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L'UNIVERS DE CÉZANNE

Robert Lotiron a déjà échappé aux dangers que M. L. Verdilhan doit vaincre encore. Comme lui il a la fougue du trait et le don du coloris impétueux ;

VIE NOUVELLE

mais sa raison, plus forte, le met en posture de choisir sa discipline.

Lentement et sagement, Lotiron a appris à construire. On ne saurait lui reprocher de s'être contenté du morceau peint. Lotiron est capable de réaliser, avec brio, un tableau suffisamment établi. Mais il se réserve, sachant soumettre son imagination à une contrainte salutaire.

L'art de Robert Lotiron procède évidemment de l'art de Cézanne qui lui apprend à contempler la nature avec une magnifique humilité. C'est-à-dire avec le respect d'un perpétuel inconnu et la certitude d'en extraire une parcelle de beauté, non plus anonyme, mais conforme aux élans de l'âme et des sens ; là est le grand effort : parvenir au contrôle exact de ces élans jumeaux et parfois ennemis pour atteindre à la mesure.

Naturellement impétueux, Robert Lotiron se contraint assez pour que, parfois, nous soyons choqués, par une austérité un peu appliquée dans l'édifice des lignes, attitude que nous ne sentons pas capable de satisfaire le plus secret désir de l'artiste et qui vient encore démentir la générosité de son coloris. En se contraignant ainsi, il a pu lui arriver de paraître pasticher trop directement Cézanne.

Il faut maintenir cette confiance du premier jour consentie à l'artiste qui, si souvent, sut regarder

avec la candeur avide de l'enfant, si émerveillé du monde qu'il tend pour le saisir une main dont l'étreinte surprend, conduite par une résolution royale.

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