‹ L'Art vivantChapitre 10 sur 41 · ET PUIS, VOICI DES FLEURS · texte numérisé non relu

ET PUIS, VOICI DES FLEURS

Une œuvre charmante, spontanée en son essence, appuyée avec certitude sur la plus tendre part de notre tradition, complète en soi et n'ayant eu que des influences indirectes, légères comme elle-même. C'est l'œuvre de Pierre Laprade dont la vertu, à nos yeux et selon l'esprit dont on voudrait animer ce livre, est d'avoir vu droit, en classique, là où Bonnard commençait de prendre l'abîme pour l'infini.

Ce n'est pas rien que pour des raisons d'amitié, et à cause d'intentions propres à quelque marchand bon administrateur des talents, que Pierre Laprade, qui n'a rien d'un farouche solitaire, fit longtemps partie d'un groupe, aujourd'hui désagrégé, dont les expositions collectives, régulières autant que fêtes carillonnées, réunissaient les noms de Maurice Denis, Lebasque, Herman-Paul, Odilon-Redon et Théodore Van Rysseberghe.

Pierre Laprade, même lorsqu'il expose seul, laisse bien voir quel lien l'attache aux artistes de son groupe. C'est un certain goût de Vendécor, s'il est permis d'ainsi dire, pour être vite compris.

D'ailleurs, qu'on n'imagine point théâtral, ce

HIER DANS AUJOURD HUI

qui serait fâcheux, l'art de Pierre Laprade. Ce peintre se complaît aux somptueuses ordonnances, mais par des moyens volontairement simples. Rien d'autre ne l'unit à ses cinq illustres confrères. On l'a justement loué pour la souplesse et la fermeté des lignes, l'éclat tempéré du coloris. C'est aux mémoires bien écrits des deux derniers siècles qu'on songe en voyageant, sur le tendre chemin classique de ses peintures et aquarelles — un des meilleurs instants d'une carrière heureuse — de Marseille à Rome, jusqu'à Palerme, sans poser le pied sur le ponton d'où Signac aperçut sa belle Venise que personne ne visite plus, et en reconnaissant que Ziem a menti. Le port d'où il prétend avoir fait voile pour le plus proche Orient n'existe pas. C'est ce dont, avant de nous ramener à Versailles, à Saint-Cloud reconquis par les herbes, aussi, nous persuade la douceur classique de Pierre Laprade aimé des nymphes les moins inhumaines.

Page 1