‹ L'article 47 drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 39 sur 60 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

CORA, MAZILIER, LAÜRISTOT.

CORA, venant s'asseoir sur le canapé de gauche.

Eh bien ! les inconvénients promis ?

LAÜRISTOT, assis en face d’elle.

Un petit nombre do villes ayant été désigné pour l’internement des libérés, ils se retrouvent bientôt, se reconnais-

L’ARTICLE 47 8t

sent et se nuisent muiuellcment. En effet, un fainéant nécessiteux apprend- il que son camarade gagne quelque argent, il le menace de le faire connaître pour un repris do justice, s’il ne veut point partager avec lui le produit de son travail. Le chef d’atelier, averti de la condition de son ouvrier, quelque satisfait qu’il puisse être de sa conduite, se voit obligé de le congédier, pour complaire aux autres ouvriers qu’il emploie. Dans quelque lieu qu’il porto ses pas, le libéré s’aperçoit bientôt qu’une sorte de réprobation paralyse toutes ses tentatives do se créer dos moyens d’existence, et il ne tente même pas, pour gagner sa vie, des efforts dont il sait à l’avance l’inutilité.

MAZiLiF.R, debout, derrière la table du milieu.

En effet, voilà des inconvénients; mais, on ne peut cependant pas laisser tous les anciens pensionnaires de Toulon ou de Cayenne accourir à Paris, et s’y livrer à leurs petites affaires. Ce serait trop dangereux dans les temps de troubles que votre décret a dù prévoir.

LAIRISTOT.

Il n’a pas prévu autre chose, et je l’approuverais, s’il avait atteint son but, mais il ne l’atteint pas. Dans les temps dont vous parlez, la police est impuissante à retenir en province ceux qu’elle est chargée de surveiller, et la population de Paris s’augmente aussitôt de trente à quarante mille malfaiteurs, qui viennent nous demander des moyens d’existence qu’ils n'ont pu trouver depuis leur sortie de prison.

MAZiLien.

Oh! oh!

LAÜRISTOÏ.

Remarquez que je ne vous fais pas de sentiment. MAZILIER.

Vous êtes bien bon.

LAURISTOT.

Je ne viens pas vous dire que, sous le prétexte de se protéger contre des dangers à venir et incertains, la société n’a pas le droit de faire des lois, en quelque sorte, préventives,

et de dire à un malheureux qui vient d’expier son crime par une longue détention : « Dans la crainte que tu ue retombes dans les mômes égarements, je te condamne à une peine nouvelle, je te traite comme si tu étais coupable; tu n’es plus prisonnier, soit, mais je te fais esclave pouf le reste de ta vie. » Je ne vous tiens pas ce raisonnement, que de plus autorisés que moi ont tenu cependant. Je me borne à vous dire ceci : La loi étant impuissante et dangereuse, il serait peut-être sage de songer à la modifier. {Use lhe.)

MAZILIEB.

Évidemment! évidemment!

CORA

Mais, pour le moment, elle n’en existe pas moins. Les anciens libérés ne peuvent habiter Paris? ^

LAURISTOT.

Sous aucun prétexte.

coRA, se levant.

Me voici rassurée, cher monsieur. Je vous remercie cordialement. ( Tandis que Lauristot gagne le fond, prenant le bras de Mnzilier et l’entratnant, au milieu, au premier plan.) Vous qui avez des amis partout, n’enavez- ' ous pas au ministère do l’intérieur?

MAZILIEH.

Si, en cherchant bien, en faisant des fouilles.

CORA

Vous ne refuserez pas alors do me rendre un service?

MAZILIER

Lequel ?... [La regardant. ) J’ai peur de vous comprendre.

CORA

C’est cela, vous m’avez comprise. Essayez de savoir/. .

'WAZILIEH.

Quelle ville a été assignée comme résidence à Georges Du Hamel, pour aller lui faire une nouvelle petite visite. (A Cora, qui s’éloigne.) Toujours votre idée fixe. Prenez garde, chère amie, de l’idée Gio à la folie, il n’y a qu’un pas.

r.oRA, letant les épaules.

J« vaisdonnor des ordres pour lo souper, {Elle sort à droite.)

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