BOUSSINGAULT, VALDO BARBEY GALTIER-BOISSIERE
Lamy, Constantin Guys, John Lewis-Brown, Seurat aussi, et puis Matisse tourmenté par les cubistes, et la charmante Marie Laurencin.
L'autorité de l'ami, à peine l'aîné, Raoul Dufy.
Une curiosité neuve des spectacles qui avaient retenu tous ceux-là : les courses, chevaux, jockeys, jeunes femmes ; le bal et son orchestre et ses lumières et puis, jouer au berger en robes de gala : Trianon ! et jusqu'au drame de la guinguette toute proche.
Tout cela, et fuir la mode en inventant des modes, fuir la vanité mondaine et peindre tout de même pour la belle société, sans la servir en ses basses manies.
Des fêtes galantes, mais prendre « la vie au sérieux » sous peine d'aider à la ruine systématique de l'art qu'il n'est pas permis — à ceux-là — de tenir pour la cause et la fin.
Dufy a été plus loin ; beaucoup plus loin. Il n'est pas d'essence mondaine ; il n'a pas de sensualité mondaine. L'intention est méritoire d'extraire des fêtes frivoles le maximum de gravité plastique,
quand Raoul Dufy cherchant une mesure au luxe nécessaire à son art, reconnaît du turf au salon des points de touche.
Boussingault d'abord, ensuite Valdo Barbey dont la sympathie pour Van Dongen doit être plus vive, voulurent, et ce fut sans contrainte, être ces peintres. ,
La part qu'ils prirent à la composition du Crapouillot permet de les compter parmi les peintres de la guerre ; mais ce serait trop les ignorer que méconnaître les raisons de bon sens qui font ajouter immédiatement leurs noms à ceux de Luc- Albert Moreau et de La Fresnaye. Les placeurs du Salon ne s'y trompent pas.
Ils ne les situeront pas trop loin non plus des cubistes. Les temps que se font les hommes sont peu propices à l'édification de salles de fête. Pourtant !... Boussingault, l'un des quelques jeunes peintres — ils ne sont pas dix — capables d'achever une vaste composition nous illustrerait la plus joyeuse, délivrant toute joie de toute vulgarité.
Cet élégant trop fin pour être dandy décorerait même, hors des misères de la décoration des cuistres de l'art décoratif — combien sont-ils à le pouvoir, à la suite de leur grand frère Friesz ? — quelque jardin d'hiver, une vaste salle de danse, ou do musique, de la seule Maison du Peuple qu'on puisse offrir au peuple si on en a l'amour.
DES PEINTRES DE LA GUERRE
Pour Valdo Barbey, il faut rappeler encore Toulouse-Lautrec. Ni sa main, ni son œil ne lui doivent rien. Valdo Barbey ne se rencontre pas du tout avec le flamand Van Houten le plus appliqué, le plus « méritant » des élèves posthumes du nabot de génie. C'est l'esprit de Valdo Barbey qui m'apparaît révolutionnaire à la façon dont s'accommoda de la critique insurrectionnelle des hommes et de leurs choses, Lautrec qu'un bond — impossible — par-dessus la frontière impressionniste eut situé, déserteur, dans sa vraie patrie de gloire.
Valdo Barbey n'est cependant pas plus le Lautrec du cubisme que Boussingault n'en fut jamais le Boldini, quoi qu'on l'ait dit en un de ces jours de vernissage où l'on a trop d'esprit, l'esprit de foule, le pire.
Valdo Barbey commence sa tâche et, déjà, je me reprocherais de ne le point situer parmi les siens en un ouvrage rigoureusement daté, qui m'accable d'autant de scrupules que de peine effective et dont je n'imagine ni la revision, ni la refonte, ni surtout l'appendice.
Sur la passerelle de Passy, à distance égale du logis de M. Marcel Proust et de l'horrible bureau américain de M. Citroen ; entre le Trocadéro et Javel aux usines béantes, aux hôtels mystérieux, avec les mouvements de la camionnette et du lévrier courant sus à la sentinelle du dépôt des
vivres ; des bruits ennemis et des odeurs contraires, et des visages de femmes dont les robes de misère ou de fête appartiennent au peintre qui leur impose celle de son caprice concerté, on écrirait à l'aise le petit poème en prose propre à caractériser un art encore à définir, impitoyablement, par le peintre lui-même.
Les Fêtes Foraines de Jean Galtier-Boissière (à rapprocher de ses Relèi^es grasses de boue et de sang, comme je fis plus haut, pour d'autres) font claire et toute sonore une galerie ; elles la peuplent de drames contenus. Un pédant écrirait une étude pleine d'enseignement sur le chemin parcouru du grand Daumier dessinant au Corsaire à ces jeunes gens écrivant et dessinant en un journal de « poilus », organe d'un groupe soucieux de viriliser les élégances, hier un peu molles, peut-être, pour sauver ce qui se peut sauver du snobisme absurde et charmant *.
La tranchée n'est pas l'Ecole Normale. Jean
* Le Crapouillot — dont Morcau, Segonzac sont les grands invités et aucunement les éditeurs responsables — peut jouer, plus généreux, le rôle du Courrier Français d'antan. Qu'on songe chez ses fondateurs à lui épargner d'être rien qu'un Chat Noir ou quelque Bon Ton pour demisolde. On ne sait quoi des deux serait pour lui le pire.
DES PEINTRES DE LA GUERRE
Galtier-Boissière peut être, réhabilitant « le genre », Jean Béraud avec du talent, condisciple du fils Forain, le peintre et le poète du Groupe, autant que son ami le poète Drieu La Rochelle, sans confesser la foi unanimiste. Mais il semble avoir au moins trouvé la plasticité du petit groupe populaire, et j'entends le louer ce disant.
Peut-être doit-on préciser : ce peintre de Fêtes (et hier des Relèves) a le sens direct du tragique intérieur, grâce à quoi il nous impose un sentiment d'humour pathétique, le seul, d'un tel ordre, convenant à cet âge sublime et désolé.
MONDZAIN
Un nom nouveau, ou presque. Un talent qui s'affirme avec la brutalité — à peine — de la dernière hésitation : Mondzain. Lui aussi a fait la guerre, mais on l'admit, et du coup, au Salon d'Automne de 1919, hors de la section martiale, pour son talent seul et à la plus belle place, non loin d'Othon Friesz, des cézanniens, de Matisse et de Bonnard malgré tout palpitant d'humanité.
Mondzain, artiste passionné et conscient, assiste vraiment à sa propre formation.
Cézanne ? Parbleu ! Mais Courbet aussi, et surtout
il apparaît que Mondzain sait recevoir des maîtres le seul enseignement : pour ne la pas calquer en brute, apprendre à regarder la vie. Lui aussi, comme Friesz dont il écoute fraternellement la leçon, comme André Derain devant lequel il s'incline, comme Matisse dont on peut dire ce qu'on a dit de Verlaine « il a ouvert les fenêtres », — il a osé un vrai tableau. Mondzain est peut-être le seul artiste de trente ans, parmi les indépendants qui l'ait osé, après Kisling.
UErmite de Mondzain qu'on vit en 1919 mériterait d'être gardé en ce Musée des Jeunesses si nécessaire. Il restera discutable, mais précisément offrira longtemps à la discussion des bases solides et fécondes. Ne criez pas : Greco ! Ça n'est pas ça du tout. Si V Atelier de V Artiste acquis par le Louvre trahit l'insatisfaction du réaliste Courbet, on songe parfois à ce à quoi pouvait atteindre un Courbet cultivé. Mondzain, nourri de cette culture peut, lui, se pencher sans péril sur l'œuvre du peintre Courbet.
VIE NOUVELLE
VIE NOUVELLE
Pourquoi ne faut-il pas diie que le cubisme est un passage ? Parce qu'il faudrait dire aussi que le fauvisme et l'impressionnisme furent des passages, qui pourtant furent pour les créateurs responsables de larges places^ des carrefours, de beaux boulevards, voire des impasses, ainsi que l'écrivirent, à propos du cubisme, ceux-là mêmes qui nous parlent aujourd'hui du fameux passage.
Tout alors est passage.
Considérons plutôt que, depuis l'impressionnisme, il n'y eut qu'un seul mouvement jusqu'à la veille de la guerre : le mouvement révolutionnaire à tendance constructive, dont le cubisme fut le plus net rayonnement, et à quoi le mot Fauvisme ne convenait pas mal, puisqu'il y avait quelque chose à dévorer.
Aujourd'hui, sans que les révolutionnaires de la veille soient devenus conservateurs, la volonté de construction se précise et hors de la doctrine étroite ; elle s'humanise, même au sein de la famille
cubiste dont les étrangers n'ignorent pas toujours les déchirements intérieurs.
Le cubisme n'est pas exactement un passage. Né de Cézanne, et pas de Cézanne seul, il permet de « mieux lire » Cézanne, et le reste.
Des peintres non moins audacieux, sans revenir au langage direct ne correspondant plus à notre esprit, ni à nos sens, travaillent à la traduction plastique de la vie nouvelle.
Il semble que le xx® siècle commence à l'armistice et qu'il y ait eu, depuis l'exposition universelle, vingt ans d'entre-siècles.