‹ L'Art vainqueurChapitre 13 sur 50 · Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres · texte numérisé non relu

Victor Hugo, Les Rayons et les Ombres

Le vers qu'à moitié fait j'emporte en mon esprit Pour l'achever aux champs avec l'odeur des plaines Et l'ombre du nuage et le bruit des fontaines \

On ne peut davantage se rapprocher de la terre et du ciel et les faire participer à son travail. Boileau aussi allait demander parfois la rime aux charmilles d'Auteuil ; et M. Charles Maurras à ce sujet me faisait remarquer, un jour, la parenté qui existe entre ces deux bons ouvriers de la rime, cette même volonté obstinée, cette tension qu'ils apportent dans la construction de leurs vers bien musclés. Mais Hugo, Messieurs, après vous être redit ceux de lui que je viens de vous citer, avouez qu'on ne peut mieux nous infléchir, par analogie et avec moins de souriante malice, à procéder vis-à-vis de son œuvre comme elle-même agit vis-à-vis de la nature. Mais aussi quand cette nature les avait achevés avec lui, quelle âme mélodique, quelles formes, quelles présences palpables circulaient dans ses vers. C'était de fines musiques comme la divine églogue :

Eschyle errait à la brune En Sicile, et s'enivrait Des flûtes du clair de lune Qu'on entend dans la forêt.

Plante, rôdant à Viterbe Dans les vergers radieux, Ramassait parfois dans l'herbe Un fruit mordu par les dieux...

Page 1