‹ L'Art vainqueurChapitre 34 sur 50 · Lamartine, Méditations poétiques et religieuses · texte numérisé non relu

Lamartine, Méditations poétiques et religieuses

Voilà son orgueil. Il y a toujours comme un sursaut de révolte intime dans ses plus reconnaissantes adorations, qu'il les adresse à l'esprit de Dieu, qu'il les prodigue à la sombre matérialité de ses rêves et de leur néant.

Seigneur, vous m'avez fait puissant et solitaire, Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre K

Ou bien, c'est la révolte décisive. Muet, aveugle et sourd au cri des créatures, Dieu se dérobe derrière le ciel sans espoir. Aussi

Le juste opposera le dédain à l'absence

Et ne répondra plus que par un froid silence

Au silence éternel de la divinité *.

A cet effrayant stoïcisme Hugo, je le sais, veut redonner un élan, régénérer Satan. Mais combien je redoute, davantage peut-être, son culte efiFréné du Progrès, quel gouffre disproportionné à nos forces élargit-il sans cesse entre son idéal et les possibles humains. Vous souvenez-vous du sanglot que pousse Baudelaire vers la femme à la fois chimérique et trop réelle qu'il aime, qu'il croit, qu'il veut aimer...

Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne, O vase de tristesse, ô grande taciturne. Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis, Et que tu me parais, ornement de mes nuits,

1, Alfred de Vigny, Moïse.

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