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QUATRIEME LEÇON

I. L'Homme romantique. — Les beaux vers affirment la royauté de l'homme. — Tout est fantôme dans l'âme romantique. — Fils de la Révolution, le xix" siècle est père des invasions et du bolchevisme. — Versailles.

II. L'Homme classique. — Les élégies pessimistes de Mimnerme et de Théognis. — La plénitude lyrique. — Les chants populaires. — Un moment ébloui de la sensibilité humaine. — L'imagination créatrice et mesurée. — Le style du foyer.

III. La poésie esl la conscience du bonheur. — Chacune des étapes lyriques marque une des étapes du mouvement social et religieux. — La sculpture et la poésie. — La vérité rj^thmique. — Le chant crée le monde. — L'expérience du bonheur. — L'esprit de victoire. — Printemps français.

Messieurs,

nous avons vu, dans notre dernière leçon, l'homme hellène, le père de la famille grecque, prendre, devant son foyer, conscience de luimême et de son destin humain. Nous avons vu la poésie naître en même temps que les premières mœurs de l'homme. Nous avons vu une tradition lyrique se fonder en même temps qu'une civilisation. Dans ces cultes du foyer nous avons trouvé les lointaines origines de notre pensée classique. Mais cette continuité dans le temps qui fait la tradition, la poésie la constitue aussi autour de l'homme dans l'espace. Je voudrais vous le montrer aujourd'hui.

Je ne crains pas d'insister sur ces poétiques naissances de la raison et de la sensibilité en nos lointains ancêtres, car elles ne sont pas très différentes, en dernière analyse, du royal avènement quotidiennement renouvelé en nous au soleil de chaque oeuvre lue avec ferveur. Les grandes œuvres et les grands vers nous donnent la souveraine conscience de notre humanité. Une fluide maîtrise coule dans les rythmes transmis. Notre être rythmé par elle participe aux devoirs les plus hauts et les plus

heureux de l'espèce. Les beaux vers nous maintiennent dans l'état victorieux où l'on est maître de soi comme de l'univers. Les beaux vers affirment la royauté de l'homme.

Les beaux vers classiques, Messieurs, veux-je dire. Car pour les autres, vous allez voir qu'au lieu de ramener ce monde pacifié à nous, autour de notre amour et de notre maison, de notre foi et de notre cité, ils nous dispersent au contraire, déchirés et douloureux, en lui ; ils nous mêlent, flottants et désaxés, à ses luttes et à ses désordres. Ils nous apportent des plaisirs, mais des plaisirs troubles et destructeurs. Ils sont pleins de larmes. Ils nous brûlent, nous désolent, nous laissent anéantis. Cette grandeur civilisatrice des classiques, ils s'acharnent à la corrompre. ¥A\e leur pèse, elle leur est odieuse. Leur passion seule importe. Pas plus que de syntaxe, ils ne voudraient supporter de lois. Pas plus d'art politique que d'art poétique, de science des mœurs que de science du vers. Rappelez-vous la fameuse Réponse à un acte d'accusalion, où les deux ordres sont si romantiquement mêlés :

.Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire. Je fis souffler un vent révolutionnaire, .Je fis une tempête au fond de l'encrier... '

Hélas !... Ne sourions même pas. Vous savez ce

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