EXPÉRIENCE IX
Le 26 septembre 1871, on trépane le fémur d’un lapin; on étanche le sang qui s’en écoule, puis on introduit à quatre ou cinq reprises différentes, de haut en bas, dans le canal de l'os, un stylet que chaque fois on fait rougir à blanc.
Le 4° octobre, on tue l'animal.
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La plaie de la peau suppure; les muscles sont réunis. Le trou de la diaphyse est bouché par un bourgeon d'apparence fibroïde; la moelle, très-injectée, ne suppure pourtant pas; elle renferme une très-petite escarre entourée d’un noyau comme fibreux. Le genou correspondant est parfaitement sain.
Ces expériences suffisent pour démontrer l'extrême rareté de la complication articulaire dans l’ostéomyélite, rareté qui devient plus frappante encore si on la compare à la constance avec laquelle apparaît l’hydarthrose quand chez les mêmes animaux on vient à fracturer le fémur.
Et comment en serait-il autrement? Que l’on accorde l’influence de la circulation de la moelle osseuse sur les phénomèênes de sécrétion synoviale du genou, il n'en est pas moins vrai qu’une part minime seulement des humeurs de cette articulation rentre dans la circulation générale par cette voie détournée. Les veines articulaires supérieures, moyennes, inférieures, ramènent toutes directement à la veine fémorale le sang de la synoviale, et l'arrêt de la circulation arthro-épiphysaire n'aurait d'autre effet que d'augmenter un peu la tension sanguine et la rapidité du cours du sang dans ces vaisseaux nombreux et volumineux. J’exclus ici le cas où la veine fémorale elle-même serait le siége d’une thrombose, cas aussi facile à constater par l’ædème énorme qui s’'emparerait du membre, que rare puisque nous n’en n’avons pas vu un exemple.
M. Alison, néanmoins, veut que cet arrêt momentané du cours du sang dans quelques veinules soit suffisant pour déterminer l'épanchement dans tous les cas, et explique par le rétablissement des connexions vasculaires entre les deux fragments, la disparition du liquide qui serait résorbé du cinquième au quinzième jour, au moment de la production du cal. Mais pourquoi, si tels sont les faits chez l'enfant, l'adulte, chez qui les phénomènes de réparation de l’os sont presque aussi rapides, voit-il l’'épanchement persister des semaines et des mois ? Comment, du reste, expliquer ce rétablissement de la circulation
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osseuse alors qu'il est manifeste que le cal est, au contraire, un obstacle au retour du sang veineux du membre ?
En présence de ces objections, s’il ne faut pas refuser toute efficacité à la cause invoquée par M. Alison, il convient de restreindre beaucoup l'importance qu'il lui attribue et de passer à l'examen d’un autre ordre de phénomènes, mis d’abord en lumière par M. le professeur Gosselin.
Dans la leçon clinique que nous avons rappelée au commencement de ce travail, M. Gosselin attribuait à l'épanchement sanguin qui accompagne la fracture la production de l'hydarthrose.
«Sur un malade qui avait succombé peu d'heures après une «fracture de la partie moyenne du fémur, nous avons constaté çune infiltration sanguine comme gélatiniforme qui, occupant «l’épaisseur des muscles, leurs interstices et jusqu'aux couches «qui environnent le périoste, arrivait jusqu'au niveau du cul-de- «sac supérieur de la synoviale vers sa partie interne. L’articu- «lation elle-même était distendue par un épanchement qui, sans «être franchement sanguin ni franchement synovial, participait «à la nature de l’un et l’autre liquide, et rentrait dans cette «classe d’'humeurs que nous caractérisons par le mot de liquides «Séro-Sanguins, À
«J’émis alors l'opinion que l’épanchement du genou pouvait «bien être produit par la transsudation à travers le cul-de-sac «de la synoviale, dont vous connaissez la minceur extrême à ce «niveau, d’une partie du sérum provenant du sang à moitié coa- «gulé qui constituait cette infiltration gélatiniforme» (Obs. V).
Or, nous trouvons la confirmation de cette idée non-seulement dans l'exclusion des autres théories pathogéniques, mais dans nos observations et nos expériences.
Deux autopsies nous ont permis de rechercher cette année l'état du genou dans les fractures de cuisse. L’une de ces fractures avait précédé la mort du malade de six heures (Obs. V), et ne s’accompagnait pas d’épanchement articulaire, aussi avonsnous trouvé un épanchement sanguin qui n’atteignait pas le culde-sac supérieur. Et cette preuve négative en vaut une autre,
roue puisque c'est le seul cas où nous n'ayons pas constaté de complication articulaire à la suite d’une fracture du fémur.
L'autre cas (Obs. XIX) était un exemple d’épanchement trèsmanifeste; nous constatâmes aussi l’infiltration sanguine gélatiniforme qui atteignait le cul-de-sac synovial et l’entourait dans toute son étendue.
Ces deux autopsies qui ont une valeur considérable, nous ont amené à poser les conséquences suivantes : si la théorie de M. le professeur Gosselin est exacte, une fracture qui n’entraîne pas d'épanchement sanguin, comme les fractures sans déplacement, sans rupture du périoste, ne doit produire aucune collection dans le genou. De plus un épanchement sanguin survenant dans des conditions analogues à celles qui règlent la marche de l’épanchement sanguin consécutif aux fractures du fémur doit s'accompagner d'hydärthrose.
Nous avons donc cherché d'abord à produire des fractures incomplètes ou sans rupture du périoste; voici les expériences où nous avons pu y arriver. |