LA PLACE DE L’A. P. DANS LE TRAITEMENT DES SEQUELLES DE POLIOMYELITE
Nous avons longuement étudié dans les pages précédentes la technique de l’A.P. Nous devons nous demander maintenant si la place qu’elle occupe est suffisamment importante pour justifier une telle discussion à l’égard d’un procédé opératoire qui semble si simple. En fait, question d’autant plus difficile à résoudre que « les associations paralytiques variables à l'infini provoquent des attitudes vicieuses très va- -riées » (D' Robert DUCROQUET). Un cas est rarement analogue au suivant ou au précédent dans ses moindres détails, et c’est pourquoi là où un procédé réussit, dans un autre cas, le même procédé donnera un échec. |
La lésion la plus fréquemment rencontrée comme séquelle de la poliomyélite est le pied équin, qui s’accompagne très souvent de pied creux; le mécanisme de ces déformations a été mis en évidence par Charles DUCROQUET.
1) Dans l’équinisme jouent plusieurs facteurs : si l’on suppose une paralysie plus ou moins complète des muscles de la loge antéro-externe de la jambe, il se produit un déséquilibre entre les forces antérieures et postérieures, d'autant plus marquées que,
OR
normalement, les forces qui agissent pour chacune des branches de ce levier asymétrique (représenté par le pied) doivent lui être inversement proportionnels (R. DUCROQUET) : ce qui revient à dire que le tonus du triceps est très supérieur à celui des muscles antérieurs. Il en résulte une déformation qui, très vite est irréductible. En outre, la chute normale de la pointe du pied s’exagère.
2) Quand au mécanisme du pied creux, il nous intéresse beaucoup moins : il est dû à « l’enroulement des tendons fléchisseurs qui soutendent la voûte plantaire et fléchissent la 2° phalange ». L’arc sous-tendu se rétrécit.
3) Enfin, s’il existe une paralysie isolée du jambier antérieur, l’équinisme est parfois peu accentué, mais le pied creux plus marqué. À la longue surviennent des déformations en varus avec rétraction de l’aponévrose plantaire.
Ces lésions s’accompagnent de modifications qui interviendront pour rendre encore plus complexe et délicate la thérapeutique; — soit rétraction du tendon d'Achille qui, peu marquée, né gêne en rien la marche.
— soit équinisme ne dépassant pas 30° et alors apparition au niveau du genou du recurvatum; \
— soit équinisme dépassant 30-35° avec marche digitigrade : allongement du membre compensé par une double flexion de la cuisse et du genou.
Equinisme et pied creux peuvent se combiner de façon variable. Ce qu’il faut retenir en outre, c’est
qu’en règle, des paralysies des muscles internes ou
externes se surajoutent entraînant des déformations en varus ou valgus dont il faudra tenir compte dans le traitement des pieds bots paralytiques. Quant aux pieds ballants par paralysie totale ou subtotale de la jambe, sans paralysie du quadricep, la question à leur égard est très discutée.
Quels sont les moyens dont nous disposons pour remédier à ces paralysies des muscles moteurs du pied ? Les principaux sont : les transplantations. L’arthrorise postérieure mises en valeur par W.C. CaMe- BELL, reprise en France par NovÉ-JOSsERAND. L’arthrodèse médio-tarsienne et sous-astragalienne décrite par DUCROQUET et LAUNAY en 1908. Cette dernière tout à fait classique, corrige complètement le varus ou le valgus. Mais l’accord n’est pas réalisé sur la valeur respective de chacune de ces opérations. Déjà en 1921, le professeur OMBRÉDANXE, au Congrès d’Orthopédie, avait critiqué violemment les transplantations; cette question fut reprise en 1936 par LEVEUF et PERROT, qui reconnaissent que certains transplantent beaucoup, d’autres pas du tout. À l’occasion du rapport de ROCHER, nombre d’auteurs ont donné leur appréciation.
Pour DUCROQUET (Voir thèse de MACÉ), l’arthrorise n’est qu’une intervention complémentaire pour le pied équin habituel. Quant au pied ballant qui résulte de la paralysie de tous les muscles moteurs du pied sur la jambe, il s’associe en règle à une paralysie du genou et de la hanche; on conservera la rétraction du triceps, on pratiquera une double arthrodèse s’il
existe une déviation latérale, sinon on fera une triple arthrodèse. Quelles sont les opinions des autres auteurs ?
M. Ugo CAMERA, aux journées de la société française d’orthopédie, est revenu sur l'importance de certains résultats obtenus par la fixation de ligaments artificiels (en particulier tendon de kangourou), mais il reconnaît lui-même que les arth. post. ou ant. lui apparaissent comme les interventions majeures, qui ne doivent pas être employées isolément, mais simplement pour rendre plus efficace l’action des ténodèses ou des transplantations tendineuses, en association avec la double arthrodèse. Les combinaisons peuvent aboutir à une grande variété et il importe pour obtenir de bons résultats que chaque élément de la déformation soit traité séparément. En outre, il estime que la butée doit être soumise à une constante stimulation fonctionnelle (contraction du triceps) si bien qu’il ne préconise pas son emploi dans le pied ballant. Pour lui, les transplantations tendineuses ne peuvent donner de bons résultats si on demande aux muscles transplantés outre une substitution de fonction un maintien de correction, ces deux choses étant incompatibles. L’auteur essaie par tous les moyens de réduire léquinisme. Il renforce particulièrement les extenseurs des orteils (extenseur propre presque toujours conservé. Extenseur commun souvent conservé partiellement). Ces muscles s’épuisent dans une hyperextension des orteils. Transporter sur le 2° métacar-
pien ils joueront un rôle actif. Citons également l’avis