PEINDRE, SE TAIRE
Henry de Waroquier aime Cézanne et les Chinois.
Il y a plus de dix ans que je signalais Henry de Waroquier aux lecteurs de Paris-Journal, ainsi qu'un décorateur puissant et tendre. Un décorateur 1
Je me souviens qu'à mon retour des lignes où s'élaborait sur un plan infernal... la Société des Nations, un avisé marchand de tableaux voulant me faire honneur tint à me régaler de ce dont, apparemment, le destin dernier m'avait le plus strictement privé : un peu de beauté lucide.
Il souleva pour moi le rideau d'une collection qu'il augmente chaque jour dans le mystère, privant ainsi la foule intelligente du bonheur de retrouver un trop grand nombre de ces jeunes peintres
" Gabriel Fournier participa au mouvement des Troislioacs, en Dauphiné ; il fut l'une des plus claires lumières de ce foyer dont le rayonnement se fût prolongé et que dispersa, dans la paix précaire, la mort qui poursuit les rescapés de la bataille.
VIE NOUVELLE
que nous aimions à rencontrer dans nos expositions collectives.
X... était présent. C'est un redoutable témoin. X..., dont l'œuvre a tournibulé tant de jeunes têtes ! Le bon marchand nous présenta aussi un Henri-Matisse d'une grande beauté. A cette époque déjà lointaine — trois ans dont deux de guerre — le fameux marchand procédait encore d'un éclectisme relatif que son actuelle orthodoxie lui fait répudier.
Bref, notre hôte n'était sans doute pas, alors, aussi « fort » qu'aujourd'hui.
De l'attachante toile de Matisse, intitulée, je crois, les Poissons rouges, ce titre en tout cas est un rappel suffisant pour les initiés, le bon marchand eut le soin jaloux, pervers, presque criminel, de dire exactement tout ce qui ne convenait point.
Ayant épuisé toutes les fleurs de sa rhétorique artistique et commerciale, il s'écria enfin :
— Est-ce assez décoratif !...
Or, tandis qu'il replongeait la toile dans le mystère ténébreux du cagibi, tandis qu'il remballait sa marchandise, ce marchand, X..., le redoutable X..., mon ami, me coulait à l'oreille :
— Et nous qui avons pris tant de peine pour que la peinture ne soit jamais décorative !
Cependant, Henry de Waroquier trouve sa place chez les décorateurs et chez les jeunes néo-naturalistes constructeurs.
Si Henry de Waroquier, que je n'ai pas hésité à situer très au-dessus de l'ingénieux Grasset, donne chaque jour d'inoubliables « leçons de goût » à de jeunes artisans d'entre qui surgira peut-être un véritable artiste, il n'est pas seulement un ouvrier inspiré. Mais il a du « métier » une conception noble. Il réhabilite ce métier avili par les académiques au point que nous n'osions plus prononcer ce mot, l'un des plus dignes de notre respect. C'est par là que Henry de Waroquier a rejoint, sans hâte, sans concession, lui leur aîné, ces jeunes réalistes qui, lors d'un Salon où, dispersés, je les rassemblais en esprit, me parurent constituer le groupe du Naturalisme organisé.