OBSERVATION VII
Fracture sous-trochantérienne, ou fracture du col avec pénétration du fragment interne dans le trochanter. Épanchement lardif du genou.
Ponthieux (Louis-Charies), âgé de 43 ans, cuisinier, entre le 7 juin pour une fracture de la partie supérieure du corps du fémur, peut-être même de la base du col, avec éclatement concomitant du trochanter.
Au moment où il descendait de voiture, il a été violemment poussé par un homme sortant d’une maison : renversé par le choc, il tomba de sa hauteur sur le trottoir, probablement sur la région trochantérienne gauche, le membre étant étendu.
1! enuxra à 4 heures après midi salle Sainte-Vierge, n° 9, où l’on constats dès le lendemain :
Une rotation très-prononcée du membre en dehors;
Un raccourcissement réel de 4 centimètres au moins;
Un gonflement énorme de toute la cuisse, surtout à la partie supérieure et moyenne, avec disparition du pli inguino-crural.
Il n’y a pas de mobilité anormale : la veille au soir on ena trouvé, mais pendant l’exploration des signes, un bruit de grosse crépitation s’est fait entendre, et à partir de ce nn. le membre a cessé de présenter ce phénomène. Le lendemain, on retrouve cette crépitation, que l’on peut comparer au bruit d’un sac de noix : elle est surtout produite par les mouvements de rotation et de flexion du membre.
Il y a peu de douleur spontanée ou à la pression.
Point d’ecchymose.
Aucun symptôme d’épanchement du genou.
On enferme le membre dans un appareil de Scultet.
Le 10, le malade est dans le même état, sauf que l’on trouve un peu de douleur autour du genou : une ecchymose très-noire occupe les bourses.
Le 15, on enlève l'appareil et on place le membre malade sur un double plan incliné, dont la partie supérieure est munie d’un Scultet.
M. le professeur Gosselin fait alors remarquer :
1° Que le raccourcissement actuel est à peine de 2 centimètres;
2° Que le genou, où l’on remarque un peu de fluctuation, n’est pourtant le siége que d’un épanchement fort restreint; N
3° Qu’une ecchymose déjà jaune par places, noire encore en d’autres points, occupe la région de la hanche, ainsi que le côté externe et le côté interne du membre.
La douleur est surtout marquée au-dessous du trochanter : elle n’existe guère spontanément, et pour la trouver, il faut la provoquer par des mouvements. Le gonflement des parties molles empêche de sentir bien nettement les saillies trochantériennes.
Le 29 juin, je change de nouveau l’appareil.
Il existe un gonflement considérable de la cuisse avec empâtement et difficulté de sentir l’os. La jambe aussi présente une tuméfaction œdémateuse, due sans doute à la constriction de la cuisse; elle est prononcée au pied surtout. L’ecchymose est d’un jaune-vert pâle et est répandue sur toute la face interne de la cuisse.
La région trochantérienne présente un gonflement volumineux et dur, constitué par un énorme cal entouré d’un noyau d’engorgement des parties molles.
Au genou, les fossettes de la rotule sont effacées par l’accumulation de
synovie. On met la jambe dans l'extension sur la cuisse sans difficulté ni douleur; on peut alors constater une fluctuation évidente à la partie antérieure du genou et percevoir le choc rotulien. — Il y a néanmoins peu d’augmentation de la circonférence du genou.
Circonférence au niveau de l’angle inférieur Membre gauche. DH COTON ECS eee ns en: e 0,350 02,335 Circonférence au niveau de l'angle supérieur ICNENIUIESNRRS ER oo. 0 0m900 On,340
On remet l’appareil , en enroulant autour du pied et de la jambe une bande recouvrant une épaisse couche de coton.
Le 2 juillet 1870, l’edème est devenu tel qu’il faut supprimer le double plan incliné. — On entoure la jambe d’un coussin maintenu par des lacs: la cuisse est laissée dans l’appareil de Scultet.
À partir de cette époque jusqu’au 22 juillet, époque de mon départ pour le camp de Châlons, aucun phénomène important ne se révèle: le genou persiste à être gonflé et un peu douloureux.
Je ne sais ce qu'est devenu le malade.
OBSERVATION VIIL.
Fracture du fémur au tiers inférieur. Épanchement très-considérable du genou.
Matthieu (Alexandre-Zéphyrin), âgé de 33 ans, bardeur, entre le 22 mai 1870, salle Sainte-Vierge, n° 23.
Le jour même, en cherchant à mouvoir une pierre de 1",25 de hauteur sur 0,70 de largeur et 0,30 d'épaisseur, il la fit tomber si malheureusement, que, renversé par terre avec elle, il resta la cuisse gauche prise entre le sol et ce corps pesant. Dans cette position, le genou portait sur le talon du pied droit replié sous le blessé, et le milieu de la cuisse portait à faux.
Immédiatement on constata une fracture au niveau du tiers inférieur de la diaphyse. — La crépitation était considérable, la rotation en dehors prononcée, le raccourcissement de 4 à 5 centimètres. — On trouva en outre des traces de contusion légère sans excoriation à la partie interne du genou gauche, et à l’externe du droit.
Le genou était le siége d’un épanchement énorme, manifesté par une vive douleur spontanée et à la pression, de la fluctuation et une augmentation de la circonférence, qui, pour le genou gauche, s’était élevée de 34 centimètres à 39.
RO CEE
On commença par appliquer sur le membre des cataplasmes, et le 25 mai on l’enferma dans un appareil de Scultet.
Le 30 mai, on change l’appareil sans noter aucune modification de l’état local.
Le 8 juin, l'inspection du membre fait redouter la production d’une escharre; on enlève le coussin et l’attelle antérieurs en laissant en place le reste de l'appareil.
Le 43, il n'y a plus menace de mortification, on remet donc l’attelle antérieure. — La fluctuation du genou se sent même au travers de lappareil, et la douleur produite par cette complication est toujours considérable.
Le 28, on renouvelle tout l’appareil; il n’y a plus aucune crainte à avoir au sujet de la production d’escharres. — Le genou est déjà moins gonflé, on sent moins facilement le chôc de la rotule : la fluctuation est pourtant encore très-sensible. On remet l’appareil.
Le 3 juillet, le malade s’étant derechef plaint des douleurs que lui cause l'appareil, on le visite. Le cal est alors satisfaisant quoiqu'il fasse un peu trop de saillie à la partie externe du membre : l’état du genou ne paraît guère s’être modifié. — On remet alors l’appareil, en interposant une couche d’ouate entre le membre et les bandelettes : on établit en outre une légère traction sur le pied.
Le 11 juillet, on visite l'appareil et on le replace. Le cal est des plus volumineux, à tel point qu’on le sent presque sous la peau à travers le triceps atrophié. — Le genou est fort engorgé, les téguments paraïssent infiltrés de liquide : la rotule est comme élargie, elle se déplace diffcilement sur les condyles du fémur ; on a une certaine difficulté à obtenir la sensation du choc rotulien et néanmoins la fluctuation est manifeste.
Je n’ai plus eu l’occasion de revoir le malade,