LE RÉGULATEUR
ANDRÉ DERAIN
L'inoublié Guillaume Apollinaire a écrit d'André Derain ceci qui ne pouvait être écrit sur aucun autre :
« L'art de Derain est maintenant empreint de cette grandeur expressive que l'on pourrait dire antique. Elle lui vient des maîtres et aussi des anciennes écoles françaises, particulièrement celle d'Avignon, mais l'archaïsme de commande est entièrement banni de son œuvre. Dans les lettres, l'art classique d'un Racine, qui devait tant aux Anciens, ne porte pas non plus trace d'archaïsme...
« C'est en encourageant l'audace et en tempérant la témérité que l'on réalise l'ordre. Mais il faut pour cela beaucoup de désintéressement. »
Je crois à la haute mission de régulateur de cet artiste. Son art et sa personne commandent à ce point la discrétion qu'on s'interdit les brillantes variations. Derain ici me réduit donc à me citer moi-même.
Il sait la vanité du simulacre humain, maïs il
sait aussi tous les périls mortels, suicides, d'une fuite aveugle dans l'abstrait dont le malheureux bénéfice serait de remettre en faveur cet art amorphe qui fut l'aboutissant de l'impressionnisme et contre lequel on a si rudement combatrtu.
Artiste le plus français, André Derain sait défendre sa méditation du pédantisme impur. Il se garde d'un art oratoire, d'un idéal prédicant comme il fuit la rhétorique académique.
Si vous lui dites que des expositions plus fréquentes, plus complètes, moins discrètes opéreraient de nécessaires révolutions, rendraient à la santé bien des esprits, vous l'entendrez répondre qu'il faut « redouter le succès, que l'on a trop aisément du succès et que rien,^ ri'est moins favorable à la création lucide que les succès spontanés. »
Sa patrie l'entend trop bien. Où sont les œuvres d'André Derain dans nos musées ?
Par l'éviction d'un tel artiste éclatent l'ignorance et la méchanceté des académiques, des professeurs officiels, des faux gardiens de la Tradition. Ils prouvent en écartant André Derain, en l'ignorant à ce point, qu'ils sont d'indignes serviteurs de l'art, qu'ils n'aiment point cette jeunesse qu'ils proclament en péril. Ils nous démontrent qu'ils ne veulent point la sauver, mais la réduire, la soumettre, la caporaliser pour retrouver leur fausse gloire ébranlée et leur misérable fortune d'hier.
LE REGULATEUR
La large place faite à Derain dans nos musées, à son œuvre, depuis les truculences d'un peu avant Cassis jusqu'aux ouvrages récents de haute méthode, serait du plus puissant enseignement.
L'Europe a fait ce que néglige la France,
Il faut aller en Angleterre, en Russie, en Allemagne pour confronter l'œuvre de Derain avec celle des maîtres reconnus d'hier et d'aujourd'hui.
C'est vers lui que, dans sa patrie, et de tous les coins du monde, se tourne une jeunesse inquiète et laborieuse, impatiente de santé, d'amour et de raison. Elle sait qu'elle a reçu toutes les indications, d'un usage parfois pernicieux, d'un Matisse et toutes les leçons utiles d'un Picasso qui ne peut la soutenir davantage dans l'avenir et dont les surprises possibles, rigoureusement à son usage, ne peuvent plus que ruiner les personnalités.
A ces jeunes gens, André Derain ouvre des voies élargies.
Trop pur pour avoir d'ignobles pitiés, il sera pourtant celui par qui seront sauvés les égarés. Il apporte une souple règle de salut à ceux d'abord, qui, ne sachant pas l'employer, ont avalé la règle de Picasso !
André Derain dont la grandeur sera mieux, plus publiquement, saisie demain, ne voit pas son génie s'élever en spirales. Son génie s'épanouit horizontalement. Plus certainement qu'à un génie singu-
lier, très haut et très étroitement juché, le ciel de l'art moderne lui est promis.
Interrogé, André Derain s'emharrasse ; non point que ses certitudes soient en défaut. Mais il se comporte en catholique aux vues larges qui a, naguère, connu les scrupules de la Réforme et qui, l'âme encore froissée par les repliements huguenots (le Cubisme s'insurgea contre les indulgences académiques et le Paganisme impressionniste) subit la fausse honte d'être si riche d'une si totale sécurité que n'éprouve plus l'examen perpétuel.
Il fut un temps, déjà bien effacé, où, dans les ateliers, on discutait des ouvrages de l'Ecole de Chatou. André Derain et Maurice de Wlaminck étaient toute l'Ecole de Chatou. Deux grands gars très jeunes, deux copains devenus amis par respect d'une égale santé, par le même franc amour de la nature et de la loyauté de peindre. Ils se hélaient et, de fenêtre à fenêtre, d'une tête de pont à l'autre tête, brandissaient pour se les montrer les études à peine fmies, élevant ainsi, religieusement sans le savoir — ces costauds ivres de vivre ! — dans le beau paysage sequanien la traduction fervente de cette nature solide et délicate, nuancée des fumées de la ville.
LE REGULATEUR
L'amitié ne devait pas finir ; l'art séparerait pourtant les deux; copains et l'Ecole de Chatou entra tôt dans l'histoire.
André Derain se fit ermite.
Un ermite possédé de créations, impatient — lui qui désormais enseigne la patience t— de découvertes par la création.
Déjà riche de sa valeur personnelle, André Derain travailla d'abord, par appétit de liberté, dans une voie peu contraire à celle dans quoi s'engageait rienri-Matisse. Les toiles et les aquarelles truculentes, que Derain lui-même, par ses travaux actuels nous donne à croire plus anciennes que le temps de ses débuts, datent de cette époque. Alors. André Derain put reconnaître sa puissance sur les hommes. Il eut, si jeune, la joie d'influencer et comme tout ce qui émane de lui est pur il ne connut pas le tourment de troubler.
Apollinaire a justement noté que cet art, traversant les ateliers, influença l'esthétique de la rue, de l'enseigne, de l'affiche, du journal illustré en couleurs, de la gravure sur bois, de la faïence, du mobilier, de la mode même.
Ainsi l'avais-je aussi noté pour Dufy, qui s'y appliqua plus résolument ; cela serait vrai toujours, pou? une part, quant à Wlaminck détenant encore le pouvoir de nous réjouir, délivrés de l'objet d'art, avec de beaux objets familiers.
Léon Werth, — nul ne pouvait mieux savourer, — racontait comment Wlaminck ayant cassé une de ses assiettes si largement fleuries, d'un art si réservé en son allégresse, disait : « Tu vas rigoler !... je vais t'en faire une autre. »
Je ne m'éloigne pas tant de Derain en saisissant ce reflet de l'Ecole de Chatou.
Brève fut chez Derain l'ère des truculences.
Vite, ce fut la conquête de la Mesure, la quête de l'Ordre.
De Cassis à Céret, en Avignon, au Louvre, dans la poussière d'or sombre des musées et sur les routes hautes, calcinées, Derain retrouva, prudemment, avec des reprises de soi qu'il faut trouver, le secret perdu de la construction.
Le Cubisme en ses voies secondes alla parfois moins loin que ce grand artiste sur les voies naturelles.
Fort de sa solitude mais appelant sans se lasser toute la vie à lui, comme il hélait autrefois son copain sur le pont de Chatou, André Derain s'approchait de la nature en amant maître de son amour mais tout livré à lui ; et il copiait au Musée les chefs-d'œuvre du passé, se rendant à ce Musée comme on courrait chercher une leçon de vie, une
LE REGULATEUR
leçon de création en cet Amphithéâtre où le cadavre ressusciterait.
Si « l'audace et la discipline » montrèrent presque également leurs faces dans nombre de ses ouvrages, on peut dire qu'il a atteint enfin à ce que son premier commentateur Apollinaire définissait par avance, certain que cela serait : « une harmonie pleine d'une béatitude réaliste et sublime. »
La vertu en éclate dans le Paysage qui illustre si magnifiquement ce livre, ainsi que dans cette noble toile intitulée Le Samedi et dont, avant la guerre, les Soirées de Paris répandirent la reproduction.
Je n'ai jamais pu me réjouir du spectacle de ce chef-d'œuvre moderne non plus que je ne sais, en cet instant, en admirer le cliché photographique sans me redire ces paroles d'un des grands artistes actuels, d'un des plus profonds investigateurs :
— Ce qui nous manque, c'est la patience !
André Derain lui est soumis. Il a retrouvé cet autre secret, le grand secret de la patience, la plus difficile des vertus à pratiquer quand l'élan est si vif.
Désormais, quand la Patience que Derain recouronna vient présider aux travaux des jeunes
L*AhT VIVANT
hommes, elle ne les trouve plus qu'impatients de sagesse, sans avoir exigé d'eux le sacrifice d'aucune grâce brillante.
Aux funérailles de Jean Moréas, M. Maurice Barrés nous restituant la parole dernière de son àmi, son testament poétique : « Les classiques, lès Romantiques, tout ça c'est des bêtises ! » ajoutait : « Nous acceptons de nous ranger sous les enseignes classiques, mais nous voulons conserver nos. armes et nos riches bannières. »
Telle est la loi de la vraie tradition.
Les ahiateurs connaissent ce Portrait du Chevalier X..., tjui fâcha tant de gens, ce long personnage tenant éh maihs le journal, occupant au maximum de la puissance plastique tous les plans du tableau, et dont l'équilibre est défini par le rideau, d'une draperie pure, sobrement dessiné, à gauche. Je voudrais que pour le bien comprendre, et subir toute la béatitude du Samedi, on put revoir chez Dei*airt sa co^ie d'après le Ghirlandajo.
De l'uii à l'autre, pour fixer le sens du troisième, resplendit l'uhité de direction, issue des dons multiples capables, hots d'uii contrôle rigoureux, d'engendrer l'anarchie ; cette Unité de direction qui rendit le sceptre à la patience.
C'est en quoi gît l'esprit de sacrifice.
C'est d'où jaillit la fleur dU désintérfessemèilt.
ART ET CRITIQUE
ANDRE LHOTE
Plus jeune, venu d'ailleurs, André Lhote que le cubisme éprouva, se veut joindre à ces aînés.
Le jargon actuellement en faveur donne à dire à nos critiques et à nos amateurs qu'André Lhote est un esprit inquiet. Entendez par là qu'on le veut honorer.
André Lhote n'est pas le seul à se voir décerner ce prix d'inquiétude. Il y a dix ou douze ans, tous ceux qu'on voulait extraire du troupeau étaient réputés calmes. Et il faut voir au miroir de nos souvenirs à quel point cette plaisante époque artistique était celle du calme !
Il y avait du calme dans les poissons rouges de Matisse et Van Dongen était cité pour un miraculeux exemple de calme l Aujourd'hui que nous avons mérité le calme, faut-il être inquiet pour se pousser dans le monde ? Ah ! c'est une bien mirifique invention que le jargon d'atelier, et tout à fait propre à ce qu'on s'entende tous les jours un peu moins, ce qui, au surplus, n'est fait que pour
contrarier les esprits clairs et les hommes de bonne foi, lesquels ne sont pas la majorité ainsi que chacun sait.
Je dirai donc, en façon de gageure, qu'André Lhote est calme, parce qu'il est dominé par le hautain, par le lucide, le vivifiant souci de l'Ordre ; et j'ajouterai qu'il est inquiet pour cette foi qui est la sienne qu'on n'atteint à la Connaissance, au terme d'une voie royale tracée par soi-même, qu'après avoir battu les chemins étroits et sinueux de la fantaisie, du caprice, de la surprise désirée. Ainsi Jean Moréas fut-il le maître des Stances pour avoir osé les désarticulations du Pèlerin passionné et des Cantilènes. Ainsi André Lhote dont la gravité est française, inventa-t-il ce totalisme dont il joua gentiment tout un été, rien qu'un été, et dont les nigauds feront bien de se méfier. Au surplus, pour totaliser de la sorte, il n'est pas inutile d'avoir un apport tout tiré de soi à verser à la somme, ce qui laisse André Lhote singulièrement à l'aise devant les badauds mendiant un système.
Assuré de tirer de riches effets immédiats du pittoresque, dont il a le sens le plus noble, André Lhote soumet impitoyablement ce pittoresque et toutes les grâces dont les muses le comblèrent à la plus sévère loi de composition. Il réduit ce pittoresque, il le domine sans le bannir, justifiant de la sorte son espérance d'atteindre à un classicisme
A.LHOTt
ART ÇT CRITIQUE
dont l'économie ne serait pas indigence. Savoir reconnaître et fixer l'essentiel, l'absolu selon soi, sans répudier aucune des richesses premières ! Savoir ne les pas gaspiller en vaines parades ! La tâche est délicate mais si enivrante ! C'est dédaigner la fureur romantique sans en méconnaître la puissance ; c'est encore le bon moyen de dépasser tous les systèmes et de produire en aspirant toujours à cette sérénité en quoi s'absorbent les plus grands : ceux qui, parvenus à ignorer écoles, méthodes, moyens, niant les oppositions de forme ou de conception, croient à un Art unique, le leur, l'Art, dont ils sont les servants. Il ne faut pas vouloir être un peintre classique, un peintre académique, un peintre réaliste, un peintre impressionniste, un peintre fauve, un peintre cubiste, un peintre futuriste, un peintre riveriste, un peintre metzingeriste, un peintre totaliste ; il faut vouloir être Le Peintre au service de la Peinture.
Tout le reste n'est qu'industrie, mystique ou gymnastique suédoise.
C'est parce que André Lhote nous semble animé de cette volonté tranquille, si naturelle, si fraîche — et qui laisse si parfaitement à l'aise ses dons d'abondance au sein de la nature française — qu'il nous est si sympathique.
S'il ne l'a point lu, combien cet artiste lettré goûtera le suc de cet autre propos de Maurice
Barrés : « Devenir classique, c'est décidément détester toute surcharge, c'est atteindre à une délicatesse d'âme qui rejetant les mensonges, si aimables qu'ils se fassent, ne peut goûter que le vrai ; c'est, en un mot, devenir plus honnête. »
Est-ce à dire qu'on ne saurait dénoncer aucune surcharge dans les ouvrages d'André Lhote ? Je n'en vois que peu dans cette toile connue que j'appellerai V Odalisque, ce nu solide, où la lumière décomposée sur le glacis de la peau est modelée avec la chair même, ce robuste et tendre nu féminin coiffé d'un madras aux tons violents et si modestes à la fois. Parlant d'André Lhote, je n'emploie pas le mot modeste à la légère. C'est celui qui convient. Avec déjà les larges façons d'un maître, mais d'un maître qui ne se fait jamais assez confiance pour n'avoir pas toujours à requérir tout son courage, ce peintre s'applique en intelligent écolier amoureux de l'école. Dans ce nu recevant la lumière d'un paysage marin limité, par l'effet du choix (vertu constante chez cet artiste), limité mais profond, rien n'est livré au hasard. Parmi ceux de son âge, d'autres peuvent le dépasser. Aucun ne compose avec plus de fervente méthode. Et tout cela est si simple !
ART ET CRITIQUE
« TOTALISME »
Par sa position prise à la Nouvelle Revue Française, André Lhote, critique, a accumulé de l'orage sur André Lhote, peintre. Advint-il qu'il joua luimême de cet orage en y ajoutant ?
D'un « port de l'Océan », comme on disait pendant la guerre, André Lhote m'écrivit :
« Il y a des transatlantiques très beaux, recourt verts de grandes nappes : noir, bleu, vert, blanc, « détruisant la forme totale et déconcertant l'œil « marin.
« Je puise, bien entendu, dans ces spectacles « la matière de maint tableau où les contrastes « entre les teintes plates des bateaux, au premier « plan, et les modelés atmosphériques * produisent « un ensemble assez riche et inattendu, pressenti « par ce Totalisme dont je suis le rougissant inven- « teur. »
J'eus le tort de ne pas reconnaître l'un de l'autre ; le tort de croire à une manifestation directe du peintre, quand c'était un instant du critique au
* La richesse de celte expression : les modelés atmosphéiques.
profit du peintre. J'annonçai le totalisme, avec une imprudence accrue de mon peu de satisfaction.
Le peintre et le critique s'entendirent alors pour me répondre :
« J'ai beaucoup travaillé, partant beaucoup « réfléchi ; et, au début de ma saison bordelaise, « j'ai essayé, par fatigue, par dillettantisme et « peut-être aussi par désœuvrement, de travailler « complètement sur nature.
« Le résultat a détruit les tout petits derniers « doutes qui subsistaient en moi et m'ont convaincu « de l'excellence de la méthode de travail classique « qui consistait à dessiner d'après nature et à « peindre par cœur *.
« Les maîtres de tout temps ont réalisé que, « s'il est nécessaire de commencer à travailler « d'après nature, il est aussi nécessaire d'oublier « l'existence du modèle initial dès que le tableau, « seconde réalité, propose les termes du problème « nouveau et inattendu à résoudre **.
* J'ai cité dans mon Odilon Redon, dont Lhote ne connaissait pas le manuscrit, les paroles de Delacroix à Chenavard, de qui Redon les tenait : « Je sais mon tableau par cœur avant de le dessiner. »
** Odilon Redon rappelait encore ceci dont il soutenait l'excellence : « Delacroix ne peignait jamais devant le modèle. Il le faisait déshabiller, prenait un croquis rapide et le renvoyait. »
Pablo Picasso, le plus rare dessinateur moderne (son
ART ET CRITIQUE
« La faute de tous les mauvais peintres, et notre « propre faute souvent est de trop regarder « dame « nature » et pas assez « dame peinture », sa rivale.
« Nous sommes placés entre ces deux déesses. « Il faut satisfaire simultanément à leurs exi- « gences.
« L'infidélité à la première conduit au pompié- « risme. L'infidélité à la seconde conduit à la pho- « tographie inanimée. La nature fournit les pré- « mices dont il serait fou de vouloir se passer. « C'est sur cette base qu'on doit opérer ensuite « pour rechercher des conclusions picturales.
« Combien de paroles faudra-t-il prononcer ?
« Que d'encre faudra-t-il répandre ?
« Que de mauvais tableaux faudra-t-il tolérer..,
« ... avant de convaincre les peintres — et les amateurs — de cette Lapalissade :
« Le point éC arrivée n'est pas le point de départ. »
Ayant dit, et comme pour mieux montrer que le totalisme n'était pas une nouvelle machine à décerveler, un nouvel instrument d'école, André Lhote proposait justement, ainsi qu'un grand exemple, André Derain qui n'est pas plus totaliste que lui et que des critiques imprudents classèrent
exposition chez Paul Rosemberg, novembre 1919) a entassé la plus grande somme de croquis. Il ne peint jamais devant le modèle.
parmi les cubistes, quand il est, seulement, un formidable constructeur.
Donc le Totalisme n'est pas une école. C.Q.F.D. Tant mieux.
Le manifeste qu'André Lhote, n'avait pas le droit d'espérer confidentiel, est miraculeusement libertaire, tendant à l'ordre plastique dans la perfection spirituelle ; ainsi, en un tel sens, vaut-il mieux être libertaire que libéral.
Cubisme à quoi l'on reprocha d'être un « retour offensif de l'Ecole! »
Cubisme dont je dirai ce que j'ai dit maintes fois, ce que je crois être la vérité, c'est-à-dire du bien et du mal !
Totalisme aujourd'hui 1
Magnifique angoisse d'un classicisme exempt de servitudes !
André Lhote, peintre intelligent, capable d'une étude sur tel confrère qui ne le lui rendra point, doit trembler parfois au souvenir de redoutables curiosités. Picassisme, jadis. D'autres angoisses. Rançon de l'intelligence !
Là encore, et là-dessus, il y a — danger de mort 1
— un système à édifier. U Académie Rançon... dirait Max Jacob. Il faudrait — c'est une image louisphiliparde qui ne déplaira pas à André Lhote
— dire du ton des bonnes dames : « Ce Monsieur Lhote s'est joliment tiré d'affaire ! » Il ne le doit
ART ET CRITIQUE
qu'à soi-mcme. L'intelligence n'est pas un obstacle au talent ni à l'aflranchissement du talent, fut-ce par la voie du retour aux sentiments naturels, laquelle n'est pas du tout la voie trop encombrée du retour à la nature.