Lamartine, Méditations poétiques et religieuses
Voilà son orgueil. Il y a toujours comme un sursaut de révolte intime dans ses plus reconnaissantes adorations, qu'il les adresse à l'esprit de Dieu, qu'il les prodigue à la sombre matérialité de ses rêves et de leur néant.
Seigneur, vous m'avez fait puissant et solitaire, Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre K
Ou bien, c'est la révolte décisive. Muet, aveugle et sourd au cri des créatures, Dieu se dérobe derrière le ciel sans espoir. Aussi
Le juste opposera le dédain à l'absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la divinité *.
A cet effrayant stoïcisme Hugo, je le sais, veut redonner un élan, régénérer Satan. Mais combien je redoute, davantage peut-être, son culte efiFréné du Progrès, quel gouffre disproportionné à nos forces élargit-il sans cesse entre son idéal et les possibles humains. Vous souvenez-vous du sanglot que pousse Baudelaire vers la femme à la fois chimérique et trop réelle qu'il aime, qu'il croit, qu'il veut aimer...
Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne, O vase de tristesse, ô grande taciturne. Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis, Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
1, Alfred de Vigny, Moïse.