Victor Hugo, Les Conteiuplalioiis
que laissent après elles ces sortes de tempêtes. S'il faut vous en convaincre, lisez ou relisez Les Origines de la France contemporaine et L'Avenir de l'Inlelligence. Des fleuves de sang coulent parfois, après quelques gouttes d'encre tombées d'une plume trempée pour l'amour des hommes dans l'encrier de Luther, de Rousseau ou de Tolstoï. Mais revenons à nos poètes. Le plus passionné de ces contempteurs de la vie et de ces héros, à rebours, de la souffrance que furent les romantiques, et celui qui pourtant, grâce à la qualité héritée de son sang, se rapproche le plus, après tout, de la vertu classique, Musset nous a fait l'aveu poignant et nous a laissé le témoignage de ce qu'est l'homme, au sortir de ces tempêtes, lorsqu'il marche sur ses propres débris et quand, au-dessous des lois, la passion devient son habitude. Il prodigue sa vie, mais au prix de quelles colères et de quelles inquiétudes ? Plus rien de réel. Plus de traditions, de joies ou de vérités hors de son misérable cœur. Tout est fantôme en lui. Musset le crie.
Le désespoir l'habite et le néant l'attend '.
Quelle vision ! En face de l'homme de Pindare et de Phidias, tel que nous l'évoquions, l'autre jour, en face d'Aristée couronné d'abeilles par Virgile ou du législateur couronné de flammes par Michel-Ange,