‹ L'Art vainqueurChapitre 20 sur 50 · Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal · texte numérisé non relu

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal

LA VIE Dr VERS 85

méconnaîssable, comme étrangère sous ses regards de pierre et ses larmes de fleurs :

Homme, libre-penseur, te crois-tu seul pensant Dans ce monde où la vie éclate en toute chose, Des forces que tu tiens ta liberté dispose, Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la brute un esprit agissant.

Chaque fleur est une âme à la nature éclose.

Un mystère d'amour dans le métal repose.

Tout est sensible, — et tout sur ton être est puissant.

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie. A la matière même un verbe est attaché. Ne la fais pas servir à quelque usage impie.

Souvent, dans l'être obscur habite un dieu caché, Et comme un œil naissant couvert par ses paupières Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres \

Cet esprit, ne nous y trompons pas, c'est le nôtre. Cette source que les poètes découvrent au fond du monde, au cœur le plus intime des choses, et comme au delà d'elles, ce flottant miroir nous renvoi* notre image. Tout est sensible, Pythagore l'avait dit. Et c'est que notre sensibilité, alors que nous croyions la perdre, nous accueille partout, dès qu'un poëte chante, dès qu'un rythme, si faible soit-il, anime une image, si humble, si perdue soit-elle, dans le vaste univers.

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