MAITRE DELILLE
Oui, eh bien !
MADAME GÉRARD
Il ne s'est pas rendu au lieu de sa résidence; il a changé de nom t)dur faire perdre ëès tfàdés, et il éàt wéM Se fixer avec moi, à Paris.
UxXrkK DËLiiLÉ.
 Pàri^, tjiië Vous avez hàtjitë ioh^fômt)S VnH^ëi t'éiitre ; vou^ ti'afez paà craint d'Ôtré reconfaus?
MADAME GÉRARD
Qtii aurait pu bous reconnaître, monsieur? Avàat de pàsdêr citlq années à Toulon, Georges avait lohgtëm^ vécil, <»4rdus Ito savé^, en Amérique; il avait quitté Paris è ving^ ans, il y revenait à trente. Dix années , pendant lesquelles le visage subit une sorte de transformation, les traits se développant. On était un adolescent, presque un enfant, on devient un homn^e. Puis, les terribles émotions par les-
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quelles il à passé, ses deux dernières aanëes en Amérique, auprès de cette femme adorée et détestée, son procès, sa condamnation, cinq années de souffrances morales et physiques, incessantes, terribles. Les insomnies, la mauvaise nourriture, les travaux les plus durs, dans l'arsenal, dans le port. Abl monsieur, de telles douleurs, de telles privations, de telles souffrances changent un homme, je vous assure, donnent à sa physionomie un tout autre caractère et le rendent méconnaissable. [Madame Gérard ne peut plus tontenît ion émotion et pleUre. Maître Delille lui gëH'é la main en HUneé et reprend au bout d*ûfi ifistanî.)
maItrb delille.
Votre fils vous a été rendu. Vous voilà réunis maintenant; êtes-vous heureux?
MADAiiQ GÉBABD, cssuyant ses larmes.
Nous Tétions, nous vivions calmes, tranquilles, dans une solitude complète, loin des indiscrets et des curieux, plus cachés, plus ignorés dans Paris, que nous ne l'aurions jamais été dans une ville de province, nous félicitant du parti que nous avons pris, lorsque.^. Aiil monsieur, donnez-mol un conseil ; je n'ai personne à qui le demander, et J'ai pensé à vous, dont j'ai eu tant à me louer^.doQl la discrétion m'est connue* à vous qui. m'avez plainte, qui nous avez aimés et que nous aimons.
MAltRE DELILLE.
Parlez! ie suis tout à vous.
SADAVB GÉRARD^ après un instant de siléneB*
Mon Gis estàiiné ei il aimet oui, il aime; ^uoi de [)lus naturel : L'amour n'attire-t-il pas l'amour ? tl aune avec toute Tardeur d'un cœur encore jeune, qui n'avait pas battu pendant huit années, qu'utie passion malsaine avait autrefois rempli, et qui s'est laissé toucher par des séductions nouvelles pour lui, ignorées jusqu'à ce jour : la bonté, le ëharme, la grâce, la distinction, l'ingénuité. Il a longtemps résista à cet amour; il est maintenant à bout de forces ; je le crois vaincu. Que faire? t^'uir de nouveau? mais il s'agit de
son avenir, de son bonbeur. Après avoir tant souffert, ne mérite-t-il pas, enfio, d'être heureux? Il s'agît peut-être aussi de sa vie, en tous cas, de l'existeoce de celle qu'il aime. Doit-il, au contraire, mettre sa main dans la main qui se tend vers lui et se marier? Le peut-il? Dire son passé, c'est mettre une barrière infranchissable entre elle et lui. Ne pas le dire ; s*ii arrivait un jour qu'on l'apprit I
MAiTilB OELILLE.
Oui, c'est grave ! Mais avant toutes chose», avant de nous occuper du mariage, au point de vue nu)ral, ne devons-nous pas examiner le côté pratique de la question? L'extrait de naissance de votre 61s, votre contrat de mariage, l'acte de décès de votre mari, apprendront à tous que vous vous appelei Du Hamel, et vous me dites avoir, par prudence, changé de nom.