Viclor Hugo, La Légende des Siècles
feuilles et d'orage. On les sent palpiter de la même sensualité cosmique qui soulève, sous leurs couleurs, les glèbes et les écorces de Courbet. Il y a là comme une profondeur d'eau végétale, une pesanteur de roche, une respiration de semaille. Et en nous, devant cette circulation énorme de sève, une sympathie créatrice s'éveille. Comme un sens nouveau nous vient. Rappelez-vous, vers la fin des Bayons et des Ombres, ces Nuits de juin :
L'été, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant ;
Les yeux fermés, l'oreille aux rumeurs entr'ouverte.
On ne dort qu'à demi d'un sommeil transparent.
Les astres sont plus purs, l'ombre paraît meilleure ; Un vague demi-jour teint le dôme éternel ; Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure, Semble toute la nuit errer au bas du ciel K
Ce beau sommeil transparent, l'œuvre entière d'Hugo s'enfonce en lui et y rêve, tandis que rôde autour d'elle la pensée des hommes à venir, la nôtre. Tenez, pour ces hommes, pour nous, dans la pièce suivante, en achevant son livre, ne semble-t-il pas avoir voulu révéler le secret de son métier et ainsi nous amener à le mieux comprendre et à le mieux aimer. Ecoutez-le. Pour mon cœur, dit-il, des choses d'ici bas
Sort une bienveillance universelle et douce Qui dore comme une aube et d'avance attendrit