‹ L'arthrite du genou et de l'épanchement articulaireChapitre 10 sur 49 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Fracture du coi du fémur simulant une luxation chez un adulte. Epanchement tardif du genou.

Roussel (Auguste-Isidore), âgé de 52 ans, menuisier, entre le 19 mars 1870, à 5 heures du soir, salle Sainte-Vierge, n° 43.

La veille, à 3 heures et demie de l'après-midi, il était dans un appartement, monté sur une échelle, quand elle glissa et le fit tomber sur le parquet. Il fut entraîné dans sa chute, tomba sur eile et un peu de côté; la hauteur de chute n’atteignait pas un mètre; ce fut le côté droit de la cuisse et de la hanche qui portèrent le poids de la chute, et la main correspondante se trouva prise entre l'échelle et le sol.

Le malade s’est immédiatement après traïné jusqu’à un fauteuil où il est parvenu à se placer sans avoir pu néanmoins se mettre debout. De là, on l’a transporté chez lui et le lendemain matin on l’a amené à Paris, de 3 lieues de distance (Villetaneuse à Paris), en voiture. Le trajet a été fort douloureux, et le soir, M. Reverdin et moi, nous le trouvons dans l’état suivant :

La jambe est fléchie sur la cuisse, celle-ci sur le bassin; le genou est dans l’adduction et la rotation en dedans et recouvre la cuisse du côté opposé sur laquelle le malade est couché.

Le bassin est légèrement dévié, l’épine iliaque antéro-supérieure droite portée en haut, le pli de l’aine du côté malade est effacé; néanmoins on sent très-bien l’arcade du pubis, le ligament de Fallope. Peu au-dessous de la crête de l’os des iles, on trouve une saillie considérable formée par le grand trochanter qui est remonté bien au-dessus de la ligne iliosciatique, s’est porté en avant, et est le siège d’un gonflement diffus et volumineux : sa délimitation exacte est très-difficile.

En arrière, on sent une saillie dans la fosse iliaque externe au-dessus

de l’échancrure sciatique : il y a un aplatissement de la fesse et une élévation du pli fessier.

Le raccourcissement est peu marqué.

On peut fléchir la cuisse sur le bassin, bien qu’avec une difficulté qui tient au spasme musculaire. Ce spasme est très-prononcé, surtout pour les adducteurs. Les mouvements de rotation en dehors sont impossibles, tous les mouvements spontanés du membre sont abolis et ceux qui lui sont communiqués sont très-douloureux.

Pendant la nuit, le malade sent à deux reprises un claquement très-net

dans la hanche ou le genou (il ne sait à laquelle des deux articulations rapporter le bruit), et le lendemain matin, nous le trouvons avec un ensemble de phénomènes tout différents de ceux qu'il présentait la veille.

La jambe est étendue sur la cuisse et celle-ci sur le bassin. L'effacement du pli de l’aine existe encore, mais au-dessous , nous sentons une tumeur voiumineuse et dure constituée par le trochanter, qui est porté extrêmement en avant et en dedans. Sous les fessiers est encore une tumeur mal limitée et la contracture n’occupe plus que les adducteurs et le droit antérieur. — Il y a une légère adduction, pas de rotation du membre, le bassin est plus dévié sur la colonne vertébrale. — Le raccourcissement n’est que de À centimètre, et si on redresse la déviation du bassin, il est tout à fait contestable. Les mouvements communiqués sont presque impossibles, le bassin accompagne le membre dans les diverses positions où on le place; il n’y a que peu de douleur spontanée ou à la pression , pas d’ecchymose, pas d’épanchement dans le genou. à

Il existe en outre une assez forte contusion de la main droite, surtout à la face palmaire, mais sans fracture, sans plaie. Un gonflement œdémateux en est le principal signe.

Le lendemain et les jours suivants on voit ces phénomènes s’exagérer ; il s’y joint d’abord une rotation du pied en dehors, rotation qui devient de plus en plus marquée, jusqu’à faire un angle de 45° avec la verticale. — L'adduction persiste toujours, mais on remarque un accroissement du raccourcissement apparent, tandis que le raccourcissement réel ne dépasse toujours pas 1 ‘,, centimètre. \

Il n'existe toujours pas d’épanchement dans le genou. — Au contraire, le gonflement de la région trochantérienne augmente beaucoup.

On s’était d’abord borné à faire quelques applications résolutives; le 26, pour obvier surtout à la rotation du membre, on met un appareil de Scultet. Pendant trois semaines, le malade le supporte sans difficulté; le 45 avril on le retire, et on constate les faits suivants :

Le membre est un peu dans l’adduction que favorise une élévation légère du bassin : il n’existe plus presque de rotation en dehors; le pli de laine est toujours fort aplati: on croirait voir la hanche d’une femme, tant l’hypertrophie trochantérienne augmente le diamètre transversal du haut de la cuisse. Ce gonflement est toujours diffus, mal limité, surtout dans le sens de la largeur.

Le raccourcissement est très-faible, soit 4 ‘|, centimètre,

Mais du côté du genou on remarque un épanchement notable, caractérisé par de la fluctuation, du choc rotulien, et une grande tuméfaction. La pression exercée sur le condyle interne est très-douloureuse; le reste de la région est indolore. — On trouve à la mensuration :

Genou, coté malade, Genou, côté sain.

Circonférence. . . . . .. 7 0,330 0,305 à 0,310

Les mouvements communiqués à l'articulation coxo-fémorale s’exécutent bien en tous sens.

On replace le Scultet,

On l’enlève de nouveau le 4 mai. On note alors de nouveau ce gonflement ci-dessus décrit de la région trochantérienne : cependant l’épine illaque est toujours élevée, et le membre dans la rotation en dehors.

Le genou est encore très-douloureux : la rotule peut être ramenée par pression au contact des condyles, à ce moment se fait sentir le choc : tous les tissus avoisinants sont manifestement engorgés et durs, la raideur articulaire est extrême , mais on ne trouve aucune espèce de mouvements de latéralité du tibia sur le fémur; — l’examen de la circonférence du genou donne :

Côté sain, 305 millimètres; Côté lésé, 320 millimètres.

Le malade ne peut enlever le talon du lit; mais l’état de l'articulation coxo-fémorale n’est pour rien dans ces désordres, car on fait exécuter à celle-ci tous les mouvements que l’on veut, et dans ces recherches, où constate l’indépendance fonctionnelle complète du bassin et de la cuisse.

Du 6 au 30 mai, le malade reste dans le service : il ne marche qu'avec la plus grande difficulté avec des béquilles, et en posant à peine le pied par terre. Get état tient bien plus à l’affection articulaire du genou qu’à la fracture, qui est parfaitement consolidée.

Le malade quitte le service le 1% juin 1870.

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