‹ L'arthrite du genou et de l'épanchement articulaireChapitre 22 sur 49 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

Plaie en cul-de-sac à la partie antérieure de la cuisse gauche avec fracture esquilleuse sous-trochantérienne du fémur. Épanchement rapide du genou. Mort. Autopsie.

Mesnard (Pierre), garde au 84° bataillon fédéré , âgé de 54 ans, entre le 24 mai au n° 24 de la salle Saint-Joseph.

A la partie antérieure de la cuisse gauche est un cul-de-sac très-déchiré conduisant au foyer d’une fracture qui a divisé le fémur en une mullitude d’éclats à sa partie supérieure : le gonflement tout autour de la fracture est considérable et laisse supposer un épanchement de sang considérable.

Le 26 seulement apparaît une collection de liquide dans l’articulaiion du genou : cette articulation qui jusqu'alors n’était le siége d’aucune douleur, devient dès ce moment assez sensible.

En même temps on voit survenir tout à fait à la partie supérieure et interne de la cuisse un phlegmon diffus qui prend bientôt des proportions énormes.

Le 27, en effet, le malade est à toute extrémité. La partie supérieure du membre est recouverte de larges plaques de sphacèle; le genou est toujours le siége de l’épanchement, qui même a augmenté depuis la veille.

Le blessé meurt dans la journée.

Autopsie le 29 mai 1871.

On trouve une fracture du col du fémur qui est comminutivement brisé de sa base à son sommet, la capsule articulaire est largement ouverte et le ligament rond brisé.

Une infiltration sanguine énorme règne sur tout le pourtour de l'os, surtout à la partie postérieure et externe du muscle vaste externe, et sous le droit antérieur : à ce niveau, l’épanchement sanguin repousse le culde-sac de la synoviale et fait en quelque sorte hernie à l’intérieur mème de la cavité articulaire.

Gelle-ci contient une assez grande quantité de liquide séro-sanguin. filant, visqueux, plus jaune que rouge néanmoins et ne présentant nulle part trace de coagulation.

La synoviale ne paraît nullement enflammée, sa surface est lisse, unie, seulement elle présente presque partout une coloration rouge, accentuée, par places, au point de paraître bleue.

Cette coloration est évidemment due au sang infiltré sur sa face externe,

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sang dont la présence est immédiatement démontrée par la ponction capillaire de la membrane séreuse qui alors le laisse suinter par gouttes ; et qui, au travers de son épithélium, permettait de le voir par transparence. Les cartiläges sont en parfait état de conservation et ne sont même pas colorés par imbibition.

L’épiphyse du fémur est injectée, son diploé diffère sensiblement de celui de l’autre membre. La moelle est infiltrée de sang.

La veine nourricière de l’os est remplie par un caillot, par places déjà en voie d'organisation.

Le 30 mai, M. Gosselin brise l'os en plusieurs fragments pour en étudier les lésions ; il constate d’abord que toute la partie supérieure (le hui tième supérieur), à partir du foyer de la fracture , est infiltrée non point de pus, comme dans l’ostéomyélite purulente spontanée, mais de sanie exhalant une forte odeur gangréneuse. La matière huileuse de l’os a disparu presque entièrement.

Dans le tiersmoyen, du sang est extravasé dans le canal médullaire, dans le tissu même de la moelle, où il constitue de véritables ecchymoses; mais ces altérations ne vont pas jusqu’à la partie inférieure de l’os, où existe bien un peu de vascularisation, de congestion, mais où on ne trouve ni sang, ni pus épanché ou collecté; néanmoins dans toute la partie inférieure de la diaphyse et même de l’épiphyse, la matière grasse des os a sensiblement diminué.

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