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EXIGENCES PARTICULIERES DE LA PEINTURE

Marchand répondait, au début de sa carrière, c'est-à-dire un peu avant 1908 *, à toutes les espérances des pires solliciteurs littéraires.

Réduisant trop le rôle du peintre à la tâche du décorateur, il souriait aux anges, comme dit le peuple, c'est-à-dire à rien, au néant puisqu'il s'agit des nouveaux-nés qui ne voient rien et n'imaginent pas. Marchand rêvait consciencieusement la naïveté. Ignorant vraisemblablement l'échec honorable du graveur de talent que fut, dans l'ère symboliste, le peintre Emile Bernard devenu si lugubrement « museal », comme on dit chez Meïer-Graef, Marchand voulut être un peintre imagier ; il fut de ceux qui, sans en avoir été priés, suivirent Dufy avec une fidélité si incongrûment têtue qu'on en vint à rendre le fier, le dédaigneux, le distant Dufy

* L'année du plus libre, du plus éclatant, du plus « scandaleux » salon de l'Automne.

responsable de toutes les bondieuseries démocratiques d'une troupe égarée sur la route d'Epinal par une conception chansonnière du moyen-âge « énorme et délicat ».

Toutefois, certains traits, la vérité réservée de son coloris prouvaient assez que Marchand péchait seulement par intention, par obéissance à des suggestions étrangères au beau métier de peindre et dont triompherait son tempérament.

Encore empêtré dans l'image, il parut proposer à la dévotion des imagiers « naïfs professionnels » les agréments pervers d'un schisme, quand il commençait, à son insu même, de se rendre en toute simplicité naïf enfin et de la meilleure sorte, à la bonne santé picturale.

La naïveté est un don. Le <ion d'enfance I a dit un Belge.

La naïveté aux couleurs médiévales est interdite à i'homme du xx^ siècle civilisé par la mécanique, le civisme germano-l^tin et le confort anglo-saxon. Il y a faiblesse coupable pour l'homme cultivé à mimer l'innocent tendant sa sébille, sous un porche roman, comme s'il quêtait dans sa boîte crânienne. Les personnages de Marchand furent, d'abord, de très artistes « carabonhommes ».

Marchand — démentant à ses heures de vraie foi naïve sa naïveté Littéraire et de commande — s'inquiéta d'une neuve expression du mouvement.

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Les principes de déformation admis en son cei*cle limité lui parurent insuffisants. Il imagina la multiplication des personnages. Il était sauvé, cessant d'être obsédé par Georgin et ceux des Danses macabres, n'ayant plus que des soucis de peintre.

Je voudrais qu'on fit place en ce Musée des Jeunesses, dont j'ai soutenu l'utilité scolaire, à la première réalisation de Marchand dans cet ordre de choses, enfin, au-dessus de l'idée brève. C'est Labours : quatre personnages peinent sur une unique charrue. Ces quatre personnages sont un seul laboureur en mouvement. La charrue est une. Elle n'a pas encore obéi à l'efîort individuel que traduit une figuration collective.

Il y a bien de la candeur et bien de la présomption dans un tel essai. Qu'on en considère cependant la noblesse, la v^^tu toute plastique et, surtout, qu'on se souvienne qu'il précède la révélation parmi nous du dynamisme futuriste, bien plus puéril et tout de suite gâté par l'emphase et des vulgarités ténorines.

La recherche cinématographique de Marchand fut séduisante ; elle ne comportait rien d'absurde en soi ; elle suffisait à distinguer le peintre malgré la grossièreté de réalisation. Elle le rendait à toute humanité. Marchand commençait d'apercevoir son vrai destin de bon réaliste seulement dédaigneux

du langage trop direct que le faux éclat de l'impressionnisme fit à ce point indigent.

On s'est accoutumé à placer, sur la cimaise des Salons, Marchand et Lhote dans un voisinage presque immédiat. Ce ne fut pas sans respect d'une logique qui, désormais, commanderait d'éloigner de plus en plus ces deux artistes.

Voici leur point initial de rencontre. André Lhote le précise qui possède amoureusement son imagerie lorsqu'il dit : « L'imagerie soutient avec la peinture des rapports étroits. Cette alliance satisfait * au besoin urgent de recouvrer un certain style vraiment français, en prenant les éléments du tableau dans la réalité quotidienne **. »

• Cest ici qu'il faut montrer les graveurs de Vues d'Optique copiant Claude Lorrain et Georgin, et d'autres, s'inspirant de David Gros, Vernet, etc., et les interprètes populaires du Poussin qui par la couleur et la systématisation du modèle, « renou-

* C'est en 1909 que Lhote s'exprimait ainsi.

** M'étant soigneusement tenu éloigné du moindre pédanlismc, je voudrais qu'on entendit bien, sans plus de mots, mon vrai dessein à retrouver aux dernières pages de cet ouvrage, que j'espère intelligible à cause d'un souci d'ordre, l'expression de volontés, individuelles ou collectives, caractérisées au début de mon livre.

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velés des peintres primitifs », me disait Lhote, annoncent toute la peinture moderne, de Matisse aux cubistes.

Mais Marchand méconnaissait en esprit « les exigences particulières de la peinture » quand déjà sa main obéissait à la seule loi, le libérant de sa fausse rêverie d'innocence, le rapprochant des jeunes directeurs qu'il faut nommer encore, de Raoul Dufy à Othon Friesz.

Marchand travailla opiniâtrement ; la gravure sur bois dont il apprit en honnête artisan les finesses lui fut un utile exutoire. Sa peinture établie sur un plan réaliste fut ordonnée, composée, grâce à de belles cadences évoquant à la fois la complainte de folk-lore et le chœur orchestré. Son premier tableau complet réalisant son intention seconde, les Lavandières, quatre figures en harmonie avec un paysage choisi, vaut par la plénitude, un peu lente, des rapports de ligne et de volume. A cette sobriété correspond l'économie des couleurs. Ces couleurs sont fortes, hautes, choisies pour un emploi qui exige la conquête de la profondeur, par où Marchand évite le piège du décoratif.

La dernière œuvre qu'il a présentée au public, les Femmes à la Fontaine, nous montre l'artiste augmentant la valeur des éléments requis par l'élargissement du thème simplifié.

Marchand se satisfait par l'épreuve. Il ne nous

contente point par la surprise. L'invention, qu'il ne redoutait pas à ses débuts, le placerait au-dessus de la perfection sommaire vers laquelle il s'applique. C'est d'elle qu'il a besoin pour obéir a la conscience qu'il eut de l'insuffisance du fauvisme, au temps que le Douanier * retrouvant la Tradition (et inventant merveilleusement) éclairait des feux de sa pureté la i'érité corrompue par les gens de l'Institut et la inanité révérée par les anarchistes de 1895-1900. Ces anarchistes si près de confesser, aujouid'hui, leur dépit, leur indignation surbourgeoise à voir s'ouvrir le règne des démolisseursconstructeurs, des classiques à la Proudhon, dévoués à une « création de l'ordre », dont André Derain, régulateur, eut, le premier, le sentiment éprouvé.

* Cézanne entretint l'ambition raisonnable d'exposer au « Salon de Bouguereau ». Henri Rousseau n'avait aucune curiosité contemporaine. Des Indépendants de l'année, il ne connaissait bien que sa toile. Mais il visitait régulièrement ce Louvre, où se disciplinait ce don de création qui lui faisait envelopper de colombes planant le portrait de sa femme morte, en montgolfière. Mais Rousseau ne manqua pas un seul salon des Artistes Français. Il y goûtait Singulièrethent la patience de Courtois, et la révérait justemetit si, ce faisant, l'innocent croyait honorer la conscience. S'il n'y avait, comme la raison le voudrait, rien que deux salons, les Artistes Français et les Indépendants, on se comprendrait mieux. Des indépendants siégeraient vite au conseil des Artistes français. D'honnêtes anciens transporteraient, par exemple, aux Indépendants leurs ouvrages situés entre l'œuvre de Stevens et celui de Maximilien Luce.

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