mutuellement par la discussion, soit en faisant composer des manuels sur les diverses parties des arts, soit en faisant exécuter à ses frais et distribuer dans les ateliers les machines, instruments ou procédés perdus, la plupart du temps, pour l'industrie, faute do publicité ou d-'exécution;

4° Diriger certains essais ou expériences pour s'assurer do l'utilité des procédés qui feraient espérer de grands avantages;

5° Venir au secours des artistes distingués qui auraient éprouvé dos malheurs;

6° Rapprocher par de nouveaux rapports tous ceux qui, par leur état, leur goût, leurs lumières, prennent intérêt au progrès des arts ou peuvent y concourir;

7° Devenir le centre d'institutions semblables qui sont désirées dans les principales villes manufacturières de la République.

L'entreprise était vaste. Elle se résumait en

peu de mots : exciter rémulalion, seconder les talents, répandre les lumières.

Pour allcindre ce but, plusieurs commissions permanentes composées des hommes les plus exercés dans les connaissances relatives aux arts étaient chargées de recevoir, d'examiner les inventions et découvertes, de proposer les sujets de concours, d'accorder les récompenses.

Une commission de correspondance devait entretenir des relations dans toutes les villes, recueillir les renseignements et disséminer les connaissances.

On créait également une commission des fonds chargée de surveiller l'emploi des sommes versées et de rendre compte de ses travaux.

Le conseil d'administration était composé de ces diverses commissions. Les membres de chacune d'elles étaient nommés au scrutin par les sociétaires.

Tout le travail, tout le service étaient faits gratuitement.

Le ministre de l'Intérieur donnait le local des réunions qui étaient bisannuelles.

La cotisation était fixée à 36 francs, mais on acceptait avec reconnaissance les dons plus

considérables qui pormcttraient à la nouvelle société do marcher avec plus d'assurance.

Pour être sociétaire, il ne fallait justifier d'aucune autre condition que d'une honnêteté et d'une moralité sans tache.

Les souscriptions s'ouvrirent en vendémiaire an X, chez F. Delessert, banquier; Scipion Perrier et Huzard.

Le 27 brumaire, la société comptait 299 membres représentant 460 souscriptions ; le 9 nivôse, 500 membres et 800 souscriptions.

Définitivement fondée, elle se mit de suite à la tâche, sans tâtonnements, avec le but bien arrêté à l'avance de seconder par tous les moyens l'action du gouvernement et le développement de la richesse nationale.

Après les expositions qui agissaient si vivement sur l'esprit des fabricants, en excitant leur amour-propre et leur intérêt, cette création, qui complétait l'idée de François de Neufchâteau, était destinée à rendre les services les plus signalés au pays, en mettant à côté des encouragements officiels du gouvernement les récompenses et les secours de toute nature accordés aux mérites et aux talents même les plus obscurs.

Cette société, véritable institution nationale,

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2i0 L'ART SOUS LA REPUBLIQUE.

étendue à tout le pays, correspondant avec tous les savants, tous les amis du bien public, ayant une oreille dans chaque ville, un pied dans chaque déparlement, allait, par son action incessante et progressive, répandre de tous côtés les méthodes scientifiques, renouveler les procédés surannés et contribuer pour une part considérable à l'éducation industrielle de la France.

La société libre de 1798 ne reçut pas, dans les années suivantes, le large développement prévu par ses fondateurs.

En 1828, le plan d'Émeric David fut repris sans succès par M. Rey. En 1834, M. Aimé Chenavard vint à son tour signaler la nécessité de la création du « musée des Beaux-Arts appliqués à l'industrie », « Au lendemain de sa mort (1838), la plupart de ses élèves et de ses émules, dit M. Clerget dans une note de son mémoire, se préoccupèrent de cette question, les uns en se renfermant dans le cercle de leur spécialité, les autres, et ce fut le plus grand nombre, en généralisant l'idée jusqu'à son plus complet développement. » C'est à ces derniers que l'on doit des pétitions présentées au gouvernement en 18 i5 et 1848, pétitions qui malheureusement ne donnèrentaucun résultat.

Los requêtes en faveur des expositions temporaires et périodiques des arts industriels ne furent pas moins nombreuses que celles qui avaient pour objet de faire créer un musée des Arts industriels. Elles n'eurent pas plus de succès jusqu'au moment oii les mémoires que nous avons cités furent présentés au gouvernement.

LA SOCIÉTÉ DU PROGRÈS DE l'aRT INDUSTRIEL.

Aux deux mémoires de Clorget et de Klagmann sur le musée des Arts industriels et sur les expositions périodiques et temporaires des arts industriels, était joint un troisième document, ce dernier dû à la plume de M. Chabal- ■ Dussurgey, qui avait été obligé de s'en charger par suite d'une maladie de Feuchèrcs, primitivement désigné pour le présenter, traitait de la nécessité de créer une école centrale des arts appliqués.

On voit que le programme du comité des artistes industriels était des plus complets. L'Ecole centrale dos sciences appliquées avait été instituée en 1829. Le Conservatoire des arts et métiers pouvait passer pour le musée dos

sciences appliquées. Le comité contrai des artistes industriels demandait qu'une écoleanaloguo pour les arts fût créée, que le Conservatoire reçût, à côté du musée des sciences, le musée des arts, et qu'enfin les artistes industriels fussent admis à organiser des expositions périodiques et temporaires où ils ne seraient pas absorbés par l'industrie et où ils seraient en mesure do faire leurs prouves de serviteurs de Tart, puisque les expositions des Beaux-Arts les rejetaient.

Le 23 novembre 1832, une délégation du comité des artistes industriels fut reçue au palais de Saint-Cloud par le prince Louis- Napoléon, et lui présenta les trois mémoires dont je viens de parler, revêtus de l'adhésion 'de cent vingt-six artistes. « Le prince, dit le Moniteur universel, reçut avec bienveillance la députation, lui promit qu'il s'occuperait de ces intéressantes questions et prendrait en considération ses légitimes demandes, »

Au moment où allait s'ouvrir l'exposition de 1831 , M. Klagmann avait déjà demandé que les artistes industriels eussent une section réservée. « Je sais bien, écrivait-il aux organisateurs de l'exposition, qu'en ce monde beaucoup de gens ont leur dada. Moi j'ai le mien et

l'ayant une fois enfourché, je suis, comme tous les gens qui ont des dadas, très insipide. Mais ma conviction profonde est qu'il y a urgence à faire une section d'art industriel. » A l'exposition de 1855, Klagmann reçut satisfaction. Une galerie particulière contint les ouvrages des artistes de l'industrie, pour la première fois groupés en un ensemble isolé des productions auxquelles ils avaient servi ou devaient servir de modèles.

Ce triomphe obtenu, Klagmann reprit en 1856 les trois questions qui avaient fait l'objet des trois mémoires de 1852. Et au mois do juillet 1858 se forma la Société du Progrès de Vart industriel. « Dans cette société du Progrès, dit M. Guichard, quelques membres, reprenant les idées de Klagmann, qui étaient alors dans le domaine commun, parlaient fréquemment d'expositions à faire, mais personne n'indiquait le moyen de les faire avec le seul concours de l'initiative privée, quand, élu premier vice-président en décembre 1859, je fus assez heureux pour apporter la solution tant cherchée. Elle était bien simple. Elle consistait à faire payer sa place à chaque exposant et à assurer avec cette ressource les services matériels de l'exposition. On fut frappé de ce qu'il

y avait, de pratique dans cette idée et l'on me chargea d'aviser au moyen de la réaliser. La première condition que j'avais à remplir pour faire une exposition, c'était d'avoir un local pour l'installer. Mandataire d'une société non autorisée, je ne pouvais en demander un h l'État. Je vis M. le baron Taylor et lui exposai notre projet. Il objecta la possibilité d'un insuccès, par suite, d'un déficit, et me demanda si je voulais m'en porter garant personnellement. Je m'engageai. Il désira en outre que les bénéfices, s'il y en avait, fussent acquis à l'une des sociétés fondées par lui, celle des inventeurs. J'y consentis. L'honorable baron obtint le Palais de l'Industrie de S. E. M. le ministre d'Etat. L'exposition de 18G1 se fit et la Société des inventeurs encaissa une somme de 4,577 francs. »

Deux ans après, en 1863, une nouvelle exposition, faite par les mêmes hommes et dans les mêmes conditions, et qui rapporta au baron ïaylor une somme de 23,000 francs, vint prouver une fois de plus que rien ne pouvait lasser la persévérance do ce petit groupe.

ll.MON CEMHALE DES ARTS DÉCORATIFS. 215

l'union centrale des beaux-arts appliqués A l'industrie.

La société de rUnion centrale des beauxails appliqués à l'industrie naquit de ces deux tentatives de 1861 et de 1863. Les statuts de la société et le règlement du comité ayant été approuvés, l'Union centrale fut autorisée par décision ministérielle du 26 juillet et par arrêté préfectoral du 4 août 1864.

Le 20 septembre de la même année, la bibliothèque de l'Union centrale était inaugurée au n" 15 de la place Royale. Le 10 du mois d'août 1865, l'Union organisait au Palais do l'Industrie une exposition qui comprenait une partie rétrospective, les modèles et les produits des industries d'art contemporaines, les essais des écoles de dessin de Paris et des départements. Immédiatement après, elle s'occupait de la création de l'Ecole centrale des arts industriels demandée en 1852, en l'appelant collège des beaux-arts appliqués à l'industrie.

En attendant, des cours et des conférences •attiraient des auditeurs assidus. En 1864,

M. Ferdinand de Lasleyrie traitait de la peinture sur verre; M. Albert Jacquemart, de l'histoire de rorncmentation de la céramique; M. le docteur Gaffe, de l'hygiène des professions dans les arts appliqués; M. Emile Rousseau, de la chimie dans ses rapports avec les industries d'art; M. Aimé Millet, de la sculpture; M-Fouché, des ombres et des effets delà lumière; M. Sauvrezy, de l'ébénisterie; M. Davioud, de l'architecture et de l'industrie artiste; M. Ch. Blanc, de la grammaire, des arts et du dessin.

En 1865, M. Adrien de Longpérier fit plusieurs conférences sous le titre général d'observations sur les arts; M. le docteur Gaffe continua ses leçons sur l'hygiène dans les arts appliqués à l'industrie; M. Bauderon donna une suite d'entretiens sur l'architecture, la sculpture et la peinture; M. Guichard parla de l'ameublement et de la décoration intérieure des appartements ; enfin M. Guillaume exposa les réformes que demandait l'Union dans l'enseignement élémentaire des beaux-arts appliqués à l'industrie. Ajoutons que la bibliothèque était régulièrement suivie par un nombre très grand de travailleurs.

Mais le projet qui tenait au cœur des mem-

bres de l'Union centrale, c'était la fondation du collèg-e des Beaux-Arts appliqués à l'industrie. « Convaincus que, en matière d'art, l'œuvre ne saurait valoir que ce que vaut l'ouvrier, ils voulaient commencer par former et développer dans l'enfant les facultés qui font l'artiste, en mettant successivement à la disposition de ces facultés tous les secours que peuvent leur fournir l'histoire, l'observation de la nature, la science, l'étude inlellig-ente des grandes œuvres de l'esprit humain; ils espéraient, en replaçant chaque chose à son rang- dans l'éducation de l'esprit, dégager la personnalité de Fartiste de cet écrasement du pastiche et de l'imitation, lui restituer la prépondérance à laquelle elle a droit dans la production de l'œuvre artistique, ramener enfin l'art à son rôle de créateur, en le forçant à redevenir l'interprète sincère et ému d'une idée, d'un sentiment, d'une impression d'ordre et de valeur quelconque, mais toujours vraie, toujours personnelle, et par conséquent toujours empreinte du caractère plus ou moins gracieux ou sévère, rude ou facile, intuitif ou réfléchi, du génie même de l'artiste. »

Un rapport fut rédigé sur celte question par MM. Clerget et Klagmann. Pour être prête à

tout événement, l'Union centrale s'était assurée d'un terrain de 13,000 mètres dans le quartier du Trône, mais elle dut renoncer à son projet dont l'idée, disons-le en passant, lui avait été suggérée par M. Victor Duruy, alors ministre de l'Instruction publique.

Cependant une nouvelle exposition eut lieu en 1869. Le succès en fut très vif. Comme aux expositions précédentes, l'Union centrale put dispos^îr des plus riches collections. La partie moderne était d'ailleurs à la hauteur de la partie rétrospective. Une innovation la rendit plus particulièremeut intéressante. Je veux parler des concours. Deux séries de concours furent institués: vingt-quatre concours d'après des modèles désignés et douze concours de composition. Les uns et les autres virent un grand nombre d'artistes se disputer les prix qui en étaient le couronnement.

En cette même année 1869, l'Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l'industrie prit l'initiative d'un congrès qui devait avoir à se prononcer sur les quatre questions suivantes :

1° Quels sont le caractère et les conditions de la production moderne dans les industries d'art?

2* Du goût et de son influence sur la pro-

duction ainsi que les moyens de le développer en l'améliorant;

3° De l'org'anisation actuelle et du développement à donner aux études des arts du dessin. Quelle doit être la direction de ces études? Comment doivent être recrutés les professeurs? Quels sont les meilleures méthodes et quels modèles doivent être adoptés?

4° Examen comparatif des essais tentés jusqu'à ce jour, dans les différents pays, pour le progrès des industries d'art, le développement du goût public et l'amélioration de l'enseignement des arts du dessin.

Le Congrès, qui était international, dura six jours et voici les résolutions qui furent prises à la suite de débats très approfondis :

Sic?' la première question.

Le Congrès reconnaît : 1° que le caractère artistique dominant de la production est essentiellement mobile, par suite d'engouements irréfléchis ; 2° que la nécessité de produire en grande quantité, en grande variété, et à bon marché (introduction de la machine et division du travail) est en général en contradiction avec un vrai sentiment d'art dans les objets fabriqués.

Le (hongres constate : 1° le crédit exagéré qu'on accorde à des traditions mal comprises^ au détriment de l'initiative personnelle; 2° la perfection matérielle apparente, l'amour du détail recherché au détriment de l'harmonie générale ; 3° une application souvent mal comprise des progrès de la science.

Sur la deuxième question.

Le Congrès reconnaît que le goût public est le reflet exact de l'état intellectuel et moral de la société; les causes principales auxquelles on peut rapporter son insuffisance ou sa mobilité sont : 1° la tendance à subordonner le sentiment de l'art à la perfection du travail matériel; 2" l'entraînement général vers les qualités apparentes plutôt que les qualités réelles. Ces causes réunies exercent nécessairement une influence déplorable sur la production.

Le Congrès estime que le seul moyen de remédier à un pareil état de choses est de créer à nouveau une éducation générale et complète en matière d'art, qui puisse en propager les notions les plus saines dans toutes les classes de la société.

Sur la troisième question.

Le Congrès constate que l'organisatioa ac-

luelle de l'enseignement n'est pas en rapport avec les besoins du présent, parce que : 1** les exemples que peut fournir la tradition sont incomplètement connus et généralement mal interprétés; faute d'éducation, on en méconnaît l'esprit; 2° l'étude de la nature est le plus souvent insuffisante et surtout mal dirigée.

Le Congrès déclare qu'il faut : 1° insister, dans l'enseignement primaire, sur les études préparatoires du dessin; 2° développer, dès la première enfance, par la vue journalière du beau sous toutes ses formes, le sentiment de l'art; 3° donner aux musées d'instruction, aa village comme à la ville, une grande et toute nouvelle importance.

Le Congrès émet le vœu que l'enseignement du dessin rentre dans le programme des matières obligatoires de l'instruction primaire. Il tient à déclarer solennellement qu'à son avis, l'enseignement du dessin ne saurait être soumis à aucune division, et qu'il n'admet, en fait d'enseignement, qu'une loi et qu'un principe : l'imité de l'art.

Quant à l'enseignement primaire, le Congrès n'admet pas le principe actuel de cet enseignement,^ qui se borne à l'imitation servile et textuelle du modèle graphique.

Il exprime le vœu que, dès le début, l'élève de l'école primaire soit placé devant les modèles géométriques élémentaires constituant l'alphabet des formes, ainsi que devant les objets usuels les plus simples.

Le Congrès recommande comme indispensables les explications orales du professeur.

Le Congrès trouve regrettable la direction actuelle de V enseignement secondaire^ en raison de l'abus qu'on y fait du modèle graphique.

Il déclare que l'interprétation raisonnée (réduction ou amplification du modèle), la reproduction de mémoire et le choix facultatif des moyens d'exécution, doivent être substitués à la copie littérale et servile.

Enfin, relativement à l'enseignement professionnel, le Congrès exprime le désir que, dans les écoles, l'enseignement général l'emporte sur l'application industrielle qu'on ne saurait cependant proscrire.

Le Congrès demande pour les instituteurs primaires l'extension de l'enseignement du dessin dans les écoles normales, à l'aide de professeurs spéciaux; en conséquence, il réclame la fondation d'une école normale supérieure pour former ces professeurs.

Le Congrès ne recommande ni ne proscrit aucune méthode ; cependant, il met en garde contre colles qui, par l'emploi de procédés abréviatifs et mécaniques, dispenseraient l'élève de l'observation directe, personnelle et sincère; quant aux modèles, le Congrès blâme l'usage do ceux dits modèles-estampes, qui présentent l'inconvénient grave de substituer l'étude de l'effet pittoresque, qui n'est que le caractère accidentel, à celle de la forme, qui a un caractère permanent.

Sw la quatrième question.

Le Congrès constate avec satisfaction :

1° qu'il se manifeste depuis plusieurs années un réveil de l'opinion entraînant les sociétés civilisées vers l'extension et le progrès des industries d'art, l'amélioration et la généralisation de l'enseignement des arts du dessin et le développement du goût, inséparable d'une action moralisatrice; 2° que, sous l'influence de cet esprit excellent, des efforts dus à l'initiative gouvernementale, collective et industrielle, ont été faits et se font journellement, efforts qui ont abouti déjà à la création d'institutions importantes, musées, écoles, sociétés, etc.

Le Congrès émet le vœu : 1" qu'il soit donné suite à la proposition formulée lors de TExposilion universelle de 1867, et approuvée par tous les présidents d'honneur des commissions internationales, proposition dans laquelle on demandait que chaque pays fît exécuter des reproductions des objets d'art qu'il possède, et en répandit par tous les moyens possibles la connaissance et l'usage dans les autres pays; 2" que l'on cherchât sérieusement à améliorer la condition des professeurs voués à l'enseignement des arts du dessin, parce que de celte condition dépend essentiellement la qualité même de cet enseignement.

Le Congrès provoqué par l'Union centrale pensait avec raison que la question de l'enseignement du dessin est celle qui doit tout d'abord préoccuper les pouvoirs publics. Il est évident en effet que, quelque zèle que puissent mettre les intéressés groupés ou non groupés en associations à répandre l'enseignement spécial à chacune des industries, le savoir professionnel ne pourra être rapidement acquis que du jour où l'enfant sortira de l'école primaire muni des notions générales que peut donner l'enseignement mélhodique du dessin.

Mais la guerre de 1870-1871 vint arrêter

les travaux de l'Union centrale des Beaux-Arts appliqués à l'industrie, comme elle imposa un arrêt à tant d'autres activités fécondes. A ce propos, il convient de rendre hommage à M. Arnoux, qui occupait alors les fonctions de bibliothécaire de l'Union centrale, et qui^ pendant la douloureuse période de la guerre et de la Commune, se constitua le gardien fidèle des collections de la place des Vosges.

La tourmente passée, l'Union centrale se remit à l'œuvre. Elle choisit pour président M. Edouard André, ancien député, et pour vice-président, M. Bouilhet. En 1874, elle faisait une nouvelle exposition que l'ancien président de la société, M. Guichard, consentait à organiser, et qui réunissait 482 exposants. En 1876, l'Exposition générale des industries d'art en réunissait 502.

Enfin, en 1880, l'Union centrale inaugurait par le métal ses expositions divisionnaires qui, prenant la matière comme base d'une classification rationnelle, devaient marquer un nouveau progrès dans son développement.

562 exposants répondirent à son appel.

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