‹ L'art sous la RépubliqueChapitre 5 sur 13 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

La démocratie française a, depuis quelques années, repris l'œuvre d'instruction publique commencée par la Révolution et interrompue par les tentatives de restauration monarchique qui ont absorbé plus de la moitié de ce siècle. Elle a donné un large développement à l'enseignement primaire; elle a, dans une certaine mesure, dégagé cet enseignement des influences et des préjugés dogmatiques. Elle a fortifié l'enseignement secondaire et refait l'outillage de l'enseignement supérieur. Mais il ne faut pas être grand prophète pour prédire que, avant peu, cet efl'ort paraîtra insuffisant, et que l'on ne tardera pas à reconnaître qu'il est absolument indispensable de recou-

rir à une conception plus pratique des programmes d'instruction à tous les degrés.

Les arrêtés ministériels qui, dès 1876, ont rendu obligatoire dans tous les établissements scolaires, l'enseignement du dessin géométrique; la loi de 1880, qui a institué les écoles manuelles d'apprentissage; les demandes^ chaque jour plus nombreuses, faites par les chambres de commerce, par les syndicats professionnels, par les commissions parlementaires et extraparlementaires en faveur de l'extension des écoles qui associent l'art et la science au métier, témoignent de cette préoccupation et montrent que la démocratie française pense que l'éducation de l'œil et de la main n'est pas moins utile que la gymnastique de l'esprit, et que la théorie ne pouvant avoir l'ambition de remplacer partout la pratique, il faut se hâter d'organiser l'enseignement qui donne à l'une et à l'autre la part qui leur est due.

On pourrait même dire, sans exagérer la portée des termes, que cette question du développement de l'enseignement pratique intéresse au plus haut degré l'avenir de notre société, parce qu'il est d'une véritable importance au point de vue social, de savoir si notre système d'enseignement se décidera à faire des

travailleurs ou continuera à préparer d'innombrables prétendants aux fonctions publiques. Si les choses n'étaient pas modifiées, on courrait, en effet, le danger de voir des générations entières qui, par défaut d'instruction pratique, redoutent les risques do la lutte pour l'existence, céder à l'appât facile du mandarinat contre l'accroissement duquel les commissions des finances sont chaque jour plus impuissantes à réagir.

C'est pour ce molif qu'en attendant que l'action publique se soit mise en mouvement et se décide à organiser, dans la mesure oi^i elle le doit, l'enseignement réel, nous devons prêter une grande et bienveillante attention à tout ce que tente, dans ce sens, l'action privée.

Je sais bien que, dans notre pays, on a do vieilles préventions contre l'action privée, qu'on la tient pour mineure et incapable, et que l'on dit tout haut qu'elle n'offre pas les garanties que présente l'action de FÉtat. C'est là une erreur que dissipera l'usage de la liberté. C'est plus qu'une erreur, c'est une calomnie. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler ce qu'ont été, à leur origine, nos écoles d'arts et métiers, comment a été fondée l'Ecole centrale des arts et manufactures, et à qui l'on

doit la création de tant d'autres établissements qui n'ont peut-être pas gagné à passer d'une direction attentive aux progrès à la direction de l'État, qui, d'ordinaire, n'aime point qu'on la trouble et la dérange par ce qu'elle appelle volontiers des propos révolutionnaires.

Aussi lorsque je parle du rôle qui appartient à l'Etat dans l'organisation de l'enseignement pratique, j'entends qu'il doit introduire cet enseignement dans les établissements qui lui appartiennent, mais qu'il doit s'attacher surtout à venir en aide aux établissements privés, à l'aide de subventions dont ceux-ci pourront librement disposer.

Si maintenant nous regardons du côté des institutions qui méritent d'être encouragées par l'Etat au titre que je viens d'indiquer, on me permettra de citer tout d'abord l'Union centrale des Arts décoratifs, dont il a été beaucoup question au cours de ces dernières années.

L'Union centrale des Arts décoratifs est née d'un mouvement déjà fort ancien qu'il convient de rappeler.

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