MAURICE DENIS
L'art de Maurice Denis, créancier des artistes libres d'aujourd'hui, est un art d'efTusion. Mais, mystique, ce maître ne s'égare pas dans les nuées extatiques. Catholique à la façon de Paul Claudel, il puise dans le fonds puissant du catholicisme l'amour de la règle et cette humilité qui s'accommode de l'orgueil suprême : l'orgueil de la communion et de l'amour du dieu fait homme. Chaque œuvre de Maurice Denis est une communion.
Son mysticisme n'est jamais fade, parce que sa quête du ciel ne le dérobe point à notre humanité. Même, il y a plus de religiosité poignante dans ses Jeux dans les rochers, où d'heureuses créatures recréent un paradis, que dans l'image évidemment arbitraire de Sainte-Efflam. Ainsi préférons-nous VEchange aux « sketchs » édifiants composés par Paul Claudel pour les patronages.
Justement loué d'avoir, savant entre tous, répugné à l'habileté, Maurice Denis ne pèche-t-il pas
par quelque soin trop visible de la naïveté ? Ce n'est plus alors à Paul Claudel qu'il est comparable, mais à Francis Jammes, soucieux d'une naïveté qui se fait pardonner par quelque pédantisme, d'où la Madone aux Tritomas... de la famille des liliacées, selon les encyclopédies, les manuels et le catalogue Vilmorin.
La main du peintre nous rend légers ces péchés littéraires. Maurice Denis sut souvent atteindre à la puissance avec un choix avare de formes, de lignes, de tons. La mesure qui gouverne ses compositions est harmonique au premier chef, et de telle sorte que c'est en son obéissance à cette mesure que Maurice, Denis est à la fois si humain et si religieux, plus que par ses intentions morales réduites parfois à d'étroites pratiques de piété.
Economie de lignes et de couleurs, économie au double sens du mot. Telle est la grande vertu de ce peintre dont le génie n'a pas à souffrir de variations vulgaires, qu'il peigne le plafond du Théâtre des Champs-Elysées ou qu'il enlumine les Fioretti de Saint-François d'Assise.
Je ne crois pas au hasard. La couleur, chez Maurice Denis, blesse certaines sensibilités. Il y a loin de la chapelle' du Vésinet à la chapelle de Saint-Sulpice décorée par Delacroix. Où Maurice Denis composa-t-il sa palette ?
J.-K. Huysmans a demandé au vocabulaire natu-
HIER DANS AUJOURD HUl
raliste des mots-pierre pour démolir les « bondieuseries » polychromes dont raffolent sacristains et Enfants de Marie. Mais est-ce que la fadeur de cette enluminure ne correspond pas assez bien à ce qui fut une foi ardente, brûlante, dramatique et qu'on a vu dégénérer en un sentiment plus incertain, soutenu par de minutieux exercices spirituels ?
Il n'est peut-être pas absurde de croire que Maurice Denis a été touché en son cœur de la pauvreté même de ce qui fut toute grandeur. Sa palette n'est guère plus riche que celle d'un barbouilleur fournisseur du diocèse, mais l'économie, l'emploi nouveau des tons indigents leur confère un éclat inespéré et les délivre de l'excessive vulgarité.
Pourquoi ne pas croire cela, si Maurice Denis ne nous permet pas un instant d'oublier qu'il est un artiste religieux ?
Hélas ! M. Maurice Denis demeure aux frontières anciennes de l'art vivant. Il ne se continue qu'à travers ceux qu'il nourrit encore de son enseignement sans doctrine précise. Déjà, il ne représentait plus son temps lorsque M. Astruc s'avisa de lui confier la décoration du grand théâtre des Champs-. Elysées.