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LE LONG DES MOLES ET DES QUAIS

Une exécrable affiche a fait, au cours de la guerre, populaire le nom de Verdilhan : une mouette au rythme d'une vague conviant, en un brutal accord véronèse et garance, à visiter l'Esposition de la Ligue maritime. Si je rappelle cela ce n'est pas pour le mauvais plaisir d'insister sur une eireur. C'est pour dénoncer une fois de plus les périls de la

VIE NOUVELLE

popularité, désirable certes, mais qu'il faut dominer. Surtout il faut savoir la reconnaître.

On aurait tort de le juger sur la mauvaise affiche de la Ligue maritime qui ne le découvrit pas, qui savait seulement, et vaguement, que ce monsieur Verdilhan — que nous fîmes connaître aux élites de 1908 — peignait volontiers les « entrées et sorties », les « mouvements du port » et auties incidents méditerranéens. Pour les autorités de la Ligue, Verdilhan était quelque chose comme le directeur d'un bureau Veritas de la peinture. Verdilhan leur en donna pour leur argent. Mais grâce à Dieu, il s'est repris tout entier et son exposition de chez Marseille nous l'a restitué avec toutes ses violences pathétiques de jadis, aussi riches, aussi abondantes, mais plus contenues par une armature solide qui doit tout à la raison.

Ce jeune homme qui commença de peindre en docker inspiré, en anarcho de l'Océan, en chasseur de mouettes, en pilleur d'épaves sentimental ; ce fauve naval, ce presque Van Gogh maritime qui taillait son crayon sur le roc des récifs et préférait l'embrun à l'embu a fini par découvrir pour l'honorer cette perfection raisonnée qui s'oppose à celle de la nature, celle qui fait la grandeur des ouvrages classiques. Du port au musée, Verdilhan sans le capter encore reconnut le secret de Claude Lorrain et, fuyant le musée, courut s'enivrer encore

des beautés puissantes du port que ses yeux mesurent désormais avec plus de rigueur, une rigueur capable d'établir de plus justes rapports entre les divers éléments de ces ports où Moréas voyait

De grands i^ieillards qui travaillaient aux felouques Le long des môles et des quais.

Mais il peint toujours à touches brutales, plus rudes que larges et hanté d'une « volonté de puissance » un peu ingénue, il frappe souvent sans élargir. J'ai montré les pièges que devait éviter ce peintre extrêmement bien doué et qui a plus que le don, une remarquable vertu d'application égale à son amour de la plasticité. Verdilhan deviendra grand, si les messieurs des Ligues navales ne le mangent pas.

Ils ne le mangeront pas. Sa chair est coriace aux dents des sauvages pas mêmes nus, coiffés du terrible casque à chenille.

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