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PRE VILLE

CHA>T SIXIÈME l33

Pleurait, et ne voyait qu'une mère éplorée Pour le salut d'un fils saintement inspirée ; Et ces vieillards émus, dont j'écoutais la voix, Retrouvaient dans leurs yeux les larmes d'autrefois.

Andromaque nous montre, à la fois douce et fière, Non l'insolent courroux d'une captive altière. Mais le respect d'un nom qui des Grecs fut Peffroi. La veuve d'un héros, digne fille d'un roi. Sans murmure subit des maux sans espérance : On plaint, en fadmirant, cette noble souffrance. Mais ses pleurs pour son fils ont vainement coulé ; Aux frayeurs de la Grèce il doit être immolé ; Andromaque a lassé d'une plainte inutile Et la fille d'Hélène et l'héritier d'Achille. Ah I quand d'Astyanax l'arrêt est prononcé, Entendez-vous le cri de son sein élancé ? Voyez-vous tout à coup quelle terreur l'entraîne Aux genoux du cruel qui retrace à sa haine Son Ilion détruit, les siens qu'il fit périr, Son époux qui n'est plus, son fils qui va mourir? Vains efforts ! vain espoir I... Que faire? Sera-t-elle Une infidèle veuve, une mère cruelle ?

De deux devoirs pieux lequel sera vainqueur? Elle charme l'oreille en déchirant le cœur. Quelle antique beauté I quelle langue divine I C'est Homère inspirant la Muse de Racine.

i34 l'art théâtral

Gomment sauver renfaiit promis à des bourreaux ?

Sur sa tombe elle ira consulter le héros

Qu'OEacide a plongé dans la nuit éternelle,

Et ses ordres sacrés seront suivis par elle.

Il parle ; à son arrêt Andromaque souscrit.

Pour assurer un père à l'orphelin proscrit,

Elle épouse Pyrrhus, qui l'attend dans le temple :

Là, devant son époux dont l'ombre la contemple.

Sa main, pour s'épargner la honte d'un remord.

Va la faire passer de l'hymen à la mort.

Sous un calme apparent, de chagrin oppressée,

A la triste Gléone elle dit sa pensée.

Confie à sa fidèle et tendre affection

Le seul débris vivant des grandeurs d'Ilion ;

Elle espère trouver dans ses soins, dans son zèle.

Pour l'enfant qu'elle quitte une mère nouvelle :

Elle contient ses pleurs dans son sein, mais parfois

L'émotion qui monte altère un peu sa voix.

Que l'actrice toujours simple, noble et touchante,

N'offre point à l'oreille une douleur qui chante.

Espérons que les jours sont à jamais passés

Des roucoulantes voix, des chagrins cadencés;

Que, bannissant l'emphase, une raison plus saine

Fixera pour jamais sur la tragique scëne^

Ce débit poétique ensemble et naturel

Dont l'art, depuis ïalma, fit présent à Rachel.

CHANT SIXIÈME l35

Près des vaisseaux oisifs aux rivages d'Aulide, <Juel orgueil brille au front de l'épouse d'Atride I Son port majestueux et son langage fier Nous révèlent un sang chéri de Jupiter, La fille de Léda, par de saints nœuds unie Au plus puissant des rois qu'honore l'Hellénie. Clytemnestre d'Achille embrasse les genoux. Pour disputer son sang à des dieux en courroux, Tant l'amour maternel, qu'un grand devoir réclame, Au-dessus de l'orgueil sait élever une cime ! Cependant, d'une mère humiliant les droits, Elle ne tombe point aux pieds du roi des rois : Si la valeur d* Achille est par elle implorée, Elle traite en égale avec le fils d'Atrée. Quand elle veut répondre à ce prince odieux Ordonnant sans pitié l'obéissance aux dieux. Ses paroles d'abord sont lentes, mesurées ; Elle a les yeux ardents, fixes, les dents serrées, Et bientôt de son sein gonflé par la fureur Débordent le mépris, et la haine, et l'horreur. Oh ! comme, en gémissant, elle se représente Sa fille, chaste vierge et victime innocente, Par Calchas immolée, et ce prêtre cruel Dans ses flancs déchirés interrogeant le ciel ! D'un affreux désespoir à ce tableau frappée, Sa voix est de sanglots, de pleurs entrecoupée ; On la voit succombant sous le poids de son deuil, Et son corps est sans force, et son front sans orgueil.

Tout à coup (d'une mère, ô vaillante tendresse !) De toute sa hauteur la voilà qui se dresse, Et lançant vers Atride un déti menaçant, Redevient orgueilleuse en désobéissant.

C'est là qu'il faut tonner, là qu'il faut être belle De maternel amour et de fierté rebelle, Et, dans un jeu sublime en sa simplicité, Allier le désordre avec la majesté.

Est-il un plus beau nom que celui d'Antigone ?

Des siècles écoulés le respect environne

Cette touchante image et ce type idéal

De l'amour fraternel, de l'amour filial.

Ducis à nos regards l'offre près de son père,

Guidant et consolant une grande misère :

Elle est d'un triste roi détrôné par les dieux

Le bâton de vieillesse, et la joie, et les yeux.

Si Ducis a chargé de couleurs infidèles

Les superbes tableaux de ses fameux modèles,

Du moins il sut trouver, poète par le cœur,

De réelles beautés qu'avec un ris moqueur

A sa mémoire en vain la justice dénie :

A force de vertus il avait du génie.

Eh! qui peut contempler sans respect, sans pitié.

Ce proscrit du destin sur sa fille appuyé,

Ce coupable innocent, cette grandeur qui tombe.

Mendiant un asile et cherchant une tombe?

CHANT SIXIÈME iSy

Traînant en fugitif ses déplorables jours,

Il n'a que son enfant pour abri, pour secours.

Quand ses fils l'ont chassé, quand chacun l'abandonne*

11 partage ses maux avec son Antigone.

Pour elle point d'hymen I son époux, le voilà :

Le sentir, le toucher, s'assurer qu'il est là.

Qu'il conserve la vie en perdant la lumière ;

S'il implore les dieux, se joindre à sa prière ;

Quand il lance l'insulte à ces dieux ennemis,

Seuls auteurs des forfaits que ses mains ont commis.

Endormir sa fureur dans ses douces étreintes.

Mêler sa voix plaintive à ses amères plaintes,

Calmer de ses esprits l'égarement cruel,

Le rendre à la raison par l'amour paternel,

Faire, à ses doux accents", des lèvres de son père

Descendre le pardon sur un coupable frère :

Telle est, vierge fidèle à ses chastes liens,

La sainte de la Fable et l'ange des païens.

Un père doit avoir l'attitude imposante : S'il bénit ou maudit, c'est Dieu qu'il représente. Corneille se fait voir dans toute sa hauteur Quand Géronde irrité gourmande un fils menteur. Voyez, en flétrissant une indigne faiblesse, Quelle noble origine il donne à la noblesse ; Entendez-le à ce fils déclarer fièrement Que, lorsqu'il s'ose dire un gentilhomme, il ment,

i38 l'art théâtral

Celui-ci de Cliton offre le témoignage ;

Le vieillard sent monter la honte à son visage,

S'approche de Dorante, et, s'exprimant plus bas.

Lui demande comment son front ne rougit pas,

En s'abaissant ainsi jusques à reconnaître

Qu'un valet peut avoir plus d'honneur que son maître.

Molière, en don Juan, peint un cœur vicieux Bravant les lois, les mœurs, les enfers et les cieux. Il a (vous en jugez à sa froide attitude) Du courroux paternel une longue habitude ; Les discours du vieillard ne sauraient l'émouvoir, Et pour toute réponse il l'invite à s'asseoir. Don Louis, à ce trait de sublime impudence, Surpris, indigné, garde un instant le silence. Sur ce fils, de son nom trop indigne héritier, Tourne un triste regard plein d'un courroux altier. Un front où la grandeur respire, où se retrace Le majesté du père et l'orgueil de sa race. Quand il laisse échapper ces mois : Non, insolent^ Je^ne veux pas in asseoir, que son débit soit lent. Il faut qu'ici l'acteur se contienne et s'observe, Des brusques mouvements que son corps se préserve. Qu'on sente sous un calme apparent, solennel, Les nobles grondements du courroux paternel.

CHANT SIXIEME iSq

Vieillards du grand Corneille, ô fière et noble race, Salut, père du Cid ! salut, père d'Horace ! Par un corps sans vigueur ton courage est trompé. Don Diègue, et de ta main le fer s'est échappé. Devant ton déshonneur un instant immobile, Ton cœur vaillant maudit ta vieillesse débile ; Ton nom est à jamais flétri... mais, ô bonheur ; Un fils digne de toi te va rendre l'honneur. Le jeune homme paraît : dès qu'il entend son père Lui dire : As-tu du cœur ? il bondit de Colère : Son héroïque accent, son geste, son regard. Jettent la joie au cœur du généreux vieillard. Pourtant Rodrigue hésite au nom de sa maîtresse. Don Diègue le fait taire : il le pousse, il le presse D'aller venger l'affront qu'un père va pleurer. Et comme son amour se plaît à l'admirer, Quand la mort de Gormas est son vaillant ouvrage 1 Comme il lui fait baiser la place où fut l'outrage ! Il a vengé l'honneur de son père offensé : Qu'il sauve maintenant son pays menacé.

Ea Rodrigue obéit ; il va joindre le Maure : Il s'appelle le Cid. Ce n'est pas tout encore : Chimène le poursuit jusque sous ses lauriers. Et demande sa tête à tous les chevaliers. A de nouveaux combats en vain le roi s'oppose ; Don Diègue ne veut pas que son fils se repose, Et, certain de son bras ainsi que de son cœur. Il cherche des périls pour ce jeune vainqueur.

T/io l'art théâtral

Ne faites pas d'Horace un vieillard trop farouche.

Citoyen, on l'admire : il faut encor qu'il touche ;

Car ce Romain est père. Au moment des adieux.

Il sent son cœur fléchir ; des pleurs mouillent ses yeux ;

Et quand les deux cités semblent d'accord entre elles

Pour mettre en d'autres mains le soin de leurs querelles,.

Il est heureux de croire, au moins quelques instants,

Qu'elles se vont choisir de nouveaux combattants.

De l'époux de Sabine on raconte la fuite :

Comme il est indigné de sa lâche conduite !

Devant des ennemis trahir ainsi l'État I

Ils étaient trois : qu'importe? il fallait qu'il restât,

Qu'il mourût ; et ces mots, dont l'oreille est avide,

Doivent être lancés d'un ton bref et rapide.

C'est un sublime élan, saintement inhumain ;

C'est le cri de l'honneur que jette un vieux Romain ;

Et, non content encor d'un énergique blâme,

Il jure de verser le sang de cet infâme.

Quand l'amour du pays a-t-il jamais fait voir

De plus mâles transports, un plus beau désespoir ?

Tout à coup quelques mots prononcés par Valère

Dissipent son erreur, éteignent sa colère.

C'est pour Rome qu'aux siens son fils a survécu ;

Le guerrier avait fui pour vaincre : il a vaincu.

Et son père est saisi d'une héroïque ivresse ;

Il verse avec fierté des larmes d'allégresse.

Quand ce fils s'est souillé du trépas de sa sœur,

Horace, consterné, le blâme avec douceur,

CHANT SIXIÈME l/|I

Et ne veut point venger, à soi-même funeste, La fille qu'il n'a plus sur le fils qui lui reste. Pour défendre les jours du coupable vainqueur, Quelle éloquente voix s'échappe de son cœur ! Il atteste les lieux témoins de sa victoire, Ces murs retentissants de sa récente gloire, Et le sacré laurier qui, respecté des dieux, Protège, en le couvrant, son front victorieux. Le sien semble entouré d'une sainte auréole : Un lyrique transport échauffe sa parole, Et le jeune héros que le vieillard défend. Gomme au champ de bataille est encor triomphant.

Et, détournant les yeux de ces cœurs magnanimes,

Je vois l'amour du trône enfanter de grands crimes.

D'un fils, dont le nom seul excite encor l'horreur.

Les forfaits d'Agrippine ont fait un empereur :

Mais, en le revêtant de la pourpre suprême.

Elle l'a fait régner pour régner elle-même.

Las de son joug, Néron, l'évitant avec soin.

Méconnaît ses bienfaits et la brave de loin ;

Car devant elle plein d'une impuissante rage.

Il sent fléchir sa force et tomber son courage.

De celle qui le mit au trône des Césars

Il craindrait d^affronter la voix et les regards,

Et, fuyant le courroux d'une mère outragée,

Par elle vainement sa porte est assiégée.

l43 l'art THEATRAL

De la veuve de Claude humiliant l'orgueil, Burrhus insolemment l'arrête sur le seuil. Dans l'exil de Pallas sans peine elle devine Une mortelle atteinte au crédit d'Agrippine. Elle voit dans Junie au trône s'asseyant, De ses honneurs détruits le présage effrayant, Et sa colère, alors perdant toute mesure, Ajoute imprudemment la menace à l'injure. Mais, songeant que peut-être on va briser demain Le sceptre que longtemps a dirigé sa main, Elle craint, au moment de commencer la lutte, Que Néron en tombant ne l'entraîne en sa chute. Quel repos, quel espoir lui peut être permis Dans une cour nouvelle, au milieu d'ennemis, Ses maîtres maintenant, naguère ses victimes, Et prêts à la punir des maux dûs à ses crimes ? Elle croit (vain espoir d'un orgueil insensé !) Faire renaître encor son éclat effacé ; Elle croit qu'à sa voix, si longtemps obéie, Néron va regretter une chaîne haïe, Un joug qui maintenant commence à lui peser. Et qu'il ne reprendra que pour le mieux briser. Mais enfin elle obtient l'entretien qu'elle implore; Elle peut épancher le fiel qui la dévore. Montrant que sa fierté survit à son pouvoir, Assise, elle commande à César de s'asseoir. Il prend place auprès d'elle et l'écoute en silence. D'un discours orgueilleux subit la longue offense,

CIIA^T SIXIÈME l43

Et l'entend raconter un horrible passé, Jusqu'au poison qu'à Claude elle a jadis versé. Tant d'odieux secrets, de honteux artifices,, Bienfaits intéressés, sanguinaires services, Forfaits qu'elle reproche à ce Néron qu'un jour Ses forfaits montreront digne d'un tel amour. Dans ses discours, empreints d'une subtile adresse, Elle mêle au courroux des accents de tendresse ; D'un sinistre avenir son cœur semble effrayé ; La menace a parfois le ton de la pitié. Mais lorsque, par Néron facilement trompée, Elle croit ressaisir sa puissance échappée. Quel délire d'orgueil éclate en ses regards 1 Dans son triomphe, ô veuve, ô mère des Césars,. Avec quelle fierté sa tète se redresse I Se fiant aux transports d'une feinte tendresse^ Aux semblants imposteurs du respect filial, Sa main semble tenir le sceptre impérial. Quelques instants ont vu s'évanouir son rêve ; De ses illusions le vain nuage crève.

Britannicus a bu le poison fraternel, Et bientôt à ses yeux s'offre le criminel. C'est alors que d'avance insultant sa mémoire. En vers majestueux faisant parler l'Histoire, Agrippine maudit Néron, ce fils pervers Que bientôt à son tour maudira l'univers. L'actrice en ce moment est plus qu'une mortelle; Fière divinité, tout doit grandir en elle :

i44 l'art théâtral

C'est Némésis qui jette au despote irrité L'épouvantable arrêt delà postérité.

Bourreau de ses enfants, d'elle seule idolâtre, Plus criminelle encore, apparaît Cléopâtre. Oh! comme on sent brûler dans cette âme d*airain L'inextinguible soif du pouvoir souverain ! Eh quoi I du rang suprême il lui faudrait descendre, Elle, de qui l'orgueil n'a jamais pu comprendre Que, si le sang versé fraye au trône un chemin, On ose refuser d'ensanglanter sa main ! Avant que de son front le diadème tombe. Ses fils, tués par elle, entreront dans la tombe ; Le trône est son seul but, sa seule passion •. Rempli par l'avarice ou par l'ambition, Aux plus doux sentiments le cœur humain se ferme, Et pour ses vœux jamais d'obstacle ni de terme. Opulent, on s'efforce à grossir son trésor ; Au faîte parvenu, l'on veut monter encor. Observez bien comment la Muse du théâtre Fait parler, fait agir Harpagon, Cléopâtre, Gomment, types parfaits dans des genres divers, Se montre de leurs cœurs l'égoïsme pervers. Voyez de quelle ardeur tristement inquiète L'une aime sa couronne et l'autre sa cassette : Alceste à Célimène eût trouvé moins d'appas ; Phèdre sent des remords ; mais eux, ils n'en ont pas,

Tous deux, multipliant autour d'eux les victimes, Marchent de honte en lionle et de crimes en crimes. Jamais pour ses enfants Harpagon n'eut d'amour ; Dans Elise et Gléante, à chaque heure du jour, 11 croit voir deux larrons guettant l'instant propice De lui voler cet or, son tourment, son délice. Sans respect pour leur père et sans aflection. L'un, payant d'un bon mot sa malédiction, Reproche à ce vieillard que la colère enflamme Son ridicule amour et son usure infâme ; L'autre, non moins rebelle à son autorité. Complice d'un amant, brave un père irrité. Rival de son fils même, à l'ardeur de Cléante Il dispute la main d'une fille charmante ; Mais aux jeunes appas dont son cœur est touché Le sordide vieillard veut plaire à bon marché. Cet homme, possédé d'une double démence, D'un budget amoureux comprend peu la dépense. Et. joué par son fils, se plie en enrageant A des attentions qui coûtent de l'argent. Ravi lorsque sans dot sa fille est acceptée. Il lui faut par sa femme une dot apportée. Son oreille toujours écoute ; son regard, Errant de tous côtés, est sinistre et hagard. Quel endroit ignoré, quelle sûre cachette Pourra protéger l'or qu'enferme sa cassette? Chaque bruit est pour lui l'indice d'un malheur : Un chien jappe; ce chien vient d'entendre un voleur ;

"î46 l'art théâtral

'Ses enfants se font signe : ô funeste pensée 1 C'est que par ses enfants sa bourse est menacée. En proie à la colère, agité de soupçons, D'une peur invincible éprouvant les frissons, Le jour, la nuit se passe en dévorantes fièvres, tEt le rire jamais n'approcha de ses lèvres.

Gléopâtre nourrit un odieux espoir.

Et veut par la vengeance assurer son pouvoir.

Elle emploie à la fois et la ruse et l'audace ;

Mais jamais la grandeur en elle ne s'efface ;

Fièrement vers le crime elle marche à grands pas,

Et le ciel en tombant ne l'arrêterait pas.

Séleucus va périr sous un fer homicide :

Au momentde l'hymen, une coupe perfide

A de jeunes époux viendra donner la mort ;

Et devant leur trépas sans pitié, sans remord,

Elle ressaisira, dans sa hideuse joie,

•Ge sceptre, son amour et sa sanglante proie.

(Le sort a déjoué son projet infernal :

Antiochus devant le breuvage fatal

Hésite, retenu par une main aimée.

Lasse d'un long débat, de dépit enflammée,

Elle prend le poison, et (moment plein d'horreur!)

"Leverse dans son sein que gonfle la fureur.

C'est ainsi que sa main défait son propre ouvrage.

Contre une mort trop prompte elle lutte avec rage,

CHA?îT SIXIÈME l/jj

Et, redressant son corps tordu par les douleurs, (Son front est menaçant, son œil vide de pleurs) Elle semble braver son horrible agonie, Vante les attentats dont le ciel l'a punie, Et sur ceux dont la vie échappe à ses forfaits Vomit, en expirant, d'exécrables souhaits.

Contemplez maintenant l'Harpagon de Molière ; Il n'a point l'attitude et la parole fière : Etranger aux forfaits nés de l'ambition, Son âme est sans grandeur, mais non sans passion. Ses entrailles, son sang, c'est ainsi qu'il appelle Cet or que lui ravit une main criminelle. Dès qu'il s'est aperçu de son trésor volé, Qu'on entende les cris du vieillard désolé, Avant qu'il entre, avant qu'à nos yeux il déploie L'insensé désespoir qui fera notre joie. 11 paraît : la douleur, la fureur à la fois, L'agitent, font trembler ses membres et sa voix, Et de ses mouvements la brusque véhémence Nous indique un chagrin voisin de la démence, On le voit, en criant, précipiter ses pas ; Dans son égarement il aperçoit un bras : C'est celui du voleur; et soudain il s'élance. Se saisit de ce bras, puis avec violence Le presse, le secouis, et redemande encor Au prétendu larron son argent, son trésor.

l48 L*ART THEATRAL

Mais il s'agite en vain : rien à sa voix criarde

Ne répond... Il s'étonne, il s'arrête, il regarde:

Il voit ce qu'en son trouble il ne soupçonnait pas.

Et ce bras qu'il pressait était son propre bras !

Alors, confus, il pleure, il sanglote, il adresse

A son argent perdu des mots pleins de tendresse.

Pâle, tremblant, l'esprit de douleur égaré,

Il rêve qu'il est mort et se croit enterré.

On dirait, en voyant la langueur qui l'accable,

Que de tout mouvement son corps est incapable ;

Mais, en secret, le cœur lui bat, le sang lui bout.

Il croit entendre un bruit: soudain il est debout,

Et son œil inquiet sans pudeur se hasarde

A chercher son voleur parmi ceux qu'il regarde.

Quelqu'un a remué, parlé : c'est son voleur;

On rit : les insolents ! ils raillent son malheur :

C'est qu'ils ont part au crime... Allons, qu'on les punisse l

Holà! juges, bourreaux, instruments de supplice,

Venez ; pour rassurer son esprit éperdu,

Il faut que tout le monde à l'instant soit pendu.

Et s'il ne trouve pas l'or qu'on vient de lui prendre»

Tout le monde pendu, lui-même ira se pendre.

Ainsi, dès le début jusqu'au dénouement. Sa vile passion jamais ne se dément.

Pour garder le pouvoir, froidement homicide» Du sang de ses deux fils Gléopâtre est avide.

CHANT SIXIÈME l49

Harpagon — il le dit — , s'il fallait son trésor Pour sauver son enfant, préférerait son or. Le style est différent, mais le cœur se ressemble : Pourtant je ris de l'un, devant l'autre je tremble.

Puissance du génie I admirables tableaux !

Vieux chefs-d'œuvre, toujours plus jeunes et plus beaux.

Heureux qui, consacrant à de telles merveilles

Son esprit, son courage, et son âme et ses veilles,

Se figure parfois que ces illustres morts

D'un sourire indulgent couronnent ses efforts!

Quel spectacle imposant me ravit et m'étonne !

Du grand-prêlre des Juifs j'entends la voix qui tonne :

En des vers où respire une sainte grandeur,

n annonce aux mortels le réveil du Seigneur ;

Leur montre Jéliovah, par un terrible exemple.

Châtiant les forfaits qui souilleront son temple,

Du peuple de Juda la chute et les douleurs ;

Et sur ces maux futurs ses yeux versent des pleurs.

Bientôt il voit, sortant de sa longue ruine,

Jérusalem briller d'une splendeur divine,

Et par les rois sa gloire adorée en tout lieu,

Et la terre s'ouvrant pour enfanter son Dieu.

L'Esprit-Saint le transforme, et, prophète, lui-même

A d'un Dieu sur son front la majesté suprême.

i5o l'art théâtral

Peignez-nous son respect pour la divine Loi,

Son amour pour Penfantqui doit être son Roi,

Et que, du sang royal sacré dépositaire.

Il a caché huit ans au fond du sanctuaire.

Il déteste en Mathan le prêtre déloyal

Quittant les saints autels pour l'autel de Baal :

Quand il le voit, ému d'une haine farouche.

L'insulte à flots pressés s'élance de sa bouche ;

Il invoque sur lui la colère du Ciel

Livrant jadis aux chiens l'infâme Jézabel.

Pour rétablir Joas au rang de ses ancêtres,

Rassemblant près de lui les lévites, les prêtres,

Et les appelant tous au secours de leur Roi.

Il assigne à chacun son poste, son emploi:

Il a le fier accent, la parole animée

D'un héros aux périls entraînant son armée.

Avec quelle douceur il parle au jeune enfant

Que ses mains ont sauvé, que son amour défend !

Du pontife quittant la majesté sévère,

C'est un ami fidèle, un bon et sage père,

Enseignant à son fils avec simplicité

Les devoirs de sa race et de la royauté.

Qu'on admire, aussitôt que l'action commence,

Dans le Maître des Gieux sa foi profonde, immense,

Inébranlable : il met sa force au Dieu puissant

Qui contre l'oppresseur protège l'innocent,

Terrasse l'orgueilleux et parle à la tempête,

Et devant qui des flots le fier courroux s'arrête.

GHAÎ<T SIXIÈME l5ï

Le poète jamais n'avait de vers plus beaux Enrichi notre langue et charmé Despréaux.

Offert aux spectateurs, le merveilleux ouvrage D'un accueil dédaigneux subit l'indigne outrage i Pour la dernière fois le cygne avait chanté, Et de son chant suprême on niait la beauté !

De Joad, il est vrai, malheureux interprète, Manquant de la grandeur du saint et du prophète, Beaubour, acteur outré, sans principes, sans art, Au succès quelquefois conduit par le hasard, Sur la scène étalait le spectacle effroyable D'un prêtre du Seigneur inspiré par le diable : Sous ce jeu sans noblesse abaissant sa hauteur, L'ouvrage était vulgaire aussi bien que l'acteur.

Mais quand Baron revint, exilé volontaire, Baron, cher aux auteurs, aux loges, au parterre r Quand de l'art attristé consolant le long deuils .. De notre vieux théâtre il redevint l'orgueil ; ; Quand le public courut pour y voir reparaître Ce vivant souvenir des leçons d'un grand maître, Unissant aux trésors dans le passé conquis Les dons de son génie aidé d'un goût exquis,

r52 l'art théâtral

Le Roscius français, sans avoir le courage De renoncer encore aux rôles du jeune âge, Y voulut ajouter ceux d'un âge plus mûr : Il vit, talent profond, souple, brillant et pur. ©'un triomphe de plus sa carrière embellie, Et le nouveau Joad fit comprendre Athalie. Vingt-neuf ans de repos avaient 'encor grandi Le vieillard triomphant, toujours plus applaudi, Qui sentait, sous les bruits de la foule charmée, S'accroître son génie avec sa renommée.

Mais la mort, l'épianl de son regard cruel, Allait le condamner au repos éternel :

Elle avait sur la scène été prendre Molière ; Elle y frappa Baron de sa faulx meurtrière. Un an plus tard, hélas ! un mystère d'horreur A l'amour du public enleva Le Couvreur, Et son corps, sans honneurs, fut jeté dans la terre. Tandis qu'auprès des rois de la libre Angleterre, Auprès des morts fameux qui flattent son orgueil, Oldfields voyait placer son glorieux cercueil. Témoin d'un tel contraste et de telles injures, E'art français éclatait en douloureux murmures.

Des bords de la Garonne un jeune esprit ardent, Caractère exalté, mobile, indépendant^

CHANT SIXIÈME l53

Accourait vers Paris pour consoler la scène

De celui que pleuraient ïlialie et Melpomène.

Il a pour réussir dans ce projet hardi,

L'audace familière aux enfants du Midi ;

Sous son brûlant soleil, Toulouse le vit naître.

Préparé par l'étude aux saints devoirs du prêtre,

Une parole aisée, un son de voix flatteur

Promettaient à la cliaire un nouvel orateur.

Bientôt de son esprit l'inconstance ordinaire'

Lui lit pour le barreau quitter le séminaire.

Las d'être sous sa robe un éloquent bavard,

A la géométrie il aspira plus tard :

Puis, les calculs pour lui cessant d'avoir des cliarmes,

Il s'éprit tout à coup de la gloire des armes,

Et, montant à cheval sous l'habit de dragon.

D'un maréchal de France il rêva le bâton.

Ce n'est pas tout : amant de la muse tragique,

Il couronna son front du laurier poétique.

Et d'un Jules-César par sa verve enfanté,

Et dans le lieu natal par lui représenté,

Le succès lui marqua sa nouvelle carrière.

Il cache son vrai nom sous celui de Banière,

Et, du théâtre à peine ayant touché le seuil :

<i Je suis comédien! » dit-il avec orgueil.

Un début n'est pour lui qu'une brillante fête ;

Sûr, dès les premiers pas, de s'élever au faîte

Et que l'art doit en lui reconnaître son roi,

Sur la scène française il monte sans effroi.

i54 l'art théâtral

Repoussant du souffleur l'utile ministère,

Dans un adroit discours il s'adresse au parterre,

L'engage à proléger son périlleux essai,

Et, vantant de Baron le talent noble et vrai,

De le lui rappeler humblement il se flatte,

Jeune encore, il jouait le vieux roi Mithridale

Où l'on se souvenait toujours du grand acteur.

On couvrit de bravos la voix de l'orateur.

Il reparaît bientôt, armé de son audace,

Gourmandant tour a tour Xipbarès et Pharnace.

Mais à peine dix vers sont prononcés par lui,

Grandeur simple, raison, mesure, tout a fui:

Il s'emporte, il éclate en fougues imprudentes ;

De son ciel toulousain les flammes trop ardentes

L'entraînent loin du but et de la vérité:

Mais il n'entendit point ce sifllet redouté

Qu'un parterre clément semble aujourd'hui proscrire :

Gomment pouvoir siffler celui c[ul nous fait rire ?

Poisson, dans ses moments les plus gais, les plus fous,

De ce succès comique aurait été jaloux :

Par ses joyeux éclats la salle tout entière

Saluait Mithridate à son heure dernière.

Cet afl'ront, qui d'un autre aurait brisé le cœur, Banière le subit sans trouble, sans fureur, Opposant aux rieurs un obstiné courage, Il achève son rôle au milieu de l'orage ;

CHANT SIXIÈME l55*

Puis, d'ua visage calme et d'un ton assuré : c De la leçon, Messieurs, je me ressouviendrai^; Vous pourrez samedi juger si j'en profite : Revenez ce jour-là, c'est moi qui vous invite. )> Le tumulte renaît, et des rires nouveaux, Où viennent se mêler d'ironiques bravas. De l'acteur toulousain accueillent la prière ; On lui crie : « Au revoir, à samedi, Banière. »

Au jour marqué, la foule accourt au rendez-vous; Et de l'honneur de l'art le parterre jaloux Veut punir cet orgueil stupide, opiniâtre. Outrageant sans pudeur la Muse du théâtre. Derrière le rideau les acteurs s'effrayaient Des sifflets turbulents qui déjà s'essayaient. A ce bruit, d'un cœur seul la crainte était absente Banière, défiant la tempête naissante.

Nouvel Agamemnon, en dépit du fracas.

Tranquille, s'apprêtait à réveiller Arcas.

Le rideau s'est levé : les murmures s'apaisent ;

Les yeux sont attentifs et les sifflets se taisent.

Un silence glacé sur la salle s'étend.

Et, l'arme dans la main, on observe, on attend ;

On épie un ton faux, un ridicule geste.

Tout autre, frémissant de ce calme funeste.

r56 l'art théâtral

Eût perdu tout à coup la mémoire et la voix :

Lui, rien ne l'intimide ; il est le roi des rois.

Il se lève, il s'avance ; un mouvement farouche

A soudain rapproché le sifflet de la bouche.

Mais comment se servir de l'instrument fatal

Devant un geste sobre, un port vraiment royal ?

Mesuré, large, pur, le débit de Banière

Rappelait de Baron la savante manière :

De Racine par lui les beaux vers prononcés

Etaient harmonieux, sans être cadencés.

Un sentiment nouveau dans les âmes s'éveille ;

Il remuait le cœur, il caressait l'oreille;

0n cachait le sifflet qu'on avait apporté ;-

Et, sans s'étonner trop d'un succès mérité,

L'enfant du Languedoc entendait sur sa tête

Des applaudissements l'agréable tempête.

Les spectateurs, surpris d'un changement si prompt.

Mesuraient noblement le triomphe à l'affront.

Melpomène écoutait, et, calmant ses alarmes,

Par l'espoir ranimée, elle essuyait ses larmes.

L'incroyable succès eut des échos nombreux,

Et ce jour fut suivi de jours non moins heureux.

Devant le jeune acteur quel avenir se lève !

Le succès qu'il rêvait n'était plus un vain rêve.

Hélas I trop courts instants d'allégresse et d'orgueil ! Toujours l'extrême joie est voisine du deuil ;

CHANT SIXIÈME iSy

C'est dans un ciel serein que se forme l'orage : Jeune insensé, ta perte est ton fatal ouvrage. Au service du roi son devoir l'attachait, Et sous un nom d'emprunt en vain il se cachait. Avait-il cru, soldat, pouvoir rompre sa chaîne. Dépouiller l'uniforme et monter sur la scène, Et qu'entendu de tous et de tous regardé, Un secret si public serait toujours gardé ? Pensait-il revenir du théâtre à l'armée? Avide de talents, de bruit, de renommée, Jeune, ardent au travail, d'un orateur brillant, D'un sublime poète et d'un guerrier vaillant. D'un grand acteur prêtant aux œuvres du génie Du geste et de la voix la puissante harmonie, Il voulait, esprit vain et cœur ambitieux, Qu'on admirât en lui tous les dons précieux, Et, s'assurant de loin une illustre mémoire, Fatiguer les cent voix qui racontent la gloire. L'obstacle, pour son cœur, n'avait rien d'effrayant, Il croyait quelquefois le vaincre en l'oubliant. Mais toute son audace est soudain abattue Par un mot : Déserteur ! mot terrible et qui tue. De la loi militaire implacable rigueur ! Acteurs, public, en vain confondant leur douleur. Implorent le pardon du malheureux Banière, Et l'heure qui s'approche est son heure dernière. Il entend son arrêt sans pâlir, sans trembler; ïl marche, et sur son sein les balles vont si filer.

i58 l'art théâtral

Des applaudissements adieu la douce ivresse, Et le bel avenir rêvé par sa jeunesse î La mort est là : soldat, il l'eût, au champ d'honneur,. En cherchant Tennemi, reçue avec bonheur. Mais d'un nom flétrissant subir l'horrible injure ; Mais mourir de la mort du lâche, du parjure, S'appeler déserteur, lorsque Ton porte en soi La loyale fierté d'un cœur exempt d'ellVoi !... Sans doute à ces pensers, par l'orgueil retenues, Dans ses yeux, malgré lui, des larmes sont venues. Laissait-il une mère, un père gémissants, Une amante adorée et des amis absents ? L'un d'eux vint-il du moins, à cette heure cruelle, Dire l'adieu touchant d'une amitié fidèle ? Nul ne l'a su jamais : sous l'homicide plomb 11 expire, et l'oubli vient emporter son nom. Dans les fastes de l'art qu'il obtienne une page ! Je lui viens en ces vers offrir mon humble hommage. Je n'ai, pour célébrer ce cruel souvenir, ■Qu'une impuissante voix, des chants sans avenir. Daigne t'en contenter, ô fatale victime : Reçois de ma pitié le tribut légitime, Banière, que ton ombre honore d'un regard Un soldat de Molière, un vétéran de l'art. Qu'on vit trente-sept ans fouler la noble scène Où tu devais grandir, où tu parus à peine !

De la muse comique aimables interprètes, Facétieux valets, amusantes soubrettes, Que votre seul aspect soit un signal joyeux ; Divertissez l'esprit en égayant les yeux. Si votre froid visage atteste une humeur triste, Le spectateur, souffrant des efforts de l'artiste, Sent tout à coup son cœur s'attrister avec lui, Et contre la tristesse il invoque l'ennui. Gardez-vous de penser que j'aille vous prescrire De montrer au public un éternel sourire : La bouche qui sans cause incessamment sourit Peut trahir quelquefois l'indigence d'esprit.

Pourquoi cette soubrette est-elle si rieuse ? Pour étaler les dents dont elle est glorieuse. Il est plus d'un moyen d'exciter la gaîté. Labranche, de Crispin camarade effronté,

i6o l'art théâtral

Lui raconte comment une fausse apparence A fait emprisonner sa douteuse innocence. Son rire nous serait insipide, odieux : Il ne sera plaisant que s'il est sérieux.

Chez ïérence et chez Plante on voyait maint esclave, Fourbe portant le nom et le masque de Dave. Parmi nous transporté du théâtre latin, L'ancien Dave devint Mascarille ouFrontin. Déployez dans ce rôle une audace impudente ; Ayez une- parole incisive et mordante, Et qu'une majesté comique, à tous moments, Éclate dans vos traits et dans vos mouvements. Rien n'égale l'orgueil de ce Dave moderne, Surpassant par l'esprit le maître qu'il gouverne. Par Léandre Scapin (i) à genoux supplié D'un amant malheureux daigne prendre pitié. Comme dans son manteau Mascarille (2) se drape ! Chaque coup d'étourdi dont son maître le frappe. S'il l'irrite un instant, ne sert qu'à redoubler L'impétueuse ardeur dont il se sent brûler. Son grand cœur des périls jamais ne se fatigue ; 11 croit en son génie, il est né pour l'intrigue ;

(i) Les Fourberies de Scapin.

(2) Mascarille dans V Etourdi.

CHAINT SEPTIÈME l6l

Sa vanité fait taire une juste fureur,

Et des fourbes en lui proclame l'empereur.

Quand il parle d'honneur et de sa renommée,

Ne croit-on pas entendre un général d'armée

Qui sait, dans ses desseins, hardi non moins qu'adroit,

Unir à la valeur l'aplomb et le sang-froid ?

Dans un tel personnage, à nos mœurs si contraire,

L'exagération est presque nécessaire :

Sa diction, qu'anime une extrême chaleur,

Du tragique débit a la superbe ampleur.

Il porte le front haut, sa démarche est rapide,

Son geste est vif et large et son œil intrépide.

Tel Monrose, marchant sur la scène à grands pas,

De sa vibrante voix lançait les fiers éclats,

Et, de ce rôle ainsi marquant le caractère,

Du feu de ses regards échauffait le parterre.

Au goût d'une autre époque habile à se plier, Dave devint plus lard Figaro le barbier. Avec moins d'idéal il a plus d'élégance; L'épigramme chez lui tempère l'arrogance. Philosophe chantant, versifiant, rasant.

Sans peur de l'avenir, sans souci du présent. Le crayon dans la main, à son dos la guitare. Assez vain d'un esprit dont il n'est point avare. Est-il barbier, valet, poète, aventurier ? Il n'est rien, il est tout; et, type singulier

D'un serviteur qui sert beaucoup moins qu'il ne fronde. Et, pas plus que Scapin, n'a de modèle au monde, Ce personnage heureux, vif, brillant, enjoué, Créé par Beaumarchais, par Préville joué. Jeune, après tant de jours d'une gloire éclatante, Eblouit la raison plus qu'il ne la contente.

Aisé dans vos discours comme en vos mouvements, Que votre esprit s'échappe en gais pétillements ; Que le ton soit léger, l'allure cavalière : Quittez la majesté des Davede Molière : L'exagération ici serait un tort.

Soyez spirituel sans apprêt, sans effort. Que vos yeux au public ne disent point sans cesse : Ecoutez ce bon mot ; goûtez cette finesse. Ne soulignez point tout : ambitieux acteur, Gardez-vous d'affecter plus d'esprit que l'auteur. Des temps trop prolongés vous devez vous défendre : L'esprit de Figaro ne se fait pas attendre. Bannissez de vos traits l'air grave et soucieux ; Que votre impertinence ait un ton gracieux. Mais, dans votre gaîté montrant de la réserve, Fuyez de quelques-uns la turbulente verve Et ce jeu tapageur qui rend les sots heureux : L'acteur le plus bruyant est le meilleur pour eux.

CHANT SEPTIÈME l63

Mais Figaro plus tard n'habite plus Séville;

Pour le château du comte il a quitte la ville.

Le rasoir, les chansons, la folle liberté.

Valet, contre son maître il lutte avec gaîté ;

Car le comte réclame, amant illégitime,

Sur ses plaisirs d'époux une secrète dîme.

Fidèlement aimé de sa chère Suzon,

De son perfide maître il veut avoir raison,

Et punir par la ruse un mari trop volage

Qui, pour le lit d'autrui, déserte son ménage.

Plus artificieux parfois qu'il ne le faut,

Il voit, sans sourciller, sa finesse en défaut ;

Un mot plaisant le sauve, et, sans changer de face.

Il remplace soudain le succès par l'audace,

Et conservant toujours son ton leste et moqueur.

Dans ses défaites même on le croirait vainqueur.

Peu fier de ses parents que le ciel lui renvoie,

Le voilà qui pourtant rit et pleure de joie.

Comme à la raillerie, à l'artifice enclin,

Avec un cœur sensible il a l'esprit malin.

Un instant vient, hélas ! où sa gaîté s'altère :

D'une épingle perdue il surprend le mystère.

Tout à coup, le soupçon dans son cœur se glissant ^

Il devient soucieux et sombre et menaçant,

Au rendez-vous où doit se consommer sa honte

Venu pour épier et Suzanne et le comte.

De son rêve jaloux la fièvre le poursuit ;

Il regarde, il écoute et tremble au moindre bruit,

ï64 l'art THÉA.TRAL

Va, s'arrête, et courant de pensée en pensée, Sa vie est par lui-même à ses yeux retracée. Le voilà seul, la nuit, se contant longuement Et ses chagrins passés et son nouveau tourment. Ce fameux monologue où l'épigramme abonde Présage l'ouragan qui s'approche et qui gronde, Et brisera bientôt, pour le renouveler.

Un monde qui chancelle et s'apprête à crouler. Trompé, comme il le croit, par une femme aimée, Son trait est plus amer, sa voix plus animée. Ce monde, en s'en moquant, il l'a toujours haï : Cette haine s'accroît de son amour trahi. Dans l'amoureux chagrin dont son âme est flétrie, Il mêle les soupirs avec la raillerie ; Car Figaro n'a point un langoureux amour : A travers le malheur sa gaîté se fait jour. Aussi sa folle joie est bientôt revenue, Quand par lui de Suzon la voix est reconnue; Et comme il joue, après son conjugal ennui, La maligne beauté qui se jouait de lui 1 Comme, tout en riant de leur méprise étrange, D'un maître déloyal le couple heureux se venge. Ravi de tourmenter, ne fût-ce qu'un moment, Cet éternel trompeur qu'on trompe incessamment

Mais Figaro vieillit, et son esprit morose

Du jeune Beaumarchais n'a plus la vive prose :

CHANT SEPTIÈME l65

Aussi bien que son front, son esprit s'est ridé;

Aux vices de ce monde il s'est accommodé.

L'épigramme plus rare est aussi moins hardie :

Pour le drame on le voit quitter la comédie.

Mais comme sa vieillesse est pleine de verdeur î

Contre un fourbe effronté luttant avec ardeur,

Entre deux ennemis dont la force est égale

C'est un duel à mort, une lutte infernale.

Où Figaro toujours attaque et se défend,

Et, vaincu quelquefois, est enfin triomphant.

Dans ses traits radieux quel orgueil se déploie,

Et, malgré ses vieux ans, comme il bondit de joie!

Ravi de démasquer un fourbe audacieux.

D'un impuissant courroux il réjouit ses yeux,

Et, pour ne laisser pas sa victoire imparfaite,

Accable le vaincu du poids de sa défaite,

Lui lance avec plaisir l'insulte et le mépris.

Généreux serviteur de ses maîtres chéris.

Dans l'or qu'on lui propose il voit presque une offense.

Mourir chez eux, voilà sa seule récompense.

Il veut dans ses vieux ans, meilleur et plus sensé,

Racheter les erreurs d'un orageux passé.

Jadis c'était l'esprit qui parlait par sa bouche;

11 faisait rire alors : maintenant il nous touche,

Et pourtant, à travers sa sensibilité,

Brille un rayon de jeune et maligne gaité.

l66 l'art THEATRAL

Il est pour les valets plus d'un genre de rôles.

Voyez ce personnage aux allures si drôles :

C'est Crispin, grand hâbleur et joyeux fanfaron

Qui, portant sur l'oreille un petit chapeau rond,

D'une moustache orna sa grotesque figure.

Une fraise, une épée, une large ceinture,

Sa veste, un court manteau sur l'épaule glissant.

Et sa main s'appuyant sur un glaive innocent,

Sa démarche, son air, tout commande qu'on rie :

Il est l'ancien héros de la bouffonnerie.

Et l'acteur peut ici, par sa verve emporté,

Se livrer aux écarts d'une folle gaité.

C'est Poisson qui, dit-on, au temps de Louis treize,

Produisit le premier sur la scène française

Ce plaisant personnage, aujourd'hui dédaigné.

Trois acteurs de ce nom au théâtre ont réo^né :

Facétieux esprits, bouffons par caractère,

Ils ont dans les Crispins diverti le parterre,

Et tousse ressemblaient par un bredouillement

Qui fut d'un jeu naïf le bizarre ornement :

Aussi, quand vint Préville, il manqua de déplaire

Avec son débit net et sa parole claire.

La laideur de Poisson enchantait nos aïeux

Et le nouveau Crispin sembla trop gracieux.

L'engouement est aveugle, et dans l'acteur qu'il aime

Le public applaudit jusqu'à ses défauts même.

Mais de Préville enfin le talent reconnu

Sut vaincre le public contre lui prévenu,

CIIATS'T SEPTIÈME 167

Qui, faisant succéder l'éloge à la critique,

Vit du théâtre en lui le plus parfait comique,

La finesse s'unit à la vive gaîté.

Et, moins grossier, Crispin n'en fut que plus fêté.

Evitez les lazzis dont le bon goût se blesse :

Que la bouffonnerie ait de la gentillesse.

C'est peu de faire rire, il faut encor charmer,

Au style de Regnard sachez vous conformer :

Dans sa joyeuse verve aimant la parodie.

Il prête à ses valets des vers de tragédie;

Puis, parmi ces grands mots, pour nous mieux égayer,

Tout à coup tombe un vers comique et familier.

L'auteur du Légataire en traits pareils abonde.

Suivez, en le jouant, sa marche vagabonde.

Qu'en vos transitions rien ne semble apprêté :

La langue doit du corps avoir l'agilité.

Prompt à se travestir, que Crispin soit habile

A varier les airs de sa face mobile.

On le voit tour à tour insolent campagnard,

Veuve au ton déluré, cacochyme vieillard,

Flairant avec Labranche (i) une assez forte somme,

11 singe le ton fat d'un jeune gentilhomme.

Faux brave, il est hardi, vantard et tapageur,

Et son front de la honte ignore la rougeur,

Qu'à sa verve souvent un jeu fin se marie ;

Mêlez un peu de grâce à son effronterie.

(i) Dans le Crispin rival de Lesage.

i68 l'art théâtral

La vieille comédie, en sa gaillarde humeur, D'une oreille moderne offense la pudeur : Mais d'un débit adroit la prudente magie Sait des mots un peu crus tempérer l'énergie. Mieux vaut manquer le rire auquel vous aspirez Que de le provoquer par des moyens outrés. L'exagération, voilà ce qu'il faut craindre : On dépasse le but quand on ne peut l'atteindre. La charge théâtrale, en de certains emplois. Est un excès que l'art nous permet quelquefois ; Mais fuyons un abus dont la raison murmure : C'est dans l'excès surtout qu'il faut de la mesure.

Le plaisant Dugazon, par la foule adopté,

Avait reçu du ciel des trésors de gaité.

De ce bien précieux il devint trop prodigue :

Gomme un fougueux torrent qui renverse la digue

Vainement opposée à ses flots destructeurs,

Son beau talent de l'art déserta les hauteurs.

Et souvent il conquit, en excitant le rire,

Un succès trop facile et que l'art doit proscrire.

Son nom en fut puni,. châtiment mérité !

Un peu d'ombre se mêle à sa célébrité,

Et de Préville enfin la gloire plus ancienne,

Pure de tout nuage, a surpassé la sienne.

CHANT SEPTIÈME l6()

J'aperçois deux valets à Focil moins elTronté.

Tous deux divertissants par leur naïveté.

Sosie (i) est le premier qui réjouit ma vue ;

Sa main d'une lanterne est prudemment pourvue ;

Craintif, à chaque pas, il tremble. Le second,

Non moins poltron sans doute, en proverbes fécond,

C'est le bon Sganarelle (2), âme honnête et croyante.

Nous rappelant un peu le Sancho de Cervante,

Souhaitant^ espérant toujours le repentir

De l'impie endurci qu'il cherche à convertir.

Honteux, dans sa confuse et burlesque éloquence,

De ne pouvoir pas mieux exprimer ce qu'il pense.

Ce qui lui semblait clair et qu'il comprend si bien.

Quand il veut l'expliquer, il n'y comprend plus rien.

Sa parole s'arrête, obscure, embarrassée,

Et, sans la ressaisir, il cherche sa pensée.

Mais, quand son trop d'ardeur ne trouble point ses sens.

Comme tout ce qu'il dit est nourri de bon sens !

On sent en lui la foi d'une âme simple et bonne,

Qui hait l'impiété, qu'un doute même étonne,

Se dépitant toujours de ne pas en autrui

Faire passer la foi, si profonde chez lui.

Craignant de ses pensers que le fil ne se rompe,

De peur de rester court, il veut qu'on l'interrompe.

(i) Dans VAmphylrion de Molière.

(3) Dans le Festin de Pierre,

Emu d'un mot pervers, d'une infâme action, La peur refoule en lui son indignation, Il se tait; sur sa lèvre un sourire hypocrite Contredit la colère en ses regards écrite. Enfin quand, de son âme étalant la noirceur, Don Juan, de Tartuffe odieux précurseur, Projette de cacher sous un dehors austère Son fier mépris des lois du ciel et de la terre, Sganarelle ne peut contenir son horreur, Et par un long sermon veut décharger son cœur. Mais son pauvre cerveau se troublant dès l'exorde, En proverbes nombreux sa colère déborde. Voilà sa langue errant dans un dédale affreux De phrases et de mots se liant mal entre eux : N'importe, il va toujours ; sa parole pressée N'a pas même le temps d'avoir une pensée. Le diffus sermonneur parle à tort, à travers, De la mer, de la mort, des cieux et des enfers î Et, las de débiter ces phrases incroyables, Finit par envoyer son maître à tous les diables.

Que l'acteur n'ait pas l'air de se moquer de soi : Car le comique ici naît de la bonne foi. Ayez de la gaîté ; mais, de vous toujours maître, Sachez être plaisant sans affecter de l'être, Et ne briguez jamais des succès malheureux. D'un général vainqueur ambassadeur peureux,

CHAjNT septiemk

Sosie a préparé la harangue ampoulée

Dont Alcmène par lui doit être régalée ;

Mais, sous ses traits, un dieu malin et tracassier

Vient le rouer de coups pour se désennuyer,

Du logis de son maître on lui ferme la porte ;

Ainsi que le courroux, la douleur le transporte :

Mais, comme Sganarelle, en proie à la frayeur,

Devant le châtiment il contient sa fureur.

Tombant à chaque instant de surprise en surprise»

Non moins que sa figure, il voit sa place prise ;

Et, lorsque pour s'en plaindre il élève le ton,

Puni par un soufflet ou bien par le bâton,

11 reprend aussitôt sa peur et son silence ;

Car il a contre lui la force et l'évidence.

N'ayez pas d'un Crispin la folâtre gaîté :

Ici le premier don, c'est la naïveté.

Quel dépit en voyant qu'on traite d'imposture

Le fidèle récit de sa triste aventure !

Plus tard l'infortuné, changeant d'émotion,

Craint pour son front d'époux le sort d'Amphitryon»

Et, brûlant de savoir jusqu'où l'autre Sosie

A de le remplacer poussé la fantaisie,

Il adresse humblement à son aigre moitié

Certaines questions dont il est elTrayé.

Combien il est heureux d'apprendre qu'il fut sage

Dans cette chaste nuit dont Cléanthis enrage !

Lorsqu'à son appétit il va donner l'essor,

Le terrible bâton sur lui se lève encor ;

A l'heure du dîner ne se pas mettre à table ! De toutes ses douleurs c'est la plus lamentable. Gardez-vous de donner à sa naïveté Les grotesques dehors de la stupidité, ^u'il ne ressemble point à ces niais de théâtre Prodiguant leurs lazzis à la foule idolâtre : Dans ces rôles si vrais et si divertissants,] Molière à pleines mains a semé le bon sens. A remonter aux cieux quand Jupin se décide, Justifiant Alcmène et promettant Alcide, Entendez-vous Sosie à tous recommandant Sur cet étrange honneur un silence prudent ? Au mari consterné d'un malheur ridicule Son divin suppléant sait dorer la pilule : Sosie, en l'écoutant, malignement sourit. Parfois l'orgueil des grands le révolte et l'aigrit Mais des penchants railleurs sa raison ennemie Dans sa malice même a de la bonhomie.

Surtout, digne ornement du théâtre français, Fuyez toujours la charge et ses honteux succès : Dites-vous que Molière et vous voit et vous juge, Des défauts de l'acteur la charge est le refuge.

<3uand l'auteur du Tartuffe à nos yeux apparaît, Nous voyons près de lui la bonne Laforèt,

CHANT SEPTIÈME lyS

Qui parfois, nous dit-on, de son maître chérie.

Servante d'un grand homme, en était l'Égérie.

Par MoUcre attentif, son rire consulté

A devancé l'avis de la postérité.

Est-ce son humeur franche et sa raison plaisante

Qu'en des types divers Molière nous présente ?

Dans Dorine au ton brusque, au langage sensé,

L'âme de Laforêt aurait-elle passé ?

Et s'est-il souvenu de sa vive parole

En peignant Marinette et Toinette et Nicole ;

Arrivez au succès dans ces rôles heureux

Par un comique ferme, et large et vigoureux.

C'est là qu'il faut, laissant les grâces minaudières,

Avoir un débit franc et de franches manières.

Voyez lutter Dorine et sa verte raison Contre l'entêtement du fanatique Orgon.

Comme, de son courroux affrontant la tempête. Pour protéger la fille, au père elle tient tête ! Mais quand elle se livre à son zèle emporté, N'ayez pas l'air méchant et le ton effronté. Dorine est bonne ; elle aime une honnête famille ; La jeune Marianne est pour elle une fille ; A l'amoureux Yalère elle voudrait l'unir. Son indignation ne se peut contenir En voyant cet Orgon, si sottement crédule, Choisir pour son enfant un époux ridicule,

174 i/art théâtral

Un fourbe, en sa maison par lui-même amené,

Dont l'adultère amour par elle est deviné.

A son maître abusé peu soigneuse de plaire,

Sa colère se plaît à le mettre en colère,

Et, quand il est saisi d'un courroux trop brutal,

A le faire rougir d'un péché capital.

Pour rendre de l'auteur l'esprit et la pensée,

La scène avec talent doit être nuancée.

Les deux acteurs entre eux se doivent concerter,

Pour se répondre mieux, savoir bien s'écouter.

Il faut que les regards s'attachent l'un sur l'autre ;

Le jeu d'Orgon toujours doit inspirer le vôtre.

Pareil à ce volant qui, dans l'air élancé,

Tombant sur la raquette, est par elle chassé,

Que soudain le mot parte et soudain vous revienne

Surtout que votre voix s'accorde avec la sienne.

N'allez pas, vous livrant à des sons hasardeux,

Sur des tons différents vous fâcher tous les deux.

Ces types, appelés servantes de Molière,

Ont la parole alerte et vive et familière.

Quelquefois, par l'idée et par l'expression,

Dorine est au-dessus de sa condition.

La ïoinette d'Argan à nos yeux se présente Plus vive et d'une humeur plus follement plaisante. Prompte à contrarier son maître, à le railler, Et gaîment le coiffant d'un perfide oreiller,

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