MADAME GÉRARD, MAITRE DKLILLÈ
iiAt>AMEdékAiit), à mâttre Deiillê qui, en la voyant, s*est
le'0é et salue.
Puisque te docteur a été obligé de vous laisser seul, monsieur, permettez à une de ses amies, qui a eu autrefois l'honneur de se rencontrer avec vous, de vous tenir, ùhins-
Unt, compagnie. Vous ne me reconnaissez sans doute pas, monsieur ?
MAÎTRE OBLltLB.
Non, madame, j*avoue...
MADAMB GERARD.
Ce n*e9t pas étonnant, personne ne me reconnall. En huitans j'ai vieilli de plus de trente années. Je suis maintenant une vieille femme. J*ailes cheveux tout blancs.
MAÎTRE DELILLB.
Vous avez conservé, madame, un sourire qui m*a autrefois frappé .et que je ne saurais oublier. Si je ne me rappelle pas, au juste, qui vous êtes, il faut m'exçuser, }'ai vu tant de monde, dani^ ma longue carrière ; mais, je me souviens parfaitement de vous avoir connue, et dans une circonstance grave, si je ne me trompe.
MADAME GÉRARD
Bien grave, en effet, monsieur. Je vmiais vous demander de défendre devant les assises de la Seine Inférieure, mon fils, mon unique enfant, accusé de tentative d'assasinat et de vol.
MAÎTRE DELiLLE, SB levant vioeifMfUy et prenant l^ fMiine de madame Gérard*
Vous êtes madame Du Hamel?
MADAME GÉRARD
Pour vous, oui ; pour les auti*es je me nomme madame Gérard.
MAÎTRE DELILLE, apris atotr contemplé un instant avec attendrieêement madame Gérard.
Ahl malheurjeuse femme, malheureuse môrel.... Comme je vous ai plainte souvent ! Si je me souviens de vous... Tenez, maintenant que je ne plaide plus, maintenant que je puis vivre un peu dans le passé, il m'arrive parfois de réélire les anciens procès où j'ai figuré. Celui de votre fils me passait dernièrement sous les yeux. Je revoyais la cour d'assises; les jurés, les juges , l'avocat général ; je vous voyais assise à quelques pas de cette misérable créature,
cause de tous vos malheurs: j'entendais encore le cri déchiraut que vous avez poussé lorsqu'on a prononcé cette condamnation terrible. Cinq ans de travaux forcés, pour un moment -d'emportoment I Car il n'y avait pas autre cbose. Je l'ai dit après l'audience à qui voulait m'eotendre; je Tai répété mille fois^ je le répète encore f
MASAMB «BEARD.
Jfereil merci t monsieur...
MAITBB DELILLE.
Pauvre jeune homme! Jamais client ne m'a inspiré tant de sympathie. J'ai pleuré, voyez- vous, de n'avoir pu le sauver. Ah I sous notre robe d'avocat, il y a plus de cœur qu'on ne croit. Le public se dit : c II est éloquent pour convaincre le jury, il pleure pour le toucher ; il n'est pas vraiment ému, ses larmes sont feintes... > Coinme on se trompe souvent, mon Dieu t et comme il nous arrive pendant les assises, de verser de vraies larmes... Mais, ditesmoi, il n'a pas subi sa condamnation» j'imagine. Vous avez obtenu sa grâce, ou tout au moins une commutation de peine.
MADAMR 6ÉBARD.
Non... #
maItre dbulle.
On vous a refusé t...| Pourquoi n'êtes- vous pas venue me trouver?
MADAMB GÉEAB1>,
J'ai songé, mon cher maître, à m'adresser à vous, mais - mon fils m'a supplié de n'en rien foire. 11 a voulu subir sa peine tout entière. « Je veux, m'a-t-il dit, m'acquittèrent vers la société, que j'ai offensée, en cédant à un mouvement irréfléchi. Elle m^a condamné à cinq ans de travaux forcés, je ferai ces cinq années, mais ensuite, je serai quitte envers elle, personne n'aura le droit de me reprocher ma. faute.
MAÎTRE DBULLB.
Encore des- illusions de jeunesse. Votre fils doit être au-
jourd'buf revenu d6 àôh errear. On n^ést jamais quitté envers la société, lorsqu'on a eu le malheur d'encourir certaines condaitinations. Â côté dés peines, pour^ainsi dire, légales,; il existe des peines dites accessoires, qui sont la conséqùédç^ des premières, et que les magistrats n'ont mémo pas beébjn de prononcer. L'article 4f du bode pénal ne dit-il pas : « Les coupables condamnés aux travaux forcés à temps, à la détention et à la réclusion, seront, de |)lein droit, après qu'ils auront subi leur peine, et peiidani ioùte leiir vie, ôOiiè la surveillance de la haute policd< i
hadaMb ëë&Aftb, ùprH un momni de tHencBi Mon flkî s'est soustrait â cette stîrVëiliânoe;
MAtTRB DELILLE.
Gomment a-t-il fait? Je ne comprends pas.
ftAtiAMB ètERÀAD.
KvL moment de sa mise en liberté, on lui à donn^ une feuiUè de ro^te, réglant un itinéraire dont il ne pouvait ^'écarter,, et lui fixaiit un lieu dé résidence (jù^il lie devait jamais quitter.