OBSERVATION XVI
Fracture comminulive par un éclat d'obus du col dufémur et du trochanter. Plaies contuses mulliples. Mort.
Teton (Pierre), âgé de 36 ans, capitaine d’un bataillon fédéré, étam à la porte Maillot, est blessé le 8 avril dans l'après-midi par plusieurs fragments d’un obus qui éclate à ses côtés.
Il est transporté de suite à la Charité, où on constate les blessures suivantes :
Sa fesse gauche présente une plaie transversale nette qui traverse le grand fessier et se continue par un énorme canal pouvant laisser pénétrer toute la main et aboutissant à la région inguino-crurale en dehors : là le psoas et le triceps sont déchirés et laissent voir une plaie irrégulière et contuse où le poing fermé peut entrer. On reconnaît bientôt que le col du fémur est emporté presque entièrement: la capsule articulaire est ouverte, mais la tête du fémur est dans la cavité cotyloïde ; le trochanter, brisé en plusieurs esquilles, se sent distinctement au fond de la plaie.
LR
Il existe en outre une plaie contuse fort étendue, quoique peu profonde, à la région lombaire gauche : le sourcil et la région temporale sont également blessés et en ce point les téguments sont décollés sur une assez grande étendue.
Le malade est froid, livide, dans un état presque syncopal. Il a en effet perdu énormément de sang : la multiplicité de ses blessures, sa faiblesse, interdisent toute intervention chirurgicale; on cherche à arrêter par ligature et tamponnement l’écoulement sanguin, mais il faut presque y renoncer à cause de l’énorme surface des plaies.
Le 9, le malade ne perd plus de sang, mais il a de fréquents vomissements; le membre est très-raccourci, il est dans la rotation en dedans et dans l’adduction forcée. Le nerf sciatique est manifestement déchiré, il y a anesthésie de la face postérieure et externe du pied et de la jambe.
Le 10, il apparaît un peu d’épanchement dans le genou; le soir, survient la fièvre traumatique.
Le 41, il y a de l’épanchement du genou: la fièvre est des plus intenses ; le malade meurt dans la matinée,
Les fédérés s'opposent à l’autopsie.