‹ L'art théâtral: nouvelle édition, précédée d'une lettre d'Émile Augier et dChapitre 4 sur 14 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

conTiens, Monsieur, que c est de ma faute : mais cela ne serait pas arrivé si vous aviez pris la peine dé venir à la répétition o — M. Samson remonta au foyer sans répliquer, me laissant confus de mon audace, mais au premier entr'acte il me fit appeler dans sa loge. — Je comparus... comme un criminel : « Monsieur Coquelin, me dit-il, je vous demande pardon : j'aurais dû venir répéter, vous avez eu raison de me le rappeler ; mais faisons la paix, et venez chez moi demain. » — Je n'y manquai pas, comme on pense ; et, après déjeuner, M. Samson causa, et je passai à l'écouter une après-midi qui fut tout un cours semé d'anecdotes et de souvenirs, car Dieu sait s'il abondait en cela ! Il était les mémoires vivants de la Comédie-Française depuis le commencement du siècle. Il y eut donc pour moi grand profit à cette conversation. Depuis lors, M. Samson me témoigna de l'amitié; et je me rappelle qu'à l'une de ses représentations de retraite, où il parut dans l'Etourdi^ comme on lui avait dit que, du fond d'une loj je le suivais dans cet admirable rôle de MascariJ en notant mouvements et inflexions, il se m :ra très touché de ce qu'il appela une attenti< '^t qui était surtout un précaution utile pour

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5feer dans mi mémoire les détails d'un jeu' étonnant.

Il ne vivait que pour son art : l'exercer, renseigner, c'étaient ses deux passions; je ne sais s'il en a eu d^autres, et ce dévouement absoludonna à sa vie un grand caractère de dignité. Avec cela, délicat et ' bon, mais intraitable dès qu'il s'agissait de ses dieux» ^ flu'il défendait contre quiconque, unguipus et rostra.

Ses dieu3^, c'étaient ceux du répertoire : Corneille,. Racine, Molière; mais personne ne les connut mieux^ que lui, et personne n'appuya cette connaissance: d'une instruction littéraire plus nourrie.

Cinq chants sur huit de son livre (de III à VII) sonf consacrés à Fétude des grands rôles tragiques oii comiques; il faut les lire pour voir à quel point il pénétrait dans la pensée de ses chers auteurs et aussi dans la vérité du cœur humain. C'est de l'analyse sûre autant que fine, confirmée d'ailleurs par une expérience de trente ans.

Sortant de l'entendre un jour faire une lect e,

Sainte-Beuve eut ce mot, que rapporte M. Legou h :

« Je viens d'apprendre qu'un grand lecteur est m

grand critique ». M. Sàmson, en effet, pour q' la

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: diction c'était tout l'art, avait toutes les qualités du critique supérieur : la pénétration, je dirais volontiers la divination, et Tenthousiasme. Il arrivait, ce ! semble, à dire les choses comme elles avaient été con- ; eues dans l'esprit de l'auteur : et de là vient qu'il découvrait des intentions jusqu'alors inaperçues. Il s'enthousiasmait, car un vrai critique doit aimer le beau jusqu'à la folie ; et de là lui venait l'éloi quenceet, quand il enseignait, la force de persuasion. C'est ainsi qii'il saisissait l'âme d'un rôle ; et dès f lors, en étant possédé, d'un mot, d'un geste, il la 1^ faisait sentir. Il entrait en scène, et tout le person- ^ nage était révélé. Il l'aurait révélé de la coulisse, par une intonation. Qu'on se le rappelle dans les valets [ qu'on se le rappelle dans les marquis. Il a excelle i dansles deux, et rien^ quand il était M. de la Seiglière

[ ou M. d'Auberive, ne rappelait qu'il pût être Figaro

' ni Grispin. L'impertinence de l'aristocrate n'était pas l'impertinence de Mascarille. Il nuançait merveilleusement; il était l'homme des nuances.

"^ait, pour rendre l'ironie, un don particulier I m -ii narquois qu'il fût, il restait de bon goût. Le € 'était sa dominante : il s'était développé dans

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