‹ L'Art vainqueurChapitre 35 sur 50 · Alfred de Vigny, Le Jardin des Oliviers · texte numérisé non relu

Alfred de Vigny, Le Jardin des Oliviers

Plus ironiquement accumuler les lieues

Qui séparent mes bras des immensités bleues '.

Voilà le cri d'amour le plus romantique, voilà le ver de terre amoureux d'une étoile. Eh ! bien, c'est de cette sorte d'idolâtrie qu'Hugo aime le Progrès. Lui aussi accumule comme à plaisir les rêves, les lieues qui séparent nos désirs d'ordre et de paix de leurs réalisations bleues. Il fait une prodigieuse orgie d'affirmations nuageuses. Parmi les nuées il décrète un avenir radieux. Il lui suffit de le promulguer avec éclat. Les choses ensuite s'arrangeront comme elles voudront, elles auront tort si, dans leur réalité, elles ne se courbent pas à ses mandements idéalistes. Ce que le romantisme chante, au rebours du classique, ce n'est jamais l'immédiat, le certain, l'humain. C'est l'inhumain, le surhumain, l'exceptionnel. Entre son particulier et son universel, remarquez-le, point de degrés. Une route d'autant plus sublime qu'elle apparaît plus ^•aste, plus vague, plus mouvante, plus noyée, enfoncée dans la nuit. Son universel est sans étapes. C'est pour lui ce qui est derrière l'horizon. Cet horizon, ce qu'il voit, ce qu'il peut atteindre ne lui suffit pas. Il s'en dégoûte dès qu'il le touche. Imagination de malade, délire d'impuissant, de vaincu. Il veut l'impossible. Il ne part pas de ce qui est pour obtenir, mériter ce qui doit être. Il part de ce qu'il imagine devoir être pour modifier sans

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