Baudelaire, Les Fleurs du Mal
à l'âme, pour ne point l'avoir expulsé de lui avec tous les réactifs auxquels il le soumettait.
Le poëte véritable est celui qui donne aux autres le sentiment de leur poésie et de leur grandeur. Le grand lyrique, le lyrique véritable est celui qui nous donne la sensation unanime de notre humanité. Homines quidem pereunl, écrivait Sénèque à Lucilius \ ipsa aulem humanilas, ad quam effingitur, permanel. Les hommes périssent, mais l'humanité vers laquelle l'homme s'efforce, le lyrique l'atteint, l'humanité ne meurt pas , son expérience , son rythme, son chant permane de race en race, de siècle en siècle, d'oeuvre en œuvre. Cette fuite incessante des êtres et des choses, le rythme du vers en en mesurant l'émotion l'accorde en nous au grand destin perçu de l'Homme, la cadence au mouvement continu de l'espèce. La vie du vers est là, dans cette évolution, dans cette humanité. Le rj-thme l'appréhende, le vers l'incarne. En éprouvant un vers, en le sentant, veux-je dire, dans sa réalité émotive et plastique, nous participons à la vie de toute notre espèce, nous devenons plus hommes.
L'homme, depuis qu'il y a des hommes, s'élève par un invincible effort à une conception toujours plus haute de lui-même. La poésie prend conscience de cet effort et le parachève sans cesse, la poésie marque les étapes de cette conception. Le rythme la