‹ L'arthrite blennorragique aiguë et son traitement par l'arthrotomie précoceChapitre 21 sur 22 · PRET · texte numérisé non relu

PRET

Muis le 13, la malade ayant eu un peu de température, on s'aperçoit que les plaies sont presque refermées. On les rouvre et il s'écoule une assez grande quantité de pus. On lave au sublimé et à l’eau boriquée. L'état de la malade s'améliore. Il devient tout à fait bon vers le 20, époque à laquelle on supprime le drainage. La jointure n’est presque plus douloureuse. On commence la mobilisation qui réussit assez vite et très bien. A l'heure actuelle, la malade est encore dans le service. Elle ne se lève pas, mais elle peut elle-même fléchir sa jambe de quelques degrés. Quant aux mouvements provoqués, ils atteignent actuellement presque l'angle droit et sont peu douloureux.

Examen bactériologique. — Le liquide est ensemencé au moment de l'opération dans trois tubes de bouillon.

Le 4 juin, on remarque un dépôt au fond des tubes, mais pas de trouble. Le lendemain, le tube II présente un trouble marqué à la partie inférieure. On en fait des lamelles au Ziehl au bleu de méthylène. Il y a de nombreux amas de cocci et quelques diplocuques isolés. Le groupement ferait penser à du staphylocoque. Ces microbes prennent le Gram.

Le tube II devient de plus en plus trouble, tandis que les deux autres restent limpides. On réensemence le tube II sur gélose simple et gélose additionnée de sang, et le lendemain on a de magnifiques cultures de staphylocoque blanc.

OBSERVATION VIII (Inédite).

Arthrite aiguë du genou droit (Malade de M. PreRRE DELBET.)

Édouard D..., 28 ans, cuisinier. Ce malade se présente à l’hô- ” pital le 10 juin, avec un ensemble de phénomènes qui feraient d'abord perser à un rhumatisme blennorrhagique. Il n'a pas d’antécédents héréditaires. Mais il prétend avoir eu, en 1890, au régiment une attaque de rhumatisme inflammatoire aigu qui se serait prolongée onze mois, et aurait successivement envahi

presque toutes les articulations. Il n'avait jamais eu de blennorrhagie à ce moment. Après cette longue période, il contracta la syphilis qui s'est traduite chez lui par la roséole, des plaques muqueuses très abondantes et des manifestations cutanées diverses. Depuis 1891,il a eu six fois, la blennorrhagie sans jamais présenter de complications. Pour la septième, il y a dix jours, il a vu apparaître l'écoulement uréthral caractéristique, et quelques jours après, cinq au plus, il était envahi simultanément par une conjonctivite assez intense, des douleurs, sans gonflement bien marqué, des articulations du carpe à droite, de l'articulation du gros orteil aussi à droite et enfin des douleurs très prononcées, avec gonflement considérable du genou droit.

Les douleurs spontanées sont rendues plus intenses par les mouvements. La tuméfaction tient surtout à l’épanchement, l'œdème périarticulaire étant peu prononcé. Choc rotulien et fluctuation très nets. Fièvre légère, état général mauvais.

Cependant, en présence de l'aspect rhumatismal de l’affection, on se contente de faire une ponction du genou le 12 juin au matin on retire un liquide rougeâtre purulent représentant comme quantité 60 grammes environ. Le lendemain, le liquide s'était reproduit, les phénomènes douleurs et fièvre locale aussi bien que générale ayant augmenté, M. Delbet pratique l’arthrotomie le 13 juin. .

L'incision externe est placée cette fois tout à fait sur le côté pour permettre le facile drainage de la cavité. On remarque en passant que les tissus périarticulaires sont très légèrement infiltrés.

La synoviale est fortement épaissie, hyperhémiée, grenue, tomenteuse, elle a l’aspect de la muqueuse intestinale. On en prend un morceau pour en faire l'examen histologique. *"-

Le liquide est nettement purulent, mais sans trace de sang, cemme celui de la ponction. Le cartilage de la face postérieure de la rotule est blanc grisâtre, mais il paraît intact. On ne trouve pas la couenne ordinaire dans le cul-de-sac sous-trici-

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pital. On lave abondamment au sublimé et à l’eau boriquée, et l’on draine avec des mèches de gaze. Le membre est fixé à une gouttière de Bœckel.

Le soir même la température, qui était le matin même de 38°,o, descend à 38° et le lendemain à 37°. Le malade passe une assez bonne nuit; il souffre peu et dort quelques heures, ce qu'il n'avait pu faire les nuits précédentes.

On ouvre le pansement le 15 juin et l'on trouve le gonflement notablement diminué. Il ne reste plus guère qu'un empâtement peu prononcé des tissus périarticulaires. Les plaies ne laissent passer aucun liquide. La jointure est encore douloureuse au toucher et le malade crie dès qu’on dérange le membre pour les besoins du pansement.

Cependant, les signes manifestes de l’arthrite aiguë se sont beaucoup atténués. On remet des mèches et l’on immobilise de nouveau.

Le second pansement permet de constater les mêmes détails avec une diminution croissante des phénomènes aigus.

La conjonctivite s’est atténuée sous l’action du nitrate d'argent en instillations. Le malade prend depuis quelques jours des cachets.de salol.

Vers le 20 juin on enlève les mèches et quelques jours après on supprime la gouttière et on commence à immobiliser. Les premières tentatives sont extrêmement douloureuses, mais ces douleurs ne durent pas. Les jours suivants, les mouvements deviennent moins douloureux et l’on gagne peu à peu du terrain. Actuellement, le malade, qui ne s’est pas encore levé, exécute dans son lit des mouvements spontanés de flexion qui vont jusqu'à 45 degrés environ ; pour les mouvements provoqués ils atteignent l'angle droit, et l'on peut espérer que ce malade comme celui de l'observation VII du reste, retrouvera la complète intégrité de sa jointure. Seulement, l'articulation du poignet peu malade au début, à présenté depuis une quinzaine de jours un gonflement assez accentué et des points douloureux à la pression sur les côtés. L’ankylose est déjà prononcée et

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sera probablement très difficile à empêcher. M. Delbet ne croit pas que le malade retirerait un grand bénéfice d’une arthrotomie.

Examen bactériologique. — Le liquide de la ponction, ensemencé dans du bouillon, donne des cocci en groupes, assez nombreux, mais petits.

Le liquide recueilli au moment de l’incision et ensemencé dans du bouillon donne une culture de microcoques qui prennent le Gram, sont disposés en groupes, mais ne cultivent pas sur les tubes de gélose.

OBsEeRvATION IX (due à l’obligeance de M. Bazy).

Émile G..., 31 ans, blanchisseur, eut, il y a buit mois, une blennorrhagie ayant duré trois semaines ; un nouvel écoulement, assez léger, se montre, il y a trois semaines. En même temps une douleur légère se manifestait dans le genou gauche.

Depuis peu de jours elle a augmenté d'intensité, la jointure a grossi; la marche, devenue presque impossible, engage le malade à se présenter à la consultation le 20 juin 1895 : il existe un gonflement très marqué du genou; les culs-de-sac sont soulevés par un épanchement considérable: la palpation et les mouvements provoqués, très limités réveillent une vive douleur. Une ponction aspiratrice ramène un liquide séreux, légèrement louche; compression ouatée. Le malade, qui a refusé de rester à l'hôpital, garde le repos et ne souffre plus pendant sept jours ; mais le 27 les douleurs reparaissent très violentes et l’obligent à entrer dans le service de chirurgie de Bicêtre le 28 juin. |/épanchement s’est reproduit, presqu'aussi abondant : la température monte le soir aux environs de 39e.

Le 29 juin, M. Bazy pratique l’arthrotomie ; incision bilatérale, lavage, drainage. ;

L'examen microscopique du liquide retiré, très louche, a montré la présehce de nombreux globules de pus et cocci isolés.

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